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vendredi 30 décembre 2022

Aux sources de l'Europe

 

 
 
En 1922, Oswald Spengler publiait le second volume de son fameux Déclin de l’Occident, ouvrage qui connut le retentissement philosophique et politique que l’on sait. Un siècle plus tard, en 2022, Michel Onfray intitule « Fin de l’Occident ? » un numéro spécial de sa revue Front Populaire, en assortissant cette formule d’un point d’interrogation. Occupant une place centrale dans le titre de ces deux publications à cent ans d’intervalle, l’Occident n’est pourtant décrit avec précision dans aucun des deux ouvrages, si ce n’est de manière implicite, comme une Europe rayonnante qui perd petit à petit de son aura. Un siècle d’histoire mondialisée n’aura donc pas suffi à établir une définition claire du concept d’Occident. Dans l’intervalle, la déstructuration libertaire a également fait son chemin dans le monde des idées en réintroduisant la notion de race comme un prisme de lecture essentiel dans les débats et les conflits actuels, d’abord à gauche avec les thèses du courant woke, puis à droite, par réaction face à l’offensive déclenchée contre ce que les partisans de la déconstruction et de la repentance nomment le « privilège blanc ». C’est sur cette imbrication nouvelle que porte le présent texte, qui vise à actualiser et réaffirmer la position de l’Institut Iliade sur cette question fondamentale. Si, pour certains, les notions d’Europe et d’Occident semblent se recouvrir à travers l’existence d’un « monde blanc », le fait de confondre ces deux concepts à partir d’un critère aussi simpliste relève d’une double erreur, à la fois historique et idéologique. Beaucoup plus qu’un étendard que les défenseurs de l’identité des peuples européens devraient s’apprêter à brandir, le nom d’Occident, aujourd’hui revendiqué par les tenants de l’idéologie libérale, apparaît dans son acception actuelle comme l’émanation d’un virus d’origine européenne, dont l’Europe doit précisément guérir pour retrouver sa « Grande Santé ».

Malgré les efforts déployés depuis la seconde moitié du XXe siècle par les « élites » politico-économiques pour étendre les directives du « marché commun » européen à la constitution d’une entité politique supranationale, il est rare que l’Europe, qui constitue pourtant le socle théorique de ce marché, soit appréhendée comme une réalité tangible et cohérente, aussi bien par tous ceux qui s’en réclament que par l’ensemble des nations qui la composent[1]. Quelle est cette Europe dont tout le monde parle sans rien en dire ? D’aucuns la considèrent comme un noyau franco-allemand très élargi, dont les confins se perdent à l’approche de l’Afrique ou en Asie, en intégrant potentiellement la Turquie et Israël. D’autres la visualisent plus nettement sur une carte comme un espace qui s’étendrait de Reykjavík à la chaîne de l’Oural, et peut-être même jusqu’à Vladivostok sur les rives asiatiques de la mer du Japon. Si la ligne des monts Oural est une limite géographique conventionnelle qui fait l’objet d’un certain consensus depuis l’époque de Pierre le Grand, il paraît difficile de considérer aujourd’hui la Russie, dont le territoire s’étend depuis le XIXe siècle sur une part considérable de l’Asie centrale, comme une nation « européenne » : il s’agit d’un empire dont le centre de gravité politique et historique se trouve certes à l’ouest de l’Oural, mais qui recouvre une diversité ethnique et une immensité géographique qui la distinguent de l’Europe stricto sensu. Nous n’entrerons cependant pas ici dans le détail de l’analyse des limites géographiques de l’Europe, et renvoyons notamment sur ce sujet à la synthèse présentée dans un récent ouvrage d’Olivier Eichenlaub, intitulé Europe puissance. Il n’en demeure pas moins, si l’on suit les conclusions de cet auteur, que l’Europe, dont le territoire s’étend au nord de la Méditerranée et à l’ouest du continent eurasiatique, face à l’Atlantique, possède des caractéristiques historiques, politiques et culturelles spécifiques, intiment liées à la configuration de cet espace géographique exceptionnel, à la fois continental et ouvert sur le monde par ses diverses façades maritimes. Est-il pour autant possible d’aboutir à une définition consensuelle de l’Europe, conçue comme un espace civilisationnel ? L’exercice reste délicat, pour la simple et bonne raison que ses conclusions dépendent avant tout des critères retenus pour l’élaboration de cette définition, alors même que ces critères ne sont parfois ni compatibles, ni comparables les uns avec les autres.

Faut-il par exemple privilégier le critère religieux ? Comment concilier, dans ce cas, les contrastes induits par la superposition de l’héritage profond des diverses religions antiques, façonnées par l’apport indo-européen combiné à des substrats encore plus anciens, avec les fruits de la greffe chrétienne, qui joua sur l’ensemble du continent un rôle partiellement uniformisateur, en dépit des rivalités et des conflits provoqués par la scission entre chrétienté romaine et chrétienté orthodoxe, puis par l’émergence des différentes confessions protestantes ?

Face à ces difficultés, n’est-il pas plus pertinent de retenir pour critère premier d’une définition politique de l’Europe les alliances territoriales nouées à travers son histoire ? Mais ne serait-ce pas oublier que l’Europe fut précisément, au fil des siècles, un vaste champ de bataille et une mosaïque de puissances dont les frontières ont été sans cesse bousculées par des oppositions et des conflits récurrents, consubstantiels à l’identité des peuples européens ?

Ne conviendrait-il pas, dès lors, d’accorder davantage d’importance aux déclarations d’intention et aux traités récents qui permettent aux dirigeants contemporains d’afficher leur volontarisme en faveur de la construction d’une potentielle puissance européenne ? Est-ce bien crédible dans les circonstances actuelles, alors que de grandes nations comme le Royaume-Uni, récemment sorti de l’Union européenne, ou la Pologne par exemple, négocient directement avec leur partenaire d’outre-Atlantique des alliances stratégiques visant à assurer leur sécurité indépendamment de l’Europe ?

On comprend aisément, à travers l’ensemble des questions soulevées ici, que l’Europe relève plus souvent d’une ambiguïté et d’un ressenti particulier que d’une démonstration fondée sur des réalités communément admises, immuables dans l’espace et dans le temps.

Le critère le plus fiable demeure en fin de compte celui de l’appartenance de la plupart des peuples européens à une même famille ethnolinguistique : à l’exception du basque, du hongrois, du finnois et de l’estonien, toutes les langues européennes dérivent d’une même langue mère, l’indo-européen, dont l’existence a été démontrée de manière indubitable par les linguistes depuis plus de deux siècles. Au-delà de la langue, élément déterminant dans la construction d’une vision du monde, d’une mentalité et d’un ethos spécifiques, les peuples européens sont à des titres divers les héritiers biologiques des locuteurs de l’indo-européen, comme l’attestent aujourd’hui clairement les données paléogénétiques. Ces dernières permettent d’identifier en effet trois souches ancestrales principales, qui se sont mêlées dans des proportions variables d’une région à l’autre de l’Europe : celle des différents groupes de « chasseurs-cueilleurs » installés sur notre continent à partir du paléolithique supérieur (depuis environ 45 000 ans), dont l’ADN révèle un apport néanderthalien absent du patrimoine génétique des populations africaines ; celle des populations anatoliennes qui diffusèrent à partir du septième millénaire avant l’ère chrétienne la pratique de l’agriculture vers le nord et l’ouest, participant ainsi à la « révolution néolithique » ; celle enfin des vagues de conquérants venus des steppes situées au nord de la mer Noire, du Caucase et de la Caspienne, qui imposèrent sur une grande partie du continent eurasiatique, en particulier sur la quasi-totalité de l’Europe, des idiomes dérivés de l’indo-européen[2].

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Aucun apport nouveau n’est venu modifier jusqu’à aujourd’hui sur une aussi large échelle le patrimoine génétique et l’identité linguistique des peuples européens. Les principaux ensembles ethnoculturels de l’Europe ancienne sont pour la plupart issus de ce creuset commun : qu’il s’agisse de la Grèce et de la Rome antiques (au moins dans leurs composantes situées sur les rives septentrionales de la Méditerranée), mais aussi des Germains, des Celtes, des populations illyriennes, des Scythes, des Baltes ou des Slaves, tous sont à des degrés divers les porteurs de l’héritage indo-européen, combiné à des substrats plus anciens. Il convient de préciser que les quelques peuples européens modernes dont la langue ne se rattache pas à la famille indo-européenne se sont intégrés depuis des siècles au cadre civilisationnel de l’Europe chrétienne, lui-même hérité du monde impérial romain. L’espace géographique de l’Europe coïncide donc de toute évidence avec l’existence d’un ensemble de peuples étroitement apparentés par l’origine, la culture et les mœurs.

Dans la mesure où l’existence des Indo-européens ne fut toutefois pas portée à la connaissance d’un large public avant le milieu du XIXe siècle, les Européens prirent conscience de leur appartenance à une même civilisation sur d’autres fondements. Ce phénomène se fit jour au cours du Moyen Âge, dans le sillage de la restauration impériale carolingienne, qui transféra l’héritage de la romanité, centré à l’origine sur la Méditerranée, au cœur du continent européen. Cet acte fondateur, suivi par la conversion au christianisme de peuples demeurés jusque-là sur les marges de l’imperium romanum, permit d’étendre progressivement à l’ensemble de l’Europe septentrionale, centrale et orientale le double legs des génies grec et romain. Une longue suite de confrontations ou d’échanges avec l’Orient, ainsi que la découverte d’autres civilisations lors des grands mouvements d’exploration et de colonisation amorcés au XVIe siècle sont par la suite venus renforcer chez les Européens le sentiment d’appartenance à un ensemble civilisationnel commun.

Compte tenu de l’importance de cet héritage, la définition de l’Europe proposée dans le manifeste de l’Institut Iliade apparaît comme la moins contestable, puisqu’elle est fondée sur des critères d’ordre civilisationnel intégrant toutes les données de la « longue mémoire » : « La civilisation dans laquelle nous nous enracinons et que nous défendons est l’Europe […]. L’unité ethnoculturelle de cet espace est parfaitement établie. S’agissant du peuplement […], il a été stable pendant plusieurs millénaires […]. S’agissant de la culture, la parenté de la quasi-totalité des langues européennes – issues de l’indo-européen – a été démontrée par les érudits depuis au moins le XVIIIe siècle […] : existence de représentations, de mythologies, de hiérarchies de valeurs, de divinités communes aux différentes aires de peuplement de l’Europe… »

Il s’avère cependant nécessaire de se référer en outre, dans le sillage de Max Weber, à un processus essentiel d’une nature très particulière pour comprendre l’évolution et le rayonnement de l’Europe moderne, mais également la crise dans laquelle est entrée notre civilisation à l’époque contemporaine : il s’agit du « désenchantement » du monde, soumis au primat de la raison et du calcul. Ce phénomène rend à la fois compréhensible la sécularisation des contenus religieux, sous la forme de l’État moderne et des idéologies « progressistes », et le développement du capitalisme libéral, qui a réorganisé la société traditionnelle autour des notions de profit individuel et de liberté d’entreprendre. Malgré les extrémités délétères auxquelles conduisent aujourd’hui les dérives libérales-libertaires, cette entrée dans la « modernité » n’en est pas moins restée en grande partie constitutive, jusque dans la première moitié du XXe siècle, de la puissance et de l’originalité de l’Europe moderne. Ayant porté son génie sur d’autres continents, l’Europe vit cependant sa civilisation s’écarter de plus en plus de ses formes traditionnelles et de ses sources pérennes pour se fondre dans un vaste ensemble transatlantique dont le centre de gravité se déplaça brutalement aux États-Unis, à l’issue des deux guerres mondiales qui laissèrent notre continent exsangue. C’est cet ensemble transatlantique, élargi aux nations d’origine anglo-saxonnes de l’hémisphère Sud, qui revendique pour lui-même aujourd’hui le nom d’Occident.

Mais la même question, soulevée à propos de la définition de l’Europe, se pose également à propos du terme « Occident » : existe-t-il véritablement une définition de l’Occident qui fasse l’objet d’un consensus ?

La notion d’Occident recouvre également, et depuis longtemps, une certaine réalité : celle d’un ensemble de pays dont les populations partagent en majorité des origines ethniques, des structures politiques, des mœurs, une organisation sociale et des croyances religieuses similaires, issues plus ou moins directement d’Europe. Cela suggère l’idée qu’un Occidental, un Européen et un « Blanc » puissent être une seule et même personne, à tout le moins des personnes unies dans leurs choix de vie et dans leurs relations avec le reste du monde par une matrice ethnoculturelle commune. Intéressons-nous donc à l’histoire de cette notion, et à la relation qu’elle a entretenue avec l’idée d’Europe.

Le terme d’Occident est un héritage de l’Antiquité romaine et de la division entre l’Empire d’Occident, là où le soleil se couche, et l’Empire d’Orient, là où le soleil se lève. Le terme prend plus ou moins ensuite, au cours du Moyen Âge, le sens de chrétienté latine. L’Occident latin s’oppose dès lors à l’Orient grec, c’est-à-dire à l’Empire byzantin. Cependant, seul Charlemagne a porté le titre d’empereur d’Occident, alors que ses successeurs reçurent celui d’empereurs romains. La notion d’Occident trouve encore une certaine résonance dans le contexte des croisades. Mais, au sortir du Moyen Âge, les notions de chrétienté et d’Occident chrétien passèrent peu à peu au second plan derrière l’idée d’Europe, redécouverte par les humanistes de la Renaissance. À la suite de la chute de Constantinople en 1453 et du franchissement du Bosphore par les Turcs, événements dont la reprise de Grenade en 1492 par les troupes des royaumes d’Aragon et de Castille forma le contrepoint, la conscience civilisationnelle européenne a trouvé son expression à travers une définition principalement continentale. Par ailleurs, l’entrée du monde dans l’ère « océanique », fort bien décrite par Carl Schmitt, a fondamentalement ébranlé l’ancienne polarité Orient-Occident en plaçant clairement l’Europe au centre du monde. À partir de cette époque, les Européens se sont pensés comme les maîtres d’un espace territorial aux frontières multiples, consigné sur des cartes de plus en plus précises, et comme les porteurs d’une civilisation régénérée par la réappropriation de l’héritage antique.

Le terme d’Occident continua néanmoins d’être employé assez longtemps dans son ancien sens (Abendland en allemand), et connut même un notable retour en grâce au XIXe siècle, du fait du très large engouement pour l’Orient, dont il restait toujours aussi inséparable. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que sa signification évolua progressivement pour désigner de plus en plus fréquemment la « modernité » occidentale. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, les États-Unis devinrent l’incarnation par excellence de cette modernité, au moment où ils se départirent une première fois de leur position isolationniste à l’égard de l’Europe (isolationnisme auquel ils retourneront toutefois dans le courant des années vingt jusqu’en 1941). À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la guerre froide et d’une Europe divisée en deux blocs, l’Occident s’imposa comme dénomination du monde dit « libre ». En anglais, c’est le terme de West, ou Western World (westliche Welt en allemand), qui désigne depuis lors l’Occident au sens large. Par extension, cette notion inclut l’ensemble du monde anglo-saxon dans les deux hémisphères, et semble se confondre parfois plus ou moins avec le groupe des pays membres de l’OTAN (ce qui soulève des difficultés évidentes, à partir du moment où la Turquie est membre de cette organisation). Certains ont même récemment suggéré d’employer le nom d’Occident pour désigner non seulement les États-Unis et l’Europe, mais aussi le Commonwealth et certaines anciennes zones d’influence ultramarine : le Bangladesh et le Gabon, comme le Liban qui hérite en partie d’un héritage chrétien, seraient ainsi tout aussi « occidentaux » que la France… En adoptant cette conception très large de l’Occident, il semble dès lors logique d’inclure dans cet ensemble Israël, dont la population majoritairement « blanche » se trouve en lutte contre le terrorisme islamique. Il devient évident que cette définition de l’Occident se distingue de plus en plus nettement de la notion d’Europe.

Ces considérations historiques sont essentielles pour concevoir et relativiser les enjeux dans le temps long. Elles permettent de bien comprendre le glissement sémantique qui s’est lentement opéré au cours du XXe siècle. Le concept d’Occident a en effet été clairement « reconstruit » outre-Atlantique pour les besoins de la guerre froide, de manière à engager les alliés et vassaux des États-Unis dans le soutien inconditionnel à une sphère occidentale « libre » fondée sur le lien transatlantique et la suprématie américaine, contre l’enfer oriental « rouge » (communiste et totalitaire) localisé en Eurasie, sous domination soviétique. Depuis la chute du mur de Berlin, il s’agit avant tout – et probablement même uniquement – d’un élément de langage américain, destiné à modeler les esprits en faveur d’une idéologie permettant de justifier le maintien d’un ordre mondial unipolaire, au même titre, dans une certaine mesure, que la notion de « communauté internationale ». Dans ce contexte, au regard de la situation géopolitique du XXIe siècle plus encore qu’avant l’effondrement du rideau de fer, soutenir l’attachement de l’Europe aux « valeurs de l’Occident » relève selon nous d’une double erreur.

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Cette erreur est tout d’abord d’ordre historique, et procède d’une forme d’amnésie ou de refus de tenir compte de l’évolution de la situation internationale depuis le début du siècle de 14 jusqu’à nos jours. Elle est ensuite d’ordre idéologique, en ce qu’elle constitue le résultat du travail de sape mené avec méthode depuis des décennies sur les consciences européennes.

L’erreur historique des tenants européens de la « bannière occidentale » se fonde sur l’idée fallacieuse selon laquelle l’Occident pourrait aujourd’hui fournir l’occasion de fonder un nouvel équilibre géopolitique, en s’appuyant exclusivement sur la solidarité entre populations d’origine européenne, dont la « dispersion » est le résultat d’aventures coloniales anciennes. Cette opportunité offrirait des perspectives de salut inattendues, grâce au soutien d’une « diaspora européenne » homogène et bienveillante, répartie pour l’essentiel en Amérique du Nord, dans certains pays d’Amérique du Sud et en Afrique du Sud. Cette diaspora « blanche » serait confrontée à des défis démographiques et des menaces civilisationnelles similaires à ceux qu’affrontent aujourd’hui les Européens. S’il est manifeste que des convergences se font jour des deux côtés de l’Atlantique entre populations attachées à leurs racines européennes, s’il est éminemment souhaitable que ces convergences aboutissent à des synergies fructueuses pour défendre une identité bafouée par l’idéologie dominante, tant aux États-Unis qu’en Europe, il convient néanmoins de rappeler que la réalité des logiques géopolitiques propres à chaque continent est susceptible de diminuer considérablement, à terme, la portée des solidarités attendues. La plupart des nations « occidentales » situées sur d’autres continents sont certes issues d’un mouvement de colonisation ayant amené des populations originaires d’Europe à s’installer durablement au-delà des mers pour exploiter des terres jusqu’alors peu mises en valeur, selon un processus comparable à celui qui conduisit sous l’Antiquité à la fondation de cités grecques sur le pourtour méditerranéen ou à l’expansion territoriale de l’Empire romain. Le plus souvent, la notion de « colonie » implique toutefois le maintien d’un lien de subordination étroit avec le gouvernement du territoire d’origine (communauté, cité, État), dans un rapport de dépendance plus ou moins strict. Quant aux colonies de la Grèce ancienne, en l’absence d’un véritable pouvoir central, elles n’en appartenaient pas moins toutes à la même Koinè grecque, ce qui ne laisse aucun doute sur leur maintien dans un même ensemble civilisationnel cohérent. Or, les nations anglo-saxonnes fondées jadis par des colons européens se sont depuis longtemps émancipées de la tutelle de leur ancienne métropole, pour poursuivre légitimement la satisfaction des intérêts propres de leurs pays.

Les États-Unis n’ont par ailleurs jamais cessé de revendiquer une « destinée manifeste » qui s’enracine dès l’origine dans une profonde rupture avec la tradition européenne, même si les élites américaines et anglaises ont continué de tisser depuis deux siècles des liens personnels et familiaux étroits. Cette rupture procède de l’idéologie des « pères pèlerins », du vieux rêve messianique des sectes fondamentalistes protestantes qui quittèrent l’Europe pour fonder la « ville sur la colline », la « nouvelle Jérusalem » purifiée de la corruption du « vieux monde », aristocratique et monarchique. En dépit de références récurrentes à l’Antiquité grecque ou romaine, permettant de revendiquer, de manière plus ou moins légitime, l’héritage de la démocratie athénienne et celui de la mission « civilisatrice » de l’Empire romain, la vision américaine du monde est surtout fondée sur une grille de lecture biblique et vétéro-testamentaire simpliste, dépouillée des subtilités de la théologie catholique.

Même si les nations européennes se sont finalement toutes rapprochées des États-Unis depuis la fin de la guerre froide par le biais d’une adhésion commune aux valeurs de la démocratie libérale (en dépit de formes constitutionnelles parfois différentes), l’asymétrie des rapports de dépendance, voire de domination, s’est réalisée au profit de l’ancienne « colonie », au détriment de la « Vieille Europe ». Ainsi, depuis les Trente Glorieuses, c’est bien le soft power des États-Unis, théorisé a posteriori par Joseph Nye comme une solution opérationnelle destinée à anticiper une éventuelle régression de l’influence américaine dans le monde, qui a été mis en application pour consolider une domination culturelle, idéologique, économique et militaire sans précédent sur l’ensemble du territoire de l’Europe « occidentale ».

En d’autres termes, l’Amérique du Nord n’a jamais été pensée par ses fondateurs comme une terre ayant vocation à demeurer une colonie européenne, tandis que l’Europe se trouve en revanche aujourd’hui, sous de nombreux aspects, bel et bien colonisée mentalement par les États-Unis, qui utilisent sans ambages le concept d’Occident pour désigner l’ensemble des nations vassales du leadership américain. Pour saisir l’ampleur de cette influence, il suffit de parcourir la synthèse récente de Jérôme Fourquet, qui montre l’imprégnation profonde des références et des pratiques américaines dans la culture et les modes de vie européens actuels, en l’occurrence en France.

La seconde erreur, d’ordre idéologique, commise par les tenants européens du concept d’Occident apparaît bien plus grave encore que le défaut de mise en perspective historique : elle consiste à faire semblant de ne pas voir que la notion de « défense de l’Occident » est en réalité devenue aujourd’hui, sous des formes multiples et parfois subtiles, un avatar de l’universalisme. Cette position conduit en effet à réduire la complexité et la diversité du monde à quelques archétypes universels, à partir de critères simples et tangibles, comme la couleur de peau ou la religion. Ainsi, chaque chrétien devient égal à un autre chrétien, chaque musulman à un autre musulman, chaque Blanc à un autre Blanc, chaque Noir à un autre Noir, sans aucune forme de nuance. Cette conception du monde transparaît en partie dans la théorie du « choc des civilisations », proposée par Samuel Huntington comme grille de lecture des conflits et des enjeux contemporains. Malgré une approche initiale intéressante, basée sur l’analyse des distinctions fondées sur la religion, la langue, l’histoire et les modes de vie, cette théorie aboutit à la définition de « civilisations » caractérisées de manière caricaturale et peu objective. L’Occident est ainsi globalement assimilé au monde blanc et chrétien (comprendre ici catholique ou protestant) dans l’ouvrage de Huntington, mais n’intègre toutefois ni la Russie ni les Balkans, sous prétexte qu’ils sont orthodoxes (en dépit des affinités théologiques et liturgiques entre catholicisme et orthodoxie, beaucoup plus substantielles que ne le sont les affinités entre catholicisme et la plupart des formes de protestantisme).

Si l’approche de Huntington peut paraître biaisée en ce qu’elle réduit en partie les peuples à des « civilisations » qui n’existent guère dans les limites et les termes retenus, elle procède encore néanmoins d’une démarche dont le mérite principal consiste à rétablir une vision multipolaire du monde, fondée sur l’existence d’identités culturelles distinctes et enracinées dans la longue durée. Au contraire, le mouvement woke et ses prolongements « indigénistes » français poussent jusqu’à l’absurde la démarche « essentialiste », sans plus se soucier d’aucune méthodologie scientifique, en définissant la couleur de peau comme le critère unique de compréhension des relations et des conflits entre populations à toutes les échelles (le monde, le pays, la région, la ville, le quartier, la rue, etc.). La lutte des races prend ainsi la suite de la lutte des classes comme facteur explicatif exclusif de tout phénomène social et historique.

Cette simplification dogmatique mène finalement au cœur de la cancel culture qui, comme son nom l’indique, projette d’annuler le rôle de la matrice culturelle dans la définition des identités au profit d’une appréciation tantôt purement biologique, tantôt « déconstructionniste » et individualiste de la nature humaine. Sous prétexte d’« inclusion », il s’agit d’obliger chaque être humain à renoncer à ses racines – en particulier si celles-ci sont européennes – pour se plier aux mêmes injonctions « morales », valables en tout temps et sous tous les cieux. Or, c’est justement la diversité des peuples et des cultures qui conditionne la richesse et la beauté du monde. Face à toute forme d’universalisme ou d’assimilation universalisante, seule se conçoit une position différentialiste fondée sur la reconnaissance de la spécificité de chaque culture, illustrée notamment par Johann Gottfried von Herder ou Claude Lévi-Strauss.

Pour conclure, notre conception de l’Europe est fondamentalement distincte, sur tous les points ou presque, de celle de l’Occident libéral. Refusant toute simplification caricaturale, notre vision s’appuie sur un système de relations essentiel pour comprendre en substance l’identité des peuples : ainsi que le rappelle Henri Levavasseur dans son essai intitulé L’identité, socle de la cité, nous sommes les porteurs d’un double héritage biologique et culturel qui se manifeste à travers une manière spécifique de voir le monde et de se tenir dans le monde, et qui a vocation à s’épanouir de manière souveraine et sous des formes sans cesse renouvelées sur l’espace géographique européen dans lequel il est enraciné depuis des millénaires. L’identité n’est pas un héritage figé, mais l’affirmation d’un potentiel. L’ethnos est porteur d’un ethos spécifique. Ce point de vue aboutit naturellement à une définition plus précise de l’identité européenne que le recours à la notion d’Occident, car il ne se limite pas à une catégorisation par la couleur de peau : si les peuples européens sont tous les héritiers de lignées ethniques leucodermes depuis des millénaires, tous les « Blancs » ne sont pas des Européens, loin s’en faut (comme le confirment les avancées récentes des études génétiques).

Autrement dit : l’Europe est partout où il y a un Européen. Mais un Européen est un être de culture autant que de nature. Il n’est pas seulement un « Blanc » : il se réalise dans un héritage ethnoculturel à reconquérir à chaque génération et, tel Ulysse, ne saurait vivre sans une forme de nostalgie active à l’égard de sa patrie originelle.

Les valeurs occidentales sont par ailleurs devenues avant tout aujourd’hui celles qui présidèrent à la fondation des États-Unis, héritières du fondamentalisme protestant et de l’individualisme libéral combiné au capitalisme sans frein et à ce que le philosophe Martin Heidegger nommait la « métaphysique de l’illimité ». L’Europe puise dans un héritage nettement plus ancien et complexe, dont les origines s’enracinent dans la longue mémoire de la tradition indo-européenne, dont l’aube grecque de la pensée a constitué l’une des manifestations les plus fulgurantes. Sans rejeter l’ensemble des apports de la modernité, nous affirmons que la renaissance de l’Europe doit se fonder sur la réminiscence et l’actualisation de cette « longue mémoire » propre au Vieux Continent, et non sur la défense d’un Occident devenu le simple véhicule du libéralisme à l’échelle planétaire. Cet Occident-là, issu d’apories idéologiques d’origine européenne, constitue le symptôme d’un mal dont l’Europe doit se défaire pour retourner à la source pérenne de son génie. « Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir ; il faut encore le pousser », écrivait Friedrich Nietzsche, qui en appelait par ailleurs, face au nihilisme ambiant, à un « recours aux origines », et à la volonté de puissance de toute civilisation.

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Au regard de l’histoire, nous partons également du principe que l’Europe, en tant qu’ensemble de nations et de peuples appartenant au même espace géographique et civilisationnel, est parfaitement capable de déterminer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon pour elle et ce qui ne l’est pas, qui sont ses amis, et qui sont ses ennemis. Elle suit sa propre voie et ne souhaite en aucun cas voir son indépendance aliénée, ni devenir l’appendice politique de quiconque. Elle constitue une réalité géopolitique autonome. Sa vocation n’est pas de se perdre en se fondant dans un « lien transatlantique » sans fondement géopolitique – ni d’ailleurs dans l’espace eurasiatique – mais de retrouver les voies de la puissance.

Or, un conflit sanglant vient à nouveau d’éclater sur le sol de l’Europe. Cette « guerre civile » entre peuples slaves résulte en grande partie d’une réaction russe pour contrer les velléités américaines d’entrisme dans ce que Moscou perçoit comme sa zone d’influence traditionnelle. Cette guerre ravage une vieille terre slave, sur le sol de laquelle se forma au IXe siècle le premier État russe, lorsque les Varègues venus de Suède arrachèrent Kiev aux Khazars. Plusieurs siècles auparavant, les Goths, venus également des rives de la Baltique, s’étaient déjà installés sur les rives du Boug et du Dniepr. Tous étaient les lointains héritiers de ces cavaliers indo-européens qui se répandirent dans la région il y a plus de cinq mille ans, apportant à l’Europe leur langue, leur civilisation et leur vision du monde. Tirons d’ores et déjà de ce conflit, quelle qu’en soit l’issue, la leçon qui s’impose : l’Europe n’a pas vocation à se laisser déchirer une nouvelle fois, comme au milieu du XXe siècle, entre deux camps qui la regardent comme le champ clos où régler leurs querelles, comme l’espace désarmé où assouvir leurs convoitises. Par ailleurs, il n’existe pour l’Europe qu’une seule manière d’échapper au désastre, c’est de renouer enfin avec son propre destin, hérité d’une histoire plurimillénaire, et de maîtriser son espace géopolitique sans se soumettre à aucune domination extérieure. Notre combat n’est évidemment pas fondé sur le rejet des composantes ethniques européennes des populations américaines ou russes, auxquelles nous unissent des liens civilisationnels, mais sur l’affirmation du génie propre et des intérêts des peuples européens, qui doivent poursuivre souverainement leur existence historique sur leur terre.

L’Institut Iliade a été fondé pour contribuer au réveil de cette conscience européenne. Il entend assumer sa mission en menant un double combat : d’une part contre le déracinement et l’effacement de la mémoire qui privent l’Europe de ses défenses immunitaires, à l’heure où des flux migratoires sans précédent menacent la pérennité même de l’identité européenne ; d’autre part contre le libéral-libertarisme « occidental », qui provoque et entend amplifier ce déracinement en le présentant comme une valeur de la modernité, au nom d’un prétendu « sens de l’histoire ». Il nous semble totalement inutile de hiérarchiser ces deux combats qui sont indissociables. Nous considérons en revanche que la cause doit être clairement distinguée de ses effets, comme une maladie de ses symptômes. Nous entendons donc continuer à nous attaquer aux racines de cette pathologie civilisationnelle, tout en soutenant toutes les initiatives vouées à réduire et contrer ses effets les plus néfastes. C’est à l’émergence d’une nouvelle « révolution conservatrice » à l’échelle européenne que nous appelons aujourd’hui, pour que les peuples d’Europe renouent avec leur destin et bâtissent un avenir conforme à leur vocation.

Pôle Études de l’Institut Iliade

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lundi 7 novembre 2022

Ces députés qui sanctionnent la liberté d’expression

 

 


 

 On ne saurait mieux dire...

 Par Ivan Rioufol

C’est une « fake news » que l’Assemblée nationale a avalisé en connaissance de cause. En punissant sévèrement, vendredi, le député (RN) Grégoire de Fournas pour des propos pourtant falsifiés par la Nupes, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, s’est prêtée à une désinformation cautionnée par la majorité de la représentation nationale. Alors que le gouvernement dit vouloir traquer les fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, il a appuyé le récit fictif du député LFI du Val d’Oise, Carlos Martens Bilongo, assurant avoir été interpellé par son collège Fournas en ces termes : « Retourne en Afrique ! ». Bilongo a même prétendu : « Aujourd’hui, on m’a renvoyé à ma couleur de peau », en se prévalant d’être Noir. Immédiatement, l’accusation en racisme a été décrétée, alors même que le verbatim de l’Assemblée a noté la phrase exacte du proscrit : « Qu’il retourne en Afrique ! ». A l‘évidence, cette réflexion répondait à la question sur l‘attitude du gouvernement face à un bateau de migrants en demande d’accostage. Ce n’est d’ailleurs que sur le motif d’une participation à un « tumulte » que le député a été exclu pour 15 jours, la peine la plus sévère. Cette fabrique d’un mensonge, destiné à lyncher un élu, signe la régression du parlement : la liberté d’expression n’y est plus garantie.

Marine Le Pen s’est crue obligée d’admettre l’absence de finesse de l’intervention de son collègue. Une distance reprise également ce lundi sur RTL par Jordan Bardella, élu hier à la présidence du RN. Cette modération passe à côté du scandale éthique et politique que constitue la  falsification d’un propos, accompagnée d’une victimisation théâtralisée puis d’une chasse à l’homme au nom d’un antiracisme dévoyé. Apparait la mise sous contrôle de la libre parole d’un député. Au prétexte de sanctionner des « propos haineux », le gouvernement essaye de criminaliser la critique de l’immigration clandestine, alors même qu’il prétend rendre plus efficaces les obligations de quitter le territoire français (OQTF). Dimanche, le ministre Clément Beaune a qualifié le RN d’ « ennemi public no 1 », tandis qu’un sondage place ce parti en tête des formations les plus appréciées par les Français (à 37%, sondage Sud-radio). Cette éviction temporaire d’un député pour ses libres propos s’ajoute à la sanction du sénateur Alain Houpert (LR) par le Conseil de l’ordre des médecins de Bourgogne pour ses critiques contre la politique sanitaire du gouvernement durant le Covid. Quand des parlementaires deviennent, dans l’indifférence, la cible des censeurs, c’est la démocratie qui est attaquée en son sein.

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mercredi 19 octobre 2022

Les Dépossédés




« Les Dépossédés » de Christophe Guilluy, un pavé dans la mare de Macron et de Mélenchon

Christophe Guilluy a renouvelé notre vision de la carte et du territoire, du centre et de la périphérie. Il y a un avant et un après lui. Il publie chez Flammarion une petite bombe : « Les Dépossédés ».
 

On attend toujours impatiemment les livres de Christophe Guilluy comme on guette ceux de Jean-Claude Michéa. Les deux hommes se ressemblent. Ils n’ont pas oublié leurs origines et n’ont jamais cru bon de se déguiser en « transfuges de classe », ces nouveaux riches qui traînent comme un boulet la xénophobie ou l’homophobie présumée de leur arrière-grand-oncle Ernest. Son nouveau livre, en librairie aujourd’hui, s’intitule Les Dépossédés, aux éditions Flammarion. Un clin d’œil aux Possédés de Dostoïevski et à La Dépossession de Renaud Camus, dont il ne fait pourtant pas grand cas. Dommage.

Guilluy a de la suite dans les idées. C’est l’homme d’une idée fixe, mais cette idée fixe est une des clefs de compréhension des votes Trump, Johnson, Le Pen. C’est un enfant de la gauche avant qu’elle ne devienne l’auxiliaire de la mondialisation. Un poulbot de Belleville avant que Belleville ne se transforme en parc à thèmes kitsch et plébéien où les cols blancs surjouent un rôle de col bleu sorti d’une friperie solidaire d’Emmaüs, où cette vache – tarée ou tarie – de Virginie Despentes prend des airs de Mistinguett de la défonce et de Louise Michel des frères Kouachi, où ce paon boursoufflé de Benjamin Biolay se dandine comme un Maurice Chevalier sans coffre des Buttes-Chaumont. Le contraire de Guilluy. Rat des villes, il est l’ambassadeur des rats des champs, avec un petit côté Gavroche qu’il cultive, un Gavroche qui aurait survécu au feu de la Garde nationale sans rien perdre de ses illusions, mais pas de ses cheveux. Car il est chauve autant qu’on peut l’être. Au cinéma, il pourrait jouer la doublure de Bruce Willis. Il serait le John McClane de la France périphérique. Comme Bruce Willis, il interpréterait toujours le même rôle, mais dont on ne se lasserait pas : venger les ploucs que nous sommes des bobos et des technos qui les assaillent.

Jean Sévillia a lancé la mode de l’historiquement incorrect ; la spécialité de Guilluy, c’est le géographiquement incorrect. Ces Messieurs de l’Université l’ont donc banni – rien de nouveau depuis Rabelais –, Jacques Lévy en tête, le Trofim Lyssenko de la géographie savante. Jacques Lévy est l’archétype du mandarin qui ne regarde pas la Lune, mais le doigt qui montre la Lune. Il le triture dans tous les sens, il le tord, il le mord. Le doigt, c’est Christophe Guilluy ; et la Lune, c’est la France périphérique, face cachée des représentations médiatiques et universitaires. Comme dans « La lettre volée » d’Edgar Allan Poe, tout le monde avait le peuple sous les yeux, mais personne ne le voyait. Guilluy l’a vu. Une France reléguée, invisibilisée, infériorisée, qui se partage les miettes et le mépris. Pour rappel, l’ensemble des grandes métropoles – soit 5 % du territoire – produit 50 % des richesses. Les 95 % restants, c’est la France qui fume des clopes et roule au diesel. Les « déplorables » aux États-Unis, les dépossédés ici.

La carte de France ne sera bientôt plus qu’une carte du prix de l’immobilier, avec le mètre carré pour seul mètre étalon. Le prix du mètre carré consacre le retour du mouvement des enclosures. Pour ceux qui l’auraient oublié, ce mouvement a redessiné le visage de la Grande-Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles en privatisant les terres communales et seigneuriales qui bénéficiaient d’un droit d’usage au profit des paysans. Hier, chassée des campagnes, cette main-d’œuvre servile a grossi les rangs de l’industrie naissante. Aujourd’hui, chassée des villes, elle fournit les cohortes périurbaines de la désindustrialisation. Le scénario se répète partout. Partout les « Anywhere » chassent les « Somewhere ». Nul besoin d’envoyer la troupe, les promoteurs immobiliers suffisent. Alors, la « gentrification » et l’« airbnbisation », les deux mamelles de la France d’après ?

Celui qui veut comprendre l’effondrement électoral de la gauche doit impérativement lire Guilluy. Même si c’est lui qui a désensablé la France périphérique, le sujet qu’il maîtrise le mieux, c’est la France métropolitaine, celle que Bobo sapiens, comédien et martyr, a colonisée. Ses livres en dressent la sociologie féroce et réjouissante. Son habitat confortable et son habitus conformiste.

Le propre des bobos, c’est de se raconter des bobards. De faire semblant d’être ce qu’ils ne sont pas. Des artistes, des bohèmes, des révolutionnaires. Alors qu’ils appartiennent de plain-pied à la classe dominante. À eux, le capital culturel légitime. À la bourgeoisie d’affaire, le capital économique. À eux deux, le pouvoir sur les esprits. Ainsi fonctionne l’alliance des libéraux-libertaires dont le capitalisme woke est l’ultime avatar.

La société ouverte est une contradiction dans les termes. Elle n’est ouverte que pour ceux qui ont les moyens de la mobilité. Et fermée pour tous les autres. Voyez comme les grandes métropoles ont dressé des murs – je dis bien : des murs, et pas des ponts – en rétablissant l’octroi, impôt féodal, à leurs portes. Le 1er janvier 2023, c’est-à-dire demain, les véhicules diesel immatriculés avant le 1er janvier 2011 ne pourront plus pénétrer dans les grandes villes. Ce qui condamne des millions de Français et leurs véhicules. Les seuls pauvres qui pourront franchir ces barrages filtrants seront Fatoumata la nounou, Kader le chauffeur Uber, Mamadou le livreur, plus ces passagers clandestins que sont le migrant et le délinquant. Les électeurs de Macron et de Mélenchon auront ainsi leurs « nègres de maison », ainsi que les appelait Malcolm X. Des enclaves et des esclaves.

Tout est fait pour occulter la réalité centrale de notre temps : la guerre des territoires et l’enclavement de la majorité fractionnée dans une archipélisation mortifère qui interdit la constitution d’un bloc majoritaire. Il s’agit à chaque fois d’ensevelir le peuple sous des représentations tronquées. Cette guerre des représentations est à sens unique. Elle est menée par les minorités trans, woke, racisées, grâce au financement des ONG et des multinationales qui travaillent main dans la main. Aucun appareil de propagande n’en a jamais eu la puissance de feu. Le cinéma, les séries, les médias centraux, l’Éducation nationale, etc. Tous racontent la même fiction, le fameux « narratif » des communicants, avec un panurgisme sans précédent. L’objectif ? Bâillonner le sujet politique majoritaire.

De fait, toutes les contestations d’envergure qui ont vu le jour depuis trente ans viennent de la périphérie, du référendum de Maastricht aux Gilets jaunes. Aucun mouvement social d’ampleur n’est sorti d’un mélenchonisme de carnaval ou de l’intersectionnalité. La manifestation de dimanche « contre la vie chère et l’inaction climatique » organisée par la Nupes en fournit l’illustration clownesque. Quoi de commun entre les « fins de mois » difficiles et les « fins du monde » climatiques ? Rien. Il ne peut pas y avoir de convergence des luttes là où il y a divergence des buts.

Depuis trente ans, les « fins du monde » font payer aux « fins de mois » leur bonne conscience pseudo écologique : en surtaxant le diesel et en détaxant le kérosène ; en écotaxant la voiture à essence tout en signant des accords de partenariat au bilan carbone désastreux avec la Nouvelle-Zélande ou le Canada ; en subventionnant les inabordables voitures électriques, joujou surpolluant du bobo et du retraité macronien, moyennant des primes à l’achat exorbitantes ; en implantant partout des éoliennes pour faire marcher le vélo électrique des citadins ; en roulant à 80 km/h pour que le cadre télétravaillant à la mer puisse surfer en 5G. C’est la double peine pour le plouc et le coup double pour le bobo dans le vent. À l’un la dégringolade, à l’autre la martingale d’un jeu d’argent truqué.

mercredi 17 août 2022

Réchauffement climatique



Merci à Mildred ainsi qu'à Bedeau.

Je suis tombée sur cet article qui date déjà de 2015 et j’avais envie de le partager avec vous car il rejoint fortement le fond de mes pensées sur la question du réchauffement climatique.
Jean-Paul Rampnoux professeur agrégé de géologie à l’université de Chambéry (décédé  il y a quelques années) rappelait à ses amis que  nous étions en fin de période glacière étant donnée qu’il y avait encore des glaciers et que Chambéry était encore recouvert d’une couche de glace de 1 km d’épaisseur il  y a moins de 10.000 ans.
Il n’y a que les hommes politiques dont la  compétence provient de leur élection populaire qui prétendent que le réchauffement est dû à l’activité humaine…

Réchauffement ?

Ce qu’en pense un expert suisse Werner Munter… Difficile de savoir qui il faut croire mais tous les arguments doivent pouvoir être exprimés…

C’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat !

Spécialiste reconnu des avalanches, le Suisse Werner Munter planche nuit et jour depuis trois ans sur le réchauffement climatique. Et, pour lui, l’homme n’y est pour rien !

Il y a une semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pointait une nouvelle fois d’un doigt accusateur l’homme et le CO2 qu’il produit comme principaux coupables du réchauffement climatique. Pour Werner Munter, spécialiste mondialement reconnu des avalanches, qui se penche compulsivement sur le phénomène depuis trois ans, « ces gens sont des imbéciles qui répètent en boucle des bêtises, le savent et sont payés pour ! » Le Bernois nous a longuement reçus dans son appartement.

d’Arolla (VS) pour étayer ces accusations entre une tranche de viande séchée et deux verres de Cornalin. Son diagnostic climatosceptique, loin d’être celui d’un hurluberlu, est partagé par d’éminents scientifiques dont deux Prix Nobel. Il nous l’explique.

Vous affirmez que l’homme n’a rien à voir avec le réchauffement. Pourquoi ?

Précisons tout d’abord que je ne conteste pas le réchauffement lui-même. Je l’ai d’ailleurs constaté en tant que guide de montagne en voyant les glaciers reculer. Celui qui nous fait face par exemple a perdu 100 m depuis que j’ai acheté cet appartement en 1989. En 2005, le pilier Bonatti des Drus s’est effondré à cause du réchauffement du permafrost. Ce que je remets en cause, ce sont les causes de ce réchauffement. Elles n’ont rien à voir avec l’homme ou avec le CO2 comme on nous le serine. Je suis arrivé à cette conclusion pour trois raisons.

Quelles sont ces raisons ?

La première, c’est tout simplement l’analyse des données climatiques reconstituées sur des millions d’années. Rien que dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Au Moyen Age, il était par exemple possible d’aller en vallée d’Aoste depuis Arolla avec les troupeaux car le glacier n’existait plus. Lors des deux premiers optima, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants. Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud ! Or le

GIEC se concentre sur les 150 dernières années. Autant dire qu’il regarde autour de son nombril. Les reconstructions paléoclimatiques montrent aussi que, pendant des centaines de millions d’années, il n’y a pas eu de corrélations entre le CO2 dans l’atmosphère et la température sur terre.

Votre second argument ?

La concentration de CO2 – qui est soit dit en passant un gaz vital et non pas un poison – dans l’atmosphère est négligeable. Il y en a un peu moins de 0,5‰ dans l’atmosphère, et au maximum 5% de cette quantité est imputable à l’homme. Pour un million de molécules d’air, il y a seulement 20 molécules de CO2 produites par l’homme. Et chaque année, notre industrialisation rajoute 4 molécules de CO2 pour chaque million de molécules d’air, mais la moitié est absorbée par les océans et les plantes. Et on veut nous faire croire que cette infime proportion due à l’homme est une catastrophe ? J’ai beaucoup de peine à le croire (rires).

Pourquoi dès lors la thèse officielle fait quasi consensus ? Vos collègues scientifiques ne sont pas des imbéciles !

Ces théories visent à nous culpabiliser. Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs. Car il y a tout un business derrière la lutte contre le réchauffement. Il y a une volonté de faire peur aux gens par exemple en dramatisant la montée des océans, alors que ceux-ci ne s’élèvent que de 2 à 3 mm par an ! C’est aussi une manipulation intellectuelle de parler de CO2 en tonnes plutôt qu’en proportion. Des tonnes, ça impressionne, mais rappelons que l’atmosphère pèse 5 000 000 000 000 000 tonnes ! (cinq millions de milliards de tonnes!)

Votre dernier argument est que la thèse officielle contredit les lois de la physique. C ’est-à-dire ?

Celle de la thermodynamique en particulier. Pour faire simple : la terre fait 15° en moyenne. L’atmosphère censément polluée de CO2 est grosso modo à -30° à 10 km d’altitude. Qu’elle réchauffe la Terre qui est bien plus chaude qu’elle est une aberration. La thermodynamique nous dit que la chaleur va toujours vers le froid et jamais dans le sens inverse, ce que correspond à notre expérience quotidienne.

Alors au final, comment expliquez-vous ce fichu réchauffement ?

Je n’ai pas de réponse car trop de facteurs entrent en jeu. Par contre, j’ai des hypothèses. Je soupçonne par exemple les variations de l’intensité du rayonnement solaire – qui répondent à des cycles – de jouer un rôle central, tout comme les processus nucléaires complexes et méconnus qui sont à l’œuvre au centre de notre Terre. Quoi qu’il en soit, c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat. La nature est bien plus forte que l’homme, nous ne sommes pas les maîtres de la Terre !

Et si le réchauffement climatique n’était que le prétexte à la création de nouvelles taxes ?
Si le fait que la Sibérie devienne cultivable n’était pas une catastrophe ?
Ceux-là même qui sont incapables de prévoir la météo à plus de 5 jours et qui prétendent savoir le temps qu’il fera dans 50 ans, nous prenaient pour des cons ?

Et si la sagesse consistait à dire qu’on n’en sait rien …. Et si on commençait à raisonner par nous-mêmes au lieu de gober tout ce qu’on veut nous imposer ? (dans « imposer », il y a « impôt » !)


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mardi 14 juin 2022

Alors nous retrouverons des citoyens éclairés, concernés par le vote.

 

 

Record d’abstention: s’il vous plaît, rallumons la lumière!
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52,50 % : tel est le record inédit du taux d’abstention pour ce premier tour des législatives. Bien sûr, on peut toujours incriminer le retour du temps des cerises et des barbecues qui éloignerait du devoir civique. La saison du bermuda et des doigts de pieds, libres de s’ébattre dans les sandales, bat en effet son plein.

Perfide Evelyne Dhéliat

Dimanche dernier, la météo, perfide, incitait clairement à fuir son devoir civique. On préféra alors sillonner les villes, en famille et casqués, juchés sur des trottinettes, destriers du XXIe siècle, emblèmes de la quête désespérée d’une éternelle enfance. 

Les rires fusaient des terrasses de cafés en de longues stridulations enjouées. On y sentait poindre une légère ivresse, celle qui permet, alors qu’on croit communier avec l’autre, d’échapper un instant à « l’insoutenable légèreté de l’être. » D’autres conviés à la partie de campagne proposée par le printemps s’étaient amassés et rassemblés sur les pelouses et les rives des cours d’eau ou les plages. On ripaillait pour célébrer la renaissance et l’illusion de l’éternel retour de tout.

On pourrait, tout aussi justement, penser que cette exceptionnelle abstention résulte d’une lassitude qui aurait gagné les Français, après la farce des présidentielles. Il faut bien avouer que le pitoyable spectacle d’un président sortant, embusqué et taiseux, était de nature à décourager quiconque d’aller voter. Il refusa de se risquer hors du bois avant l’heure pour conserver toutes ses chances de réélection et n’eut d’autre argument à proposer pour légitimer sa reconduction que l’urgence qu’il y avait à contrer le Rassemblement national.

C’est une hypothèse qui reste valable, d’autant plus que notre diable d’homme, à peine réélu, ce, avec une abstention déjà alarmante, nous refit illico le coup du front républicain quand il daigna s’abaisser à faire campagne pour ce premier tour des législatives. Dès qu’il fut question de désigner à la vindicte populaire le nouvel ennemi à défaire, la Nupes, autrement dit Mélenchon et ses affidés, notre triste sire, pour mieux nous persuader de la gravité du moment, donna à sa voix la solennité qu’il aime à adopter quand il tient son rôle de chef de guerre.

À notre avis, cependant, le mal vient de plus loin. Nous rendons responsable de ce délitement progressif de l’esprit qui engendre l’absence de conscience politique, l’injonction, devenue mantra, à vivre une fête perpétuelle et le droit, farouchement revendiqué, « au bonheur mérité par l’excellence de nos âmes », pour reprendre l’expression savoureuse de Flaubert, dans L’Éducation sentimentale. 

L’école, non seulement ne parvient pas à endiguer ces prétentions puériles, mais au contraire les encourage : devenus de vastes terrains de jeu, nos établissements scolaires ont, on le sait, désormais vocation à animer et non plus à transmettre. 

Philippe Muray, un visionnaire

Lesdites aspirations à une fiesta permanente, dignes du jardin d’enfants, furent dénoncées par Philippe Muray, dans ses chroniques rassemblées sous l’intitulé : Après L’Histoire, dès la fin des années 90. J’en veux pour preuve cet extrait qui ouvre Des critiques en déroute par temps hyperfestif (janvier 2000) : « L’époque est une tête à claque qu’il devient jour après jour un peu plus agréable de gifler. La satisfaction avec laquelle elle se montre, son conformisme euphorique autant qu’ignominieux, son allure de tranquille impunité quand elle déploie l’éventail de ses plus malfaisantes sottises et l’ensemble de ses nuisances approuvées, enfin cet incroyable teint de rosière qu’elle arbore en toute occasion, lorsqu’il s’agit de célébrer de nouvelles mutations, d’applaudir au défi ludique des surfeurs des neiges, au succès d’internet, à l’adoption d’Halloween par les peuples colonisés, au triomphe de l’économie de marché, de la transparence, du patin à roulettes (…) et des pique-niques citoyens avant les séances de cinéma en plein air, font ardemment regretter qu’elle n’ait pas un seul visage sur lequel on puisse taper avec gaieté et sans relâche. »

Philippe Muray, visionnaire, n’aurait pas été déçu par notre époque. Cette aspiration à la liesse éternelle, qu’il épinglait déjà à l’aube de notre siècle avec une juste férocité, a en effet crûe de façon exponentielle : les trottinettes se sont abattues sur nos villes comme des nuées de sauterelles et dans les librairies, le rayon consacré au développement personnel est responsable d’une déforestation sans précédent. « Être présent à l’instant présent » et dans la joie, s’il vous plaît : tel est le mode d’emploi pour réussir immanquablement sa vie.

Cette quête forcenée du « tout au ludique » a commencé par atrophier les cerveaux puis a contribué à fragmenter une société constituée d’éléments mal jointoyés en l’absence du ciment que constitue un devoir qui impliquerait la sale contrainte, de plus en plus honnie. C’est dans ce terreau fertile qu’ont poussé les revendications de chacun qui souhaite être considéré comme unique et par conséquent, refuse de se plier à ce qui fait société et qui impliquerait une obligation vis-à-vis d’autrui.

Celui qui n’a jamais été seul, au moins une fois dans sa vie…

Nous ne sommes plus un peuple, mais des entités antagonistes qui prônent ou dénoncent, en vrac : « l’appropriation culturelle », « la cancel culture », « le communautarisme », « la déconstruction », « l’indigénisme », « l’intersectionnalité », « l’islamogauchisme », « la justice raciale », « le néoféminisme », « le privilège blanc », « le racisme anti-blanc », « le racisme systémique », « le séparatisme », « l’universalisme », « le wokisme ». Cette nomenclature barbare accompagne la désagrégation de notre société, maintenant comparable à un tas de sable dont chaque grain serait un individu.

Pour qui et pourquoi, alors, aller voter, puisque qu’on est seul ? L’épopée fédératrice a cédé la place aux récriminations et aux revendications individuelles d’un moi hypertrophié refusant toute frustration. Payer de sa personne ou veiller aux intérêts communs est maintenant complètement démonétisé. Le ricanement est de mise quand on rencontre un pauvre hère qui aurait conservé cet idéal.

Transmission, appartenance à une culture, inscription dans l’Histoire : tout a disparu. Nous avons éteint la lumière et « nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir » (Pascal, Pensées, 1670). Ce « quelque chose », c’est notre pauvre « moi ». Nous le brandissons naïvement comme un flambeau, prétendant éclairer les ténèbres profondes qui nous environnent mais il ne s’avère être que la flamme vacillante d’une bougie exposée à la bourrasque. De grâce, cessons de nous prendre pour Matamore et rallumons vite la lumière, celle de l’instruction et de l’éducation pour retrouver l’esprit critique, la réflexion et raviver ainsi l’esprit du collectif. Alors nous retrouverons des citoyens éclairés, concernés par le vote.

SOURCE 

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Les classes populaires ont une conscience aigüe des impasses sécuritaires, politiques, médiatiques, sanitaires… qui les enferment. Mais elles peuvent faire preuve d’imagination pour défendre leurs intérêts.


« L’an 01 ». En 1973, Jacques Doillon réalise un film intitulé « l’An 01 », d’après une bande dessinée de Gébé parue dans Politique Hebdo, puis Charlie Hebdo. Le scénario est le suivant : un beau matin, la population décide d’un commun accord de tout arrêter (le travail, la consommation, les transports en commun…), de réfléchir à l’utilité du travail que l’on fait et de réinventer la société. Et si on sonnait chez le voisin pour faire connaissance ? Si on ouvrait un potager dans le bitume parisien ? Si on piétinait les pelouses interdites ? Si on s’embrassait ? Si on… etc.

Les citoyens croient de moins en moins à la mascarade électorale

L’an 01 de Gébé a quitté la fiction. En 2022, des pans entiers de la société française ont d’un commun accord, décidé de faire un pas de côté. Mais à la différence de la BD, cela n’a rien de festif. Au plan politique, les électeurs ont abandonné les partis traditionnels (PS, LR) qui se sont effondrés. Plus grave, les mêmes boycottent les élections et l’abstention devient toujours plus massive. Aux présidentielles de 1988, un électeur sur cinq ne se déplaçait plus. En 2022, le boycott a concerné un électeur sur quatre (27%). Aux législatives de 2007, quatre électeurs sur dix ne votaient pas. A celles de 2022, plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé.

Ne pas aller voter n’indique pas un civisme en panne, mais l’indifférence à une mascarade. À quoi bon élire des gens qui plutôt que d’organiser un référendum sur les sujets qui comptent (l’immigration, l’école, les services publics, l’impôt, la santé…) consulteront plutôt McKinsey, Accenture et consorts ? À quoi bon donner une majorité à un président qui s’est empressé d’inventer des lieux d’élaboration de la décision en dehors des circuits démocratiques : « les grands débats » au moment de la crise des gilets jaunes, les cahiers de doléances remisés au grenier sitôt la crise passée, le conseil de défense ultra secret au moment de la pandémie, et maintenant le CNR, futur Conseil National de la Refondation, qui indique clairement l’intérêt du président pour la représentation populaire…

Le plus beau métier du monde

Mais l’an 01 n’est pas seulement électoral. Le pas de côté s’effectue aussi à l’école. Qui veut être prof aujourd’hui ? Plus personne. L’institution scolaire rebute littéralement et les candidats les plus qualifiés boudent les concours de recrutement. Concernant la rentrée 2022, « avant même les oraux, le nombre de candidats admissibles aux écrits est inférieur, dans certaines disciplines, au nombre de postes proposés. Pour les collèges et lycées, la situation est très critique en mathématiques (816 admissibles au Capes pour 1035 postes), en allemand (83 pour 215) et en lettres classiques (60 pour 134) » écrivent Aude Bariéty et Caroline Beyer dans le Figaro.

L’explication officielle de cette désaffection est « le salaire d’un enseignant stagiaire : 1827 euros brut ». Scandaleusement bas, bien sûr ! Mais la raison corollaire arrive très rapidement dans la foulée : « Aller dans les académies de Créteil ou Versailles, sans accompagnement, lâché dans le grand bain sans brassard, pour cette rémunération, ça ne passe pas», assène Stéphane Crochet, du syndicat SE-Unsa. 

« Grand bain », « sans accompagnement », « sans brassard »… autant de formules contournées pour indiquer ce que tout le monde sait aujourd’hui, à savoir que l’école publique a craqué sous le poids de l’immigration et que dans  certaines zones, les élèves font désormais la loi, imposent les programmes (il est des sujets tabous comme la Shoah) et n’hésitent pas à attenter à la sécurité physique des enseignants. Comme l’institution laisse faire, les enseignants désertent. Ce sera sans eux, merci !

Panique à l’hôpital, crainte de l’embrasement des banlieues…

L’hôpital souffre lui aussi du même pas de côté. La suppression de 80 000 lits d’hôpital public en vingt ans, la stagnation des salaires, la fermeture des petits hôpitaux de proximité, et un mode de rémunération des hôpitaux conçu pour optimiser l’occupation des lits en fonction d’effectifs toujours plus ajustés créent les conditions d’un stress permanent. Le conflit entre soin et productivité est à l’origine de la grande hémorragie. Sarah, 25 ans, après quatre années passées aux urgences pense déjà à une reconversion. “Le soir, on rentre chez soi en pleurs en se disant qu’on n’a pas fait du bon boulot, et on se demande quel pourrait être notre avenir plutôt que d’être infirmière.” Les Sarah sont si nombreuses à opter pour une reconversion professionnelle que des services hospitaliers se ferment naturellement, sans décision administrative, par simple carence du personnel.

Quant à la sécurité, le pas de côté est plus discret mais non moins réel. Cinq millions de Français détiennent légalement des armes à feu et 240 000 sont inscrits dans des clubs de tir pour « se défendre au cas où ». L’heure en France est à l’autodéfense, car le doute existe que la police intervienne – ou puisse le faire à temps – si elle doit affronter les tenants de la « diversité ».

Le régime diversitaire s’embrase

L’affaire du Stade de France a confirmé que l’Etat est prêt à tout pour éviter de se trouver en conflit direct avec cette partie de la population que l’on nomme « diversité ». Pour expliquer les troubles à l’ordre public qui ont eu lieu à l’occasion de la finale de la coupe de l’UEFA au Stade de France, le ministre de l’Intérieur, a trouvé plus simple d’accuser les supporters britanniques d’avoir tenté d’entrer sans billets. En créant un bouc émissaire, l’Etat a effacé le crime des racailles de Seine Saint-Denis qui se sont ruées par dizaines pour attaquer, violenter, voler voire agresser sexuellement des spectateurs sans défense. Et pour éviter que ce mensonge d’État ne vole en éclats, les bandes vidéo des caméras de surveillance du Stade de France ou de la RATP ont été mécaniquement effacées faute d’avoir été réquisitionnées à temps par le Parquet. Si l’on en croit le Daily Mail, le gouvernement français aurait même pesé sur l’UEFA pour que son communiqué relatif au désordre de la finale ne fasse pas mention des agressions de spectateurs britanniques et espagnols. Comme l’écrit brillamment Mathieu Bock-Coté dans le Figaro, « le régime diversitaire ne se contente plus de dissoudre le réel en produisant une confusion toujours reconduite entre le vrai et le faux. Il détruit désormais les preuves de la société dévastée qu’il engendre. Il détruit les conditions mêmes d’observation de la réalité. Ce qui a eu lieu n’a pas eu lieu, ce qui est advenu n’est pas advenu ». 

Comment s’étonner ensuite que les Français fassent un pas de côté vis-à-vis des médias ? L’enquête Confiance dans les médias réalisée en 2022 par l’institut Kantar pour le journal La Croix a confirmé que 90% des sondés considèrent que les médias sont essentiels au bon fonctionnement de la démocratie et que 77% affirment que la liberté de la presse est au fondement du pluralisme. Mais une fois ces principes posés, les mêmes ne sont plus que 29% à affirmer leur « confiance » dans les médias alors que le niveau de confiance atteint 59% ailleurs en Europe. Concernant la radio, qui est perçue comme le média le plus fiable, moins d’un auditeur sur deux (44%) estime que les journalistes radio rapportent les faits « à peu près » comme ils ont eu lieu, et 5% des auditeurs seulement croient que les faits rapportés par la radio se sont produit « vraiment » comme la radio les raconte.

La maison squattée d’Ollainville

Comment survivre dans un environnement national aussi dysfonctionnel ?

Elodie et Laurent, ces deux prolos qui ont acheté à Ollainville (Essonne) une maison squattée par une famille tunisienne ont montré qu’avec un peu de jugeotte, la chose était possible. 

Elodie et Laurent savaient que le bien immobilier qu’ils venaient d’acquérir était squatté par une famille maghrébine. Mais c’est aussi en raison de cette situation qu’ils ont pu l’acquérir à un prix très en dessous du marché. Une fois leur achat en poche, ils ont joué le désarroi devant un journaliste du Parisien. Leur vidéo de « victimes » des squatteurs a circulé sur les réseaux sociaux et son retentissement médiatique a été d’autant plus grand qu’on était en période électorale. Le ministre de l’Intérieur est intervenu et les squatters maghrébins ont décampé sans délai. En deux mots, Élodie et Laurent ont inversé le processus victimaire qui joue mécaniquement en faveur de l’immigration, ont instrumentalisé les médias avec un grand sens politique pour susciter la sympathie et ont pesé sur les politiques eux-mêmes pour faire aboutir une affaire personnelle. En agissant ainsi, ils ont court-circuité la justice, la police et ont économisé beaucoup de temps et d’argent.

Cette pratique montre que les classes populaires ont une conscience aiguë des impasses sécuritaires, politiques, médiatiques, sanitaires… qui les enferment, mais qu’elles sont prêtes à faire preuve d’imagination pour défendre leurs intérêts. Comme l’écrit le géographe Christophe Guilluy, les classes populaires « marronnent », un peu comme le faisaient les esclaves qui fuyaient les plantations où ils étaient tenus en esclavage. En d’autres termes, chacun tente de survivre loin de la sphère d’influence des puissants. Christophe Guilluy utilise ce terme de « marronnage » pour décrire cette attitude nouvelle des classes populaires : « elles n’écoutent plus ce que prescrivent les élites, elles préfèrent mater un bon film ou Cyril Hanouna que François Hollande ». Élodie et Laurent ont montré qu’ils savaient sur quels boutons appuyer pour obtenir gain de cause.

 

mercredi 20 avril 2022

Pourquoi il ne faut pas voter Le Pen

 


Ne votez pas pour Mme Le Pen!

Parfois, j’essaie d’imaginer ce qui pourrait arriver si Mme Le Pen était élue présidente.

D’abord, n’ayant pas grand monde autour d’elle, son gouvernement serait composé en partie d’incapables plus ou moins guignolesques. Un peu comme le sont ou le furent, par exemple, Mme Ndiaye, Mme Schiappa, M. Véran ou Mme Buzyn.

Il y aurait aussi quelques ralliés de la dernière heure, comme le fut M. Le Maire qui, quelques jours avant la victoire de M. Macron, expliquait que ledit M. Macron était « une coquille vide ».

Un entourage suspect

Et puis bien sûr, il y aurait des gens, vieux politiciens ou dirigeants de la société civile, qui traîneraient derrière eux des bouquets de casseroles. Un peu comme, par exemple, M. Bayrou, Mme de Sarnez ou M. Ferrand, le roi de l’acrobatie immobilière.

Peut-être même trouverait-on dans l’entourage de Mme Le Pen des personnages au passé et à la fonction troubles, des espèces d’hommes de main que l’Elysée protègerait contre vents et marées, allant pour cela jusqu’à demander à des hauts fonctionnaires de mentir et de se parjurer devant une commission sénatoriale. Comme qui dirait, des profils à la Benalla.

Ensuite, la gouvernance de Mme Le Pen serait évidemment marquée par la violence antidémocratique. On pourrait, par exemple, voir des manifestants se faire éborgner par les forces de l’ordre, sous les ordres d’un préfet de police hargneux qui considèrerait que les manifestants et lui « ne sont pas dans le même camp ». Peut-être même que, pour justifier ces violences, le ministre de l’Intérieur irait jusqu’à inventer une prétendue prise d’assaut d’un hôpital par les manifestants, pourquoi pas ?

Un programme antisocial

Cette gouvernance multiplierait évidemment les mesures antisociales. Par exemple, les APL pourraient être réduites, le RSA octroyé à condition de travailler bénévolement 15 ou 18 heures par semaine, et l’âge de la retraite reculé.

Dans le même temps, les impôts pesant sur les plus riches seraient réduits ou supprimés, ce qui permettrait à ces super-riches d’accroître leur fortune de plus de 80% en moins de deux ans, comme ce fut le cas pendant la pandémie de Covid-19.

Des décisions arbitraires et contradictoires sont à craindre

Il se pourrait aussi que, décidant seule ou en compagnie d’un petit cénacle mal identifié, elle multiplie les décisions arbitraires et contradictoires, imposant par décret un jour le port de quelque chose, le lendemain l’interdiction d’autre chose, sans que personne ne puisse en comprendre les tenants et les aboutissants. Dans cette même veine, elle pourrait carrément décider d’exclure de leur travail certains fonctionnaires trop rétifs, et de les faire molester et humilier par la police s’il leur prenait fantaisie de prétendre s’insurger.

Et n’oublions pas le mauvais goût de Mme Le Pen, qui l’amènerait à faire redécorer les plus belles salles de l’Elysée avec des meubles, des tapis et des tableaux dans le pire style de parvenu levantin. Ou qui lui ferait inviter dans notre palais national, pour la Fête de la Musique, des groupes bruyants et interlopes à peine dignes de se produire dans le cabaret « Chez Michou ». Sans compter qu’elle pourrait aussi – qui sait ? – se faire photographier avec de beaux corps basanés dans des poses exagérément suggestives.

Enfin, je ne vous parle même pas de la façon dont Mme Le Pen pourrait, se soumettant à la doxa libérale de l’UE, brader à vil prix quelques-uns des fleurons de l’industrie française, privatisant les profits tout en mutualisant les pertes pour le plus grand bénéfice de quelques entreprises privées rapidement reconnaissantes. Ou peut-être aussi que, soucieuse de remercier des vieux copains d’école qui l’auraient aidée à gagner l’élection, elle leur renverrait l’ascenseur en commandant à leurs cabinets de conseil des missions dont le prix serait aussi élevé que la finalité en serait floue ?

Oui, il pourrait bien arriver tout ça si Mme Le Pen était élue.

Il ne faut surtout pas voter pour Mme Le Pen.

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