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mardi 14 juin 2022

Alors nous retrouverons des citoyens éclairés, concernés par le vote.

 

 

Record d’abstention: s’il vous plaît, rallumons la lumière!
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52,50 % : tel est le record inédit du taux d’abstention pour ce premier tour des législatives. Bien sûr, on peut toujours incriminer le retour du temps des cerises et des barbecues qui éloignerait du devoir civique. La saison du bermuda et des doigts de pieds, libres de s’ébattre dans les sandales, bat en effet son plein.

Perfide Evelyne Dhéliat

Dimanche dernier, la météo, perfide, incitait clairement à fuir son devoir civique. On préféra alors sillonner les villes, en famille et casqués, juchés sur des trottinettes, destriers du XXIe siècle, emblèmes de la quête désespérée d’une éternelle enfance. 

Les rires fusaient des terrasses de cafés en de longues stridulations enjouées. On y sentait poindre une légère ivresse, celle qui permet, alors qu’on croit communier avec l’autre, d’échapper un instant à « l’insoutenable légèreté de l’être. » D’autres conviés à la partie de campagne proposée par le printemps s’étaient amassés et rassemblés sur les pelouses et les rives des cours d’eau ou les plages. On ripaillait pour célébrer la renaissance et l’illusion de l’éternel retour de tout.

On pourrait, tout aussi justement, penser que cette exceptionnelle abstention résulte d’une lassitude qui aurait gagné les Français, après la farce des présidentielles. Il faut bien avouer que le pitoyable spectacle d’un président sortant, embusqué et taiseux, était de nature à décourager quiconque d’aller voter. Il refusa de se risquer hors du bois avant l’heure pour conserver toutes ses chances de réélection et n’eut d’autre argument à proposer pour légitimer sa reconduction que l’urgence qu’il y avait à contrer le Rassemblement national.

C’est une hypothèse qui reste valable, d’autant plus que notre diable d’homme, à peine réélu, ce, avec une abstention déjà alarmante, nous refit illico le coup du front républicain quand il daigna s’abaisser à faire campagne pour ce premier tour des législatives. Dès qu’il fut question de désigner à la vindicte populaire le nouvel ennemi à défaire, la Nupes, autrement dit Mélenchon et ses affidés, notre triste sire, pour mieux nous persuader de la gravité du moment, donna à sa voix la solennité qu’il aime à adopter quand il tient son rôle de chef de guerre.

À notre avis, cependant, le mal vient de plus loin. Nous rendons responsable de ce délitement progressif de l’esprit qui engendre l’absence de conscience politique, l’injonction, devenue mantra, à vivre une fête perpétuelle et le droit, farouchement revendiqué, « au bonheur mérité par l’excellence de nos âmes », pour reprendre l’expression savoureuse de Flaubert, dans L’Éducation sentimentale. 

L’école, non seulement ne parvient pas à endiguer ces prétentions puériles, mais au contraire les encourage : devenus de vastes terrains de jeu, nos établissements scolaires ont, on le sait, désormais vocation à animer et non plus à transmettre. 

Philippe Muray, un visionnaire

Lesdites aspirations à une fiesta permanente, dignes du jardin d’enfants, furent dénoncées par Philippe Muray, dans ses chroniques rassemblées sous l’intitulé : Après L’Histoire, dès la fin des années 90. J’en veux pour preuve cet extrait qui ouvre Des critiques en déroute par temps hyperfestif (janvier 2000) : « L’époque est une tête à claque qu’il devient jour après jour un peu plus agréable de gifler. La satisfaction avec laquelle elle se montre, son conformisme euphorique autant qu’ignominieux, son allure de tranquille impunité quand elle déploie l’éventail de ses plus malfaisantes sottises et l’ensemble de ses nuisances approuvées, enfin cet incroyable teint de rosière qu’elle arbore en toute occasion, lorsqu’il s’agit de célébrer de nouvelles mutations, d’applaudir au défi ludique des surfeurs des neiges, au succès d’internet, à l’adoption d’Halloween par les peuples colonisés, au triomphe de l’économie de marché, de la transparence, du patin à roulettes (…) et des pique-niques citoyens avant les séances de cinéma en plein air, font ardemment regretter qu’elle n’ait pas un seul visage sur lequel on puisse taper avec gaieté et sans relâche. »

Philippe Muray, visionnaire, n’aurait pas été déçu par notre époque. Cette aspiration à la liesse éternelle, qu’il épinglait déjà à l’aube de notre siècle avec une juste férocité, a en effet crûe de façon exponentielle : les trottinettes se sont abattues sur nos villes comme des nuées de sauterelles et dans les librairies, le rayon consacré au développement personnel est responsable d’une déforestation sans précédent. « Être présent à l’instant présent » et dans la joie, s’il vous plaît : tel est le mode d’emploi pour réussir immanquablement sa vie.

Cette quête forcenée du « tout au ludique » a commencé par atrophier les cerveaux puis a contribué à fragmenter une société constituée d’éléments mal jointoyés en l’absence du ciment que constitue un devoir qui impliquerait la sale contrainte, de plus en plus honnie. C’est dans ce terreau fertile qu’ont poussé les revendications de chacun qui souhaite être considéré comme unique et par conséquent, refuse de se plier à ce qui fait société et qui impliquerait une obligation vis-à-vis d’autrui.

Celui qui n’a jamais été seul, au moins une fois dans sa vie…

Nous ne sommes plus un peuple, mais des entités antagonistes qui prônent ou dénoncent, en vrac : « l’appropriation culturelle », « la cancel culture », « le communautarisme », « la déconstruction », « l’indigénisme », « l’intersectionnalité », « l’islamogauchisme », « la justice raciale », « le néoféminisme », « le privilège blanc », « le racisme anti-blanc », « le racisme systémique », « le séparatisme », « l’universalisme », « le wokisme ». Cette nomenclature barbare accompagne la désagrégation de notre société, maintenant comparable à un tas de sable dont chaque grain serait un individu.

Pour qui et pourquoi, alors, aller voter, puisque qu’on est seul ? L’épopée fédératrice a cédé la place aux récriminations et aux revendications individuelles d’un moi hypertrophié refusant toute frustration. Payer de sa personne ou veiller aux intérêts communs est maintenant complètement démonétisé. Le ricanement est de mise quand on rencontre un pauvre hère qui aurait conservé cet idéal.

Transmission, appartenance à une culture, inscription dans l’Histoire : tout a disparu. Nous avons éteint la lumière et « nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir » (Pascal, Pensées, 1670). Ce « quelque chose », c’est notre pauvre « moi ». Nous le brandissons naïvement comme un flambeau, prétendant éclairer les ténèbres profondes qui nous environnent mais il ne s’avère être que la flamme vacillante d’une bougie exposée à la bourrasque. De grâce, cessons de nous prendre pour Matamore et rallumons vite la lumière, celle de l’instruction et de l’éducation pour retrouver l’esprit critique, la réflexion et raviver ainsi l’esprit du collectif. Alors nous retrouverons des citoyens éclairés, concernés par le vote.

SOURCE 

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Les classes populaires ont une conscience aigüe des impasses sécuritaires, politiques, médiatiques, sanitaires… qui les enferment. Mais elles peuvent faire preuve d’imagination pour défendre leurs intérêts.


« L’an 01 ». En 1973, Jacques Doillon réalise un film intitulé « l’An 01 », d’après une bande dessinée de Gébé parue dans Politique Hebdo, puis Charlie Hebdo. Le scénario est le suivant : un beau matin, la population décide d’un commun accord de tout arrêter (le travail, la consommation, les transports en commun…), de réfléchir à l’utilité du travail que l’on fait et de réinventer la société. Et si on sonnait chez le voisin pour faire connaissance ? Si on ouvrait un potager dans le bitume parisien ? Si on piétinait les pelouses interdites ? Si on s’embrassait ? Si on… etc.

Les citoyens croient de moins en moins à la mascarade électorale

L’an 01 de Gébé a quitté la fiction. En 2022, des pans entiers de la société française ont d’un commun accord, décidé de faire un pas de côté. Mais à la différence de la BD, cela n’a rien de festif. Au plan politique, les électeurs ont abandonné les partis traditionnels (PS, LR) qui se sont effondrés. Plus grave, les mêmes boycottent les élections et l’abstention devient toujours plus massive. Aux présidentielles de 1988, un électeur sur cinq ne se déplaçait plus. En 2022, le boycott a concerné un électeur sur quatre (27%). Aux législatives de 2007, quatre électeurs sur dix ne votaient pas. A celles de 2022, plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé.

Ne pas aller voter n’indique pas un civisme en panne, mais l’indifférence à une mascarade. À quoi bon élire des gens qui plutôt que d’organiser un référendum sur les sujets qui comptent (l’immigration, l’école, les services publics, l’impôt, la santé…) consulteront plutôt McKinsey, Accenture et consorts ? À quoi bon donner une majorité à un président qui s’est empressé d’inventer des lieux d’élaboration de la décision en dehors des circuits démocratiques : « les grands débats » au moment de la crise des gilets jaunes, les cahiers de doléances remisés au grenier sitôt la crise passée, le conseil de défense ultra secret au moment de la pandémie, et maintenant le CNR, futur Conseil National de la Refondation, qui indique clairement l’intérêt du président pour la représentation populaire…

Le plus beau métier du monde

Mais l’an 01 n’est pas seulement électoral. Le pas de côté s’effectue aussi à l’école. Qui veut être prof aujourd’hui ? Plus personne. L’institution scolaire rebute littéralement et les candidats les plus qualifiés boudent les concours de recrutement. Concernant la rentrée 2022, « avant même les oraux, le nombre de candidats admissibles aux écrits est inférieur, dans certaines disciplines, au nombre de postes proposés. Pour les collèges et lycées, la situation est très critique en mathématiques (816 admissibles au Capes pour 1035 postes), en allemand (83 pour 215) et en lettres classiques (60 pour 134) » écrivent Aude Bariéty et Caroline Beyer dans le Figaro.

L’explication officielle de cette désaffection est « le salaire d’un enseignant stagiaire : 1827 euros brut ». Scandaleusement bas, bien sûr ! Mais la raison corollaire arrive très rapidement dans la foulée : « Aller dans les académies de Créteil ou Versailles, sans accompagnement, lâché dans le grand bain sans brassard, pour cette rémunération, ça ne passe pas», assène Stéphane Crochet, du syndicat SE-Unsa. 

« Grand bain », « sans accompagnement », « sans brassard »… autant de formules contournées pour indiquer ce que tout le monde sait aujourd’hui, à savoir que l’école publique a craqué sous le poids de l’immigration et que dans  certaines zones, les élèves font désormais la loi, imposent les programmes (il est des sujets tabous comme la Shoah) et n’hésitent pas à attenter à la sécurité physique des enseignants. Comme l’institution laisse faire, les enseignants désertent. Ce sera sans eux, merci !

Panique à l’hôpital, crainte de l’embrasement des banlieues…

L’hôpital souffre lui aussi du même pas de côté. La suppression de 80 000 lits d’hôpital public en vingt ans, la stagnation des salaires, la fermeture des petits hôpitaux de proximité, et un mode de rémunération des hôpitaux conçu pour optimiser l’occupation des lits en fonction d’effectifs toujours plus ajustés créent les conditions d’un stress permanent. Le conflit entre soin et productivité est à l’origine de la grande hémorragie. Sarah, 25 ans, après quatre années passées aux urgences pense déjà à une reconversion. “Le soir, on rentre chez soi en pleurs en se disant qu’on n’a pas fait du bon boulot, et on se demande quel pourrait être notre avenir plutôt que d’être infirmière.” Les Sarah sont si nombreuses à opter pour une reconversion professionnelle que des services hospitaliers se ferment naturellement, sans décision administrative, par simple carence du personnel.

Quant à la sécurité, le pas de côté est plus discret mais non moins réel. Cinq millions de Français détiennent légalement des armes à feu et 240 000 sont inscrits dans des clubs de tir pour « se défendre au cas où ». L’heure en France est à l’autodéfense, car le doute existe que la police intervienne – ou puisse le faire à temps – si elle doit affronter les tenants de la « diversité ».

Le régime diversitaire s’embrase

L’affaire du Stade de France a confirmé que l’Etat est prêt à tout pour éviter de se trouver en conflit direct avec cette partie de la population que l’on nomme « diversité ». Pour expliquer les troubles à l’ordre public qui ont eu lieu à l’occasion de la finale de la coupe de l’UEFA au Stade de France, le ministre de l’Intérieur, a trouvé plus simple d’accuser les supporters britanniques d’avoir tenté d’entrer sans billets. En créant un bouc émissaire, l’Etat a effacé le crime des racailles de Seine Saint-Denis qui se sont ruées par dizaines pour attaquer, violenter, voler voire agresser sexuellement des spectateurs sans défense. Et pour éviter que ce mensonge d’État ne vole en éclats, les bandes vidéo des caméras de surveillance du Stade de France ou de la RATP ont été mécaniquement effacées faute d’avoir été réquisitionnées à temps par le Parquet. Si l’on en croit le Daily Mail, le gouvernement français aurait même pesé sur l’UEFA pour que son communiqué relatif au désordre de la finale ne fasse pas mention des agressions de spectateurs britanniques et espagnols. Comme l’écrit brillamment Mathieu Bock-Coté dans le Figaro, « le régime diversitaire ne se contente plus de dissoudre le réel en produisant une confusion toujours reconduite entre le vrai et le faux. Il détruit désormais les preuves de la société dévastée qu’il engendre. Il détruit les conditions mêmes d’observation de la réalité. Ce qui a eu lieu n’a pas eu lieu, ce qui est advenu n’est pas advenu ». 

Comment s’étonner ensuite que les Français fassent un pas de côté vis-à-vis des médias ? L’enquête Confiance dans les médias réalisée en 2022 par l’institut Kantar pour le journal La Croix a confirmé que 90% des sondés considèrent que les médias sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie et que 77% affirment que la liberté de la presse est au fondement du pluralisme. Mais une fois ces principes posés, les mêmes ne sont plus que 29% à affirmer leur « confiance » dans les médias alors que le niveau de confiance atteint 59% ailleurs en Europe. Concernant la radio, qui est perçue comme le média le plus fiable, moins d’un auditeur sur deux (44%) estime que les journalistes radio rapportent les faits « à peu près » comme ils ont eu lieu, et 5% des auditeurs seulement croient que les faits rapportés par la radio se sont produit « vraiment » comme la radio les raconte.

La maison squattée d’Ollainville

Comment survivre dans un environnement national aussi dysfonctionnel ?

Elodie et Laurent, ces deux prolos qui ont acheté à Ollainville (Essonne) une maison squattée par une famille tunisienne ont montré qu’avec un peu de jugeotte, la chose était possible. 

Elodie et Laurent savaient que le bien immobilier qu’ils venaient d’acquérir était squatté par une famille maghrébine. Mais c’est aussi en raison de cette situation qu’ils ont pu l’acquérir à un prix très en dessous du marché. Une fois leur achat en poche, ils ont joué le désarroi devant un journaliste du Parisien. Leur vidéo de « victimes » des squatteurs a circulé sur les réseaux sociaux et son retentissement médiatique a été d’autant plus grand qu’on était en période électorale. Le ministre de l’Intérieur est intervenu et les squatters maghrébins ont décampé sans délai. En deux mots, Élodie et Laurent ont inversé le processus victimaire qui joue mécaniquement en faveur de l’immigration, ont instrumentalisé les médias avec un grand sens politique pour susciter la sympathie et ont pesé sur les politiques eux-mêmes pour faire aboutir une affaire personnelle. En agissant ainsi, ils ont court-circuité la justice, la police et ont économisé beaucoup de temps et d’argent.

Cette pratique montre que les classes populaires ont une conscience aiguë des impasses sécuritaires, politiques, médiatiques, sanitaires… qui les enferment, mais qu’elles sont prêtes à faire preuve d’imagination pour défendre leurs intérêts. Comme l’écrit le géographe Christophe Guilluy, les classes populaires « marronnent », un peu comme le faisaient les esclaves qui fuyaient les plantations où ils étaient tenus en esclavage. En d’autres termes, chacun tente de survivre loin de la sphère d’influence des puissants. Christophe Guilluy utilise ce terme de « marronnage » pour décrire cette attitude nouvelle des classes populaires : « elles n’écoutent plus ce que prescrivent les élites, elles préfèrent mater un bon film ou Cyril Hanouna que François Hollande ». Élodie et Laurent ont montré qu’ils savaient sur quels boutons appuyer pour obtenir gain de cause.

 

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