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samedi 24 octobre 2020

La légèreté criminelle du progressisme





Face à la barbarie islamiste, les alertes ayant été nombreuses, le ras-le-bol de la politique de la bougie et le désir de mesures fortes pour sauver la France vont grandissant. En leur absence, une décennie noire pourrait débuter.

Allez, c’est reparti pour un tour : « sidération », bougies, proclamations, « bouleversantes » chansonnettes, « tous unis contre la barbarie », manif à Répu, union-sacrée, vous-n’aurez-pas-ma-haine, fleurs, l’imam Chalghoumi, « mesures fortes », peluches, « radicalisation », les-valeurs-de-la-République, l’immense-majorité-des-musulmans, la « résistance » sur Twitter et Facebook, la-guerre-contre-le-terrorisme. C’est reparti et, comme d’habitude, dans quelques jours, on n’en parlera plus. Jusqu’à la prochaine « sidération », les prochaines bougies, etc. Il faut croire que les Français ont pris le pli ; depuis Merah, deux-cent-soixante-sept kouffars sont morts sous les coups de l’islamisme. Mais les pouvoirs publics en sont encore à se demander s’il serait bien convenable d’expulser des étrangers en situation irrégulière qui prônent le djihad…


Le rapport Obin date de… 2004

Cette fois, c’était un professeur d’histoire-géographie. L’autre jour, un Tchétchène de dix-huit ans l’a saigné en pleine rue, et a ensuite exhibé sa tête sur les réseaux sociaux. Il s’appelait Samuel Paty, il avait quarante-sept ans, un enfant de cinq ans. Le 5 octobre, il avait soumis deux de ses classes à la liberté d’expression. Nous connaissons la suite, du moins dans les grandes lignes. On sait déjà que l’institution était « gênée » ; on sait que des « gamins » ont aidé l’assassin à le trouver. Cet engrenage « sidère », paraît-il. Moi, il ne m’étonne en rien. 

Les Territoires perdus de la République ont presque vingt ans. Le rapport Obin date de 2004, année de la loi contre le voile à l’école qui devait – dans l’esprit du législateur – clore l’affaire ouverte à Creil en 1989. Nombreux furent, dès le début des années 2000, les « réactionnaires » qui annoncèrent ce qui allait se produire. Dantec, Camus, Finkielkraut l’annonçaient. Il y eut Robert Redeker. Mais non, affirmait le camp du Bien, il n’y avait « aucun problème » avec l’islam. C’était même, ajoutaient les intellectuels organiques, en « stigmatisant » les musulmans que l’on risquait de rater le superbe train du multiculturalisme. Les historiens Olivier Pétré-Grenouilleau et Sylvain Gouguenheim devaient se taire ; Christiane Taubira expliquait qu’il ne fallait pas parler des traites interafricaines afin de donner une image positive de l’Afrique à ceux qui arrivaient ici par peuples entiers du fait de lois scélérates. Certes, pour savoir ce qui se passait quand on ne vivait pas avec la « diversité », il fallait être curieux, ne pas se payer de mots et de bons sentiments, ne pas être de ces « citoyens du monde » pour qui la France n’est qu’une réalité géographique et fiscale. Les alertes n’ont pas manqué. 


Ce sont les responsables du désastre qui prétendent le conjurer

Aujourd’hui même la gauche officielle défile. Les principaux responsables du désastre prétendent le conjurer. Ces gens n’ont honte de rien. C’est à se taper la tête contre les murs, non ? Et vous croyez vraiment que ces gus peuvent nous protéger des barbus ? Une fois « l’émotion » passée, ils vous vendront encore plus de « vivrensemble » – ils ont déjà commencé. Certes, les conséquences, ça, je crois qu’ils ont enfin un peu capté. Mais les causes…

J’avais une amie psychologue qui travaillait dans un centre pour réfugiés. Bien sûr, elle était de gauche. Elle s’occupait de « mineurs isolés » venus, pour l’essentiel, du Pakistan. Un jour, impavide, elle me racontait qu’elle devait « expliquer » aux jeunes hommes que non, ce n’était « pas bien » de vouloir brûler une « sœur » parce qu’elle flirtait avec un « mécréant ». On fait quoi avec ça ? Des sorties poney ? L’ironie suprême de la chose, c’est que mon amie était Yougoslave, qu’elle avait vécu les deux guerres, et qu’elle les attribuait fort justement en premier lieu à la volonté de ne pas du tout « vivrensemble » des Bosniens et des Kosovars. L’expérience lui prouvait donc que l’islam ne manifestait pas une « altérité » folle. Elle pensait d’ailleurs que la France risquait le même sort, mais elle restait de gauche : ses « valeurs » lui importaient bien plus que le destin de son pays – d’adoption, en l’occurrence. Partout, depuis l’hégire, les non-musulmans sont, en terre d’islam, au mieux, des citoyens de seconde zone. Le Coran le dit : la communauté des croyants est supérieure aux autres. D’obscurs imams formés dans un kebab, des politiciens sots ou calculateurs, des journalistes jamais revenus de leurs vacances dans un riad de Marrakech peuvent le nier, la lettre est têtue – et pour un musulman conséquent, la lettre est tout.  


Désarmés, au propre comme au figuré

Le progressisme refuse catégoriquement de considérer les cultures pour ce qu’elles sont ; plein d’orgueil, il croit que tous les hommes ont envie de le rejoindre. Il a fait et continue de faire preuve vis-à-vis de l’islamisme qu’une légèreté criminelle. Du reste, si les flots d’immigrés – pour la plupart musulmans – qui pénètrent chaque année en Europe étaient faibles, peut-être pourrions-nous les assimiler. Mais c’est par centaines de milliers que, chaque année, nous accueillons des individus qui, majoritairement, ignorent tout voire méprisent notre histoire, notre culture, nos coutumes et nos mœurs. Qu’est-ce qu’une femme en mini-jupe pour un paysan soudanais ? Qu’est-ce que la laïcité pour un clandestin afghan ? Qu’est-ce que la liberté d’expression pour un réfugié tchétchène ? 

Le pouvoir macroniste pourra prendre les « mesures » les plus « fermes » – et je ne crois pas un seul instant qu’il le fera –, il devra du reste affronter un autre pouvoir qui, depuis trop longtemps, s’occupe de ce qui ne le regarde pas : la justice. C’est la magistrature française qui, par l’intermédiaire du GISTI, a défendu victorieusement le regroupement familial ; c’est le Conseil d’État qui a consacré le délirant « droit de mener une vie familiale normale ». Dominée intellectuellement par le trotskyste Syndicat de la magistrature, cette dernière s’émeut à chaque fois qu’un ministre évoque la possibilité de réviser le droit des étrangers. Par ailleurs, le droit communautaire va encore plus loin ; le juge européen consolide régulièrement le droit, pour quiconque, de venir s’installer dans l’UE. Plus généralement, c’est toute la machinerie européiste qui promeut l’immigration comme une nécessité et un devoir. En 2017, le commissaire Dimitris Avramopoulos, tout sauf un anar, déclarait : « Nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais arrêter l’immigration. Nous devons tous être prêts à accepter l’immigration, la mobilité et la diversité comme nouvelle norme et à adapter nos politiques en conséquence. C’est un impératif moral, mais aussi économique et social pour notre continent vieillissant. » Au fond, rien de nouveau sous le soleil : le gauchisme a toujours été l’idiot utile du capital.  

Il conviendrait encore, bien sûr, de parler du « monde de la culture », de l’Université, des médias, des associations, de la loi Avia, de BLM, etc. Mais je dois faire court. Court comme le temps qu’il nous reste avant que la France ne sombre dans la guerre civile. À présent, chacun d’entre nous doit, comme le dirait le préfet Lallement, choisir son camp. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Un jour, ce sera peut-être votre mère, votre fils, vous-même ; cela aura lieu dans la rue, le métro, au bureau, au restaurant… C’est parti, et ça va durer. Désarmés, au propre comme au figuré, nous pourrions être rentrés dans une décennie noire.

SOURCE

La République

 

 

 

 

 

Comme en écho à L'UN DE MES RÉCENTS BILLETS :

(En un peu plus long il est vrai).

« Je m’en fous de la République »

« La République attaquée », « le visage de la République », « la République décapitée », « les valeurs républicaines »… Quelle litanie ! On finirait par en avoir la nausée !

Ah merde, on en aura soupé ces jours-ci de la République, à toutes les sauces, les plus fadasses, sur toutes les ondes et tous les tons, avec des trémolos dans la voix et du pathos citoyenniste à tartiner. Rien à foutre de la République. C’est une vieille vache depuis longtemps réformée, depuis longtemps couchée. D’ailleurs, tout le monde a couché avec elle. Elle est ménopausée, boiteuse, pelée, sans attrait. Aucune crème anti-âge n’en restaurera le lustre. Kaput, c’est le cas de le dire. Finie, vieille fille, vieille peau. Qui aurait envie de l’attaquer ? Ce n’est du reste pas elle qui a été ciblée à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre. Jamais Abdoullakh Abouyezidvitch Anzorov, « serviteur d’Allah », ne l’a citée dans son message posté sur Twitter. Il a exécuté un « chien de l’enfer », un « infidèle ». Les djihadistes s’en cognent, de la République ; ils ne savent même pas ce que c’est. Ils ne connaissent que le Dar al-Islam (le domaine de l’islam) et le Dar al-Harb (le domaine de guerre). La République est une terra incognita pour eux, elle n’existe pas dans la géographie islamique. La… quoi ! Pas la France. « La France, nation croisée », ça ils connaissent, comme les Français, quels qu’ils soient : « païens », « chrétiens », « juifs », tous « infidèles » et « mécréants ». Nous voilà en territoire connu pour un djihadiste.

Et la France, bordel !

Dans son Paroles armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste (2015), Philippe-Joseph Salazar a montré combien cette parole islamiste est performative : elle fait exister ce qu’elle désigne, ce qu’elle dénonce, ce qu’elle combat. Or, jamais elle ne désigne la République française, mais toujours la France. En appeler de manière incantatoire à la République, c’est encore une façon de ne pas aborder le problème ; c’est toujours s’enfermer dans le déni, dans l’aveuglement, dans l’illusoire croyance d’une résorption du tragique de l’histoire par la pensée magique. Car tout cela relève de la pensée magique, ce qui ne manque pas de piquant, au passage, pour des gens qui ne jurent que par le rationalisme des Lumières. Comme si ce mot – République – avait le pouvoir d’effacer la violence du réel. En ne s’en tenant qu’à elle, qu’à la sacro-sainte laïcité, on veut maintenir la possibilité d’une cohabitation entre des communautés irréductiblement étrangères les unes aux autres. Préserver, coûte que coûte, l’illusion du « vivre ensemble ». Ainsi procède la rhétorique républicaine. Elle pèche par métonymie. Métonymie : prendre la partie pour le tout, la forme pour le fond. Meilleur moyen d’occulter le fond du problème. Et ce faisant, de se risquer à le régler.

La République n’est que la forme politique de la France, sa structure, pas son essence. La France a précédé la République et on peut imaginer sans peine qu’elle lui survivra. Elle est contingente, pas substantielle à la chair même de la France, si j’ose dire. C’est une abstraction, politique, juridique ; une pseudo-réalité procédurale dominée par la neutralité axiologique de l’État et de la loi, arbitre et garant du néant communautaire ; le lieu d’une désincarnation radicale, n’en déplaise à Macron (« Samuel Paty incarnait… ») Est-ce que les poilus de 14, est-ce que les résistants de 40 mouraient pour la République ? « Ah, je combats pour la Troisième République, je meurs pour le radical-socialisme ! » Oh, la bonne blague. Non, ils mouraient pour la France. Comme le disait Houellebecq il n’y a pas si longtemps, « l’athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte ». Aucun requiem ne les fera revivre. Amen !

 

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lundi 12 octobre 2020

Remettre l'Église à sa place

 

 



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S’il est heureux que le Pape critique le néolibéralisme, l’individualisme ou l’égoïsme qui nous minent, son attaque en règle contre les nations est malvenue. Analyse de la dernière encyclique (très politique) du Pape François.


Résumons en une phrase le propos de la dernière encyclique du Pape François, Fratelli Tutti (Tous frères ndlr), rendue publique le 4 octobre dernier et que l’on peut lire dans sa traduction française officielle ici : « les barbares et les fanatiques sont nos frères humains, laissez-les détruire votre civilisation pendant que je jouis de la contemplation de ma propre générosité et de votre martyr. »

Autre observation : sous les applaudissements d’Al-Azhar, instance inféodée à l’islam théocratique, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, excusez du peu.

Bien sûr, l’encyclique ne se limite pas à cela. Il y a des constats justes, des critiques fondées, des sévérités méritées. Il y a des aspirations nobles, qu’il est nécessaire de raviver. Mais les exhortations de François deviennent criminelles à force d’être hors sol, ou plutôt : tant leur application serait catastrophique. Car, et le Pape ne peut pas faire semblant de l’ignorer, cette application serait nécessairement unilatérale, donc suicidaire.

Tant pis pour les conséquences

Mais François a fait son choix : au lieu d’affronter la tension – oserais-je dire la crucifixion ? – entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, entre les grands principes et leurs conséquences concrètes, le Pape se réfugie dans les seuls principes, sans proposer de véritables critères de discernement pour les appliquer à la complexité du réel, et tant pis pour les conséquences. Il cite l’Afrique du Sud pour parler de l’installation d’une paix juste après une longue période d’oppression : ne sait-il pas la criminalité d’une atroce brutalité qui ravage ce pays ? Après deux mille ans de réflexions et d’expérience, l’Église n’aurait-elle rien de mieux à proposer qu’une caricature, ne verrait-elle que le martyr comme alternative à l’égoïsme et à la prédation ?

Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique!

François, qui dans une précédente encyclique (Gaudete et exsultate, paragraphe 118) considérait que « l’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations », n’appelle pas au don de soi mais au sacrifice des siens pour atteindre sa propre sainteté. En apparence, il ne fait qu’exiger l’application stricte de ce passage des évangiles : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. » (Luc 6, 29-30) Mais en le prenant au pied de la lettre, sans la moindre nuance et sans l’apport de la tradition (bel exemple de fondamentalisme), il nous demande d’accepter la destruction de tout ce qui nous a été transmis pour voir nos enfants livrés à la barbarie et notre civilisation dépecée au profit de l’Autre, cet Autre fantasmé dont il a fait son Christ et son dieu.

Nouvelles idolatries

Fratelli Tutti confirme hélas mes précédentes analyses au sujet du Pape François et de son idéologie : la compromission avec les islamistes sur fond d’une vision absurdement idéalisée des religions monothéistes, contredite tant par le jihad que par les bûchers de l’Inquisition, la détestation manifeste de l’Europe, l’idolâtrie des migrants et une étrange vision du christianisme dont l’aboutissement serait le sacrifice de la chrétienté, voire de l’Humanité. Critiquer sans nuance, même au détour d’une phrase, la baisse de la natalité (paragraphe 19) alors que la bombe démographique est une réalité, c’est semer partout et pour tous les peuples du monde les graines du chaos et de la misère.

Le leitmotiv de « l’ouverture », au lieu de s’appuyer sur l’incroyable richesse de connaissances d’une Église qui est tout de même la plus ancienne institution humaine, pour analyser les succès et les échecs du passé, préfère s’enfermer dans la théorie pure en niant totalement le fameux paradoxe de la tolérance de Karl Popper. Lorsque François écrit « les cultures différentes, qui ont développé leur richesse au cours des siècles, doivent être préservées afin que le monde ne soit pas appauvri » comment ne pas avoir envie d’acquiescer ? Mais vient alors la question : et lorsque ces cultures reposent sur des injustices profondes, telles que le sexisme, le refus de la liberté de conscience, ou jadis les sacrifices humains ? Delenda Carthago ! Rome aurait-elle dû laisser se perpétuer les sacrifices d’enfants jetés vivants dans les flammes à la gloire de Moloch ? Nous, Occidentaux, avons-nous eu tort d’imposer au reste du monde l’abolition de l’esclavage ? À cela, François ne répond pas. Et quand on sait que cette phrase se retrouve dans un paragraphe (le 134) consacré à l’accueil des migrants, on comprend que le Pape ne nous encourage pas à préserver notre culture en même temps que nous respectons celles des autres, mais à accepter la fragmentation, la libanisation de notre pays au nom du multiculturalisme. Il n’est pas surprenant que Jean-Luc Mélenchon, dont le parti courtise sans retenue la mouvance indigéniste et décoloniale, ait salué cette encyclique avec autant d’enthousiasme ! « Ses mots ressemblent assez aux miens pour que j’en sois ému » écrit le tribun d’extrême-gauche. Il a raison, et par moment on croirait même entendre ceux de Rokhaya Diallo : irrémissible culpabilité des Occidentaux et innocence ontologique de tous les autres.

Vers une gouvernance supra-nationale?

Enfin, écrivant « nous pouvons alors affirmer que chaque pays est également celui de l’étranger, étant donné que les ressources d’un territoire ne doivent pas être niées à une personne dans le besoin provenant d’ailleurs » (paragraphe 124) le Pape s’oppose de fait à l’idée même de souveraineté des états. Il fait l’éloge de la gouvernance supra-nationale, et ne la modère que lorsqu’il s’agit de combattre l’influence culturelle occidentale. Concrètement, c’est l’idée de Nation et la légitimité du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que l’encyclique rejette – du moins pour les peuples occidentaux.

Non que je fasse l’éloge d’égoïsmes nationaux débridés, de l’utilisation égocentrique des biens dont nous disposons, ou de l’indifférence aux besoins des autres, quels que soient ces autres, proches ou lointains. La priorité à donner au bien commun est un authentique impératif moral. Mais toute la question est l’articulation de cet impératif incontestable avec un autre impératif, celui du soin particulier que je dois avoir pour ceux qui me sont plus spécialement confiés : mes enfants, mes amis, mon peuple. Et je ne peux qu’être profondément déçu de constater qu’encore une fois le Pape, qui pourtant revendique l’autorité de la sagesse qui présida à la naissance du Cosmos, est incapable de concevoir une autre alternative à l’égoïsme que de se laisser dépouiller sans réagir par les premiers venus.

Il y a encore un aspect de l’encyclique qui doit être souligné, un étrange péché d’orgueil : sous les applaudissements d’Al-Azhar, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, pourtant deux des plus grands théologiens catholiques. Des explications s’imposent.

L’université Al-Azhar, l’une des instances de référence de l’islam sunnite, a salué publiquement l’encyclique Fratelli Tutti et s’en est réjouie. Elle avait en revanche qualifié « d’acte criminel » la réédition des caricatures de Charlie. Son Grand Imam, Ahmed Al-Tayeb, avait aussi déclaré en 2016 que « les savants de l’islam et les imams des quatre écoles juridiques (du sunnisme) considèrent que l’apostasie est un crime, et sont d’accord pour affirmer que l’apostat doit renoncer à son apostasie, ou être tué » et conclu en citant ce hadith tristement célèbre : « Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih d’Al Boukhari, livre 87, hadith 17) Depuis, Ahmed Al-Tayeb a affirmé qu’il était malvenu de demander des comptes à Al-Azhar au sujet de cette mise à mort des apostats, dans la mesure où en Égypte il y a des athées qui passent à la télévision et ne sont pas tués ! Circulez, il n’y a rien à voir. Rappelons donc que dans la quasi-totalité des pays musulmans l’apostasie est interdite et punie par la loi, et passible de la peine de mort dans douze d’entre eux. Cas concret parmi d’autres : un musulman qui voudrait se convertir au christianisme, c’est-à-dire en termes chrétiens répondre à l’appel du Christ Lui-même.

Mais voici ce qu’écrit François : « je me suis particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmed Al-Tayeb », et à plusieurs reprises il se réfère à leurs déclarations communes. Disons-le autrement : Fratelli Tutti est une encyclique que le Pape a écrite sous les encouragements d’un homme dont il dit partager bien des convictions, un homme qui pourtant cautionne pleinement le fait que sa religion à lui, et les états dont la législation s’en inspire, condamnent à mort ceux qui voudraient devenir chrétiens. N’y aurait-il pas comme un problème ?

Jamais plus la guerre?

Ce n’est pas tout. Depuis vingt siècles, l’Église réfléchit à la notion de « guerre juste », aussi bien par le jus in bello (droit dans la guerre ; comment se comporter en cas de guerre) que le jus ad bellum (droit de faire la guerre : quand le recours à la guerre est-il possible ?). Suivant l’impulsion donnée par Platon, Aristote, puis Cicéron, les Pères de l’Église ont cherché à concilier les béatitudes avec un constat de simple bon sens. En termes modernes, nous pourrions présenter ce constat ainsi : toute doctrine dont l’application conduirait à se ranger du côté de Chamberlain contre Churchill et à préférer Hitler à la guerre est une doctrine fondamentalement viciée.

Tâche ardue s’il en fut ! Mais que l’on adhère ou non au résultat final, nul ne peut nier la profondeur intellectuelle et morale de ce qui a été patiemment élaboré, notamment par Saint Augustin, puis Gratien, et trouva sa forme sans doute la plus aboutie chez Saint Thomas d’Aquin.

Or Fratelli Tutti, après avoir condamné à juste titre des dérives récentes dans l’interprétation de la « guerre juste » et notamment dans le recours à la « guerre préventive », affirme surtout en conclusion sur le sujet (paragraphe 258) : « Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! » Ces « critères rationnels, mûris en d’autres temps » qu’il serait « très difficile aujourd’hui de défendre » ce sont ceux du Docteur Angélique, balayés d’un revers de la main par François.

On pourrait lui répondre tout simplement en lui retournant ce qu’il écrit lui-même (paragraphe 13) : « Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? »

Et cette injonction : « Jamais plus la guerre ! » Aspiration eschatologique, désir de Fin des Temps, car ce moment où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira » (Isaïe 11,6) n’est pas un projet historique humain, mais l’annonce de la fin de l’histoire humaine. « Jamais plus la guerre ! » slogan lénifiant d’un ridicule achevé dans un monde où les tyrans assoiffés de conquêtes et les foules affamées de violence sont une réalité, y compris à nos portes – je pense par exemple à Erdogan et à ses soutiens. Ridicule aussi, l’appel du Pape à renoncer définitivement à l’arme nucléaire, lorsque l’on sait que le Pakistan en dispose et que, bien évidemment, ce pays qui soutient les Talibans et pratique la peine de mort pour blasphème se moque des injonctions de François comme de sa première lapidation. Ce sont là des réflexions que j’ai déjà eu l’occasion de développer.

Qu’est donc devenue l’Église qui permit jadis l’épanouissement de l’idéal chevaleresque ? Qu’est devenue l’Église de Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, lui que Soliman le Magnifique, loin des embrassades hypocrites de François et Ahmed Al-Tayeb, fit saluer à sa mort dans les mosquées de son empire en y proclamant : « Croyants, apprenez d’un infidèle comment on accomplit son devoir jusqu’à être admiré et honoré de ses ennemis » ? Qu’est devenue l’Église de Jeanne d’Arc, elle qui sut lutter autant contre les ennemis de son pays que contre les crimes qu’aurait pu commettre sa propre armée, elle qui porta haut l’exigence éthique sans fuir le devoir de combattre ? Et que l’on permette au païen que je suis de s’incliner devant cette jeune fille, héroïque et sainte, et de saluer dans ses actes l’accomplissement du long cheminement moral qui s’écrivit pour la première fois en Occident dans l’Iliade, lorsque Priam et Achille reconnaissent par-delà l’affrontement leur commune humanité.

Un texte médiocre qui malmène la fille aînée de l’Église

François lui-même l’affirme : nous sommes dans un monde en crise, parcouru de tensions croissantes. À notre petite échelle nous parlons, et c’est malheureusement exact, de l’ensauvagement de notre société. Les professionnels, qui eux ont le courage de penser le réel, nous mettent en garde : nous devons nous préparer à des conflits de haute intensité. Nous n’avons pas besoin de rêver d’un monde sans affrontements, nous ne consacrons déjà que trop de temps à nous réfugier dans ce rêve, nous avons besoin de réfléchir à l’éthique du combat, nous avons besoin de pistes concrètes pour empêcher que la guerre, qui est toujours un drame terrible, ne devienne une monstruosité sans nom. Vouloir la paix, ce n’est pas s’imaginer que tout le monde la voudrait mais se donner les moyens concrets de l’obtenir. C’est, sans s’engager dans une logique de surenchère destructrice, se souvenir tout de même qu’aucun peuple désarmé n’a jamais vécu bien longtemps à la fois en paix et libre. Si vis pacem, para bellum. L’Église qui fut celle des chevaliers, et plus récemment celle d’Arnaud Beltrame, n’aurait-elle donc plus rien à apporter à cette réflexion commune ?

Et même en faisant abstraction du fond, notons qu’il y a fort peu d’humilité chrétienne dans le mépris évident du Pape pour les travaux de Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, sans même parler de Platon, Aristote ou Cicéron, alors que tous les cinq le dépassent manifestement de très loin sur le plan intellectuel et – au moins pour Platon et l’Aquinate – sur les plans spirituel et théologique.

Dernier point. Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui, on l’a vu, attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique, et que le ministre de l’Intérieur impose au clergé catholique français de se désolidariser officiellement de cette encyclique pour continuer à prêcher. Nous voulons à juste titre imposer aux musulmans de placer l’exigence d’éthique et de vérité, mais aussi les lois de la République et la loyauté envers la France, au-dessus des injonctions du Coran. Nous devons imposer aux catholiques, et plus encore les catholiques de France doivent s’imposer à eux-mêmes, de montrer l’exemple en plaçant cette même exigence, ces mêmes lois et ce même pays au-dessus d’une encyclique aussi arrogante que médiocre.

Après tout, on sait depuis Philippe le Bel que la Fille Aînée de l’Église n’a pas attendu d’être laïque pour remettre périodiquement sa mère à sa place.

vendredi 9 octobre 2020

Une tribune de Robert Ménard


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Robert Ménard : Plus de droits pour les animaux, moins pour les enfants… La France a la tête en bas

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/ Mercredi 7 octobre 2020 à 11:00
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PMA, interruption médicale de grossesse… Pour le maire de Béziers Robert Ménard, la société française est aujourd'hui confrontée à une inversion des valeurs, qui voit les animaux de plus en plus protégés quand les enfants sont, eux, de plus en plus exposés.

Nous vivons l’inversion. L’inversion des valeurs. Nous vivons la tête en bas. Les délinquants récompensés, les victimes accusées, les « sans-papiers » régularisés en masse, les squatteurs protégés, choyés, les pompiers caillassés, les mineurs non accompagnés qui ne sont pas mineurs, le droit des gens, le droit des animaux, le droit des choses peut-être, tout s’est fondu en un magma incandescent. Il faut se protéger, c’est brûlant, on a peur d’y toucher. La plupart d’entre nous préfère désormais se replier, se recroqueviller. Faire comme si. Le sort en est jeté. Le bon sens populaire est fatigué. Le peuple est las.

La crevette, le moustique ont des droits ; l'enfant a seulement celui d'être trucidé au dernier jour de la grossesse

Tout brûle et nous en sommes à regarder les flammes lécher lentement la civilisation faite de bois millénaire. C’est Notre Dame carbonisée à travers les écrans des smartphones touristiques. Nous sommes scotchés au siège du téléspectateur. Tout est à l’envers ou presque. Et si on regarde bien, si on ouvre l’œil, dans le ciel de cette folie, nous observons deux courbes lumineuses qui déchirent l'obscurité. L'ascension, imparable, du droit des animaux. La chute, brutale, dans un puits sans fond, du droit des enfants. L'abscisse et l'ordonnée d'un monde en pagaille où les données crépitent comme des cellules cancéreuses.

On ouvre les cages des animaux sauvages, on libère les dauphins, on veut interdire la chasse, la chasse à courre devient du fascisme rural. L’humanité doit se repentir, à tout prix, c’est l’ère des chatons qui pullulent sur le Web, le miaulement de fin du monde d’une société Walt Disney. L’animal n’est plus qu’un être positif, un sourire, un nounours gentil de dessin animé. Il a des droits, même la crevette, même le moustique, une ribambelle de droits. Comme jamais. Au même moment, le petit d’homme a reçu celui d’être trucidé au dernier jour de la grossesse. Au dernier jour. Celui d’avant le premier cri. Dans la quasi-indifférence de l’Assemblée nationale. Avec la bénédiction de la quasi-totalité des médias.

Nous sommes la tête en bas, comme le nouveau-né qu'on peut désormais supprimer en un geste. Oui, grâce à cette nouvelle loi sur l'Interruption Médicale de Grossesse, l’avortement est devenu mécanique, un avortement sans discussion, jusqu’au bout. Et même sans doute après ? Que vaudra vraiment la vie d’un être humain après cette loi de boucherie ? Qui pourra encore échapper longtemps à l’étal glacial où l'on posera le bout de chou rayé du monde parce que la mère justifiera d'une « détresse psychosociale » ou parce que l’enfant avait « un défaut » ?

Macron supprime législativement le père mais étend le congé paternité à 28 jours

Pour les enfants qui auront évité la mort, la « loi » a déjà réservé une autre surprise : on a flingué papa. Bon, il y aura encore un relent de papa en arrière-cuisine, sans doute pour quelques temps, mais la Macronie a mijoté une gastronomie plutôt exotique. Le bébé pourra naître au milieu de deux mamans, ou trois qui sait. Il vivra ses premiers mois au cœur d'un trouple, au sein d'une famille pansexuelle pourquoi pas ? Le papa n’est plus qu’une option, et être père aura la validité et la longévité d’une appli téléchargeable.

Pendant que le dauphin n’aura plus à faire le clown avec un ballon à Marineland, l’enfant n’aura plus le droit à une famille normale. Oui, je sais, ce terme défrise le camp du Bien, mais j’assume. Un père et une mère, tant pis si ça dérange. C’était bien le droit le plus basique pour un bébé. Autant que celui de vivre, même avec un handicap. Mais tout cela, ils s’en foutent. Entre les écolos qui ne veulent pas avoir de gosse pour diminuer leur bilan carbone et les marchands de PMA qui pensent déjà au fric qu’ils vont palper, l’avenir est sombre pour les enfants. On entre dans l’ère de l’ironie : quand Macron supprime législativement le père, il offre « le congé paternité » étendu à 28 jours ! Et pense, dit-il, « à ces enfants qui ont besoin de leur papa ». Sinistre plaisanterie.

Le processus est enclenché. Et on ira toujours plus loin. Parce que, sauf exceptions, droite et gauche ont déjà la tête en bas depuis longtemps. L’ère de l'euthanasie décomplexée parachèvera la grande inversion. La vie humaine finira en bas de l’échelle, écrasée sous le pied des experts du Bien. Mais les tigres ne seront plus en cage.