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dimanche 31 mai 2020

Le droit d'être ignare



Il y a deux leçons certaines à tirer de cette longue période d’enseignement à distance — que d’aucuns voudraient voir perdurer pour des raisons diverses, parfois diamétralement opposées : les hypocondriaques parce que l’absence de contact avec les gamins porteurs de germes les rassure, les paresseux parce que jamais meilleure occasion de ne pas travailler ne s’est présentée, et les contempteurs de la fonction publique, parce qu’ils y voient une splendide opportunité de diviser par dix le nombre d’enseignants. Sans compter certains élèves qui, las de servir de cibles vivantes à la racaille qui les traite d’« intellos » en les bousculant au passage et en les rackettant à l’occasion, ont adoré cette possibilité soudain offerte d’étudier au calme.
La première leçon, c’est que l’efficacité d’un enseignement en « distanciel » est inversement proportionnelle à l’âge des élèves. La présence effective d’un enseignant est essentielle en Primaire. Plus grands, la présence effective de l’enseignant est secondaire. Cambridge vient d’annoncer l’annulation totale de ses cours en direct pour toute l’année 2020-2021. Leurs étudiants sont certainement capables d’apprendre via des visio-conférences, ou par des cours assénés depuis l’abîme du temps et de l’espace.
La seconde leçon est corrélée à la première : plus l’élève appartient à des classes sociales privilégiées, mieux il se passera de l’enseignant ; en revanche, ceux qui n’ont pas la culture sur l’évier, si je puis dire, ont le plus grand besoin d’une relation effective / affective, face-à-face — sans doute parce qu’il y a une bonne part de substitution et de transfert dans la relation enseignant / enseigné.
À partir de là, on peut croiser les avantages et les inconvénients de ces deux tendances lourdes. Si vous venez d’un milieu peu cultivé, où le français n’est pas la langue d’usage, où le livre est un objet inconnu, presque hostile, vous avez besoin d’un enseignant face à vous, et d’autant plus si vous êtes plus jeune.
Le confinement a délibérément sacrifié des mômes de tous les âges qui ne demandaient souvent qu’à apprendre — et dont il est évident aujourd’hui que grâce à l’action combinée des pouvoirs publics, affairés à ne pas mériter la corde pour les pendre, et d’enseignants essentiellement attachés à leur intégrité épidermique, ils sont sacrifiés pour la vie. Ne croyez pas qu’en trois mois de « rattrapage » à la rentrée, vous remettrez sur les rails des gosses qui ont basculé du côté obscur des apprentissages. Ceux-là sont perdus, sans doute à tout jamais.
Presque tout le monde s’en fiche, ils étaient dans la mauvaise tranche du Protocole de Lisbonne — qui a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés. Pour ces derniers, il restera le foot à la télé, et le revenu universel dont la Gauche se fait aujourd’hui la propagandiste complaisante, au lieu de demander pour les plus démunis un travail réel dans une économie réelle. On applaudit bien fort.
Mais tout cela ne date pas d’hier. Le coronavirus a été le révélateur des tendances lourdes acquises par l’action conjointe des libertaires post-68 et des libéraux post-1973. En fait, cela remonte même aux années 1960, quand un certain René Haby, directeur de la DGESCO, ce bras armé du ministère de l’Education, eut l’idée d’imposer le français oral plutôt que la langue écrite, alors que le français est écrit même à l’oral, et les maths modernes afin de ne pas avantager (sic !) les élèves que leurs parents étaient susceptibles d’aider — et qui se payèrent des cours particuliers. Devenu ministre de Giscard, ce même Haby profita du regroupement familial pour descendre à tout jamais le niveau en imposant le collège unique. Les plus pauvres payèrent l’addition : exclus un jour, exclus toujours.
Pour la petite histoire, la plupart des syndicats enseignants, qui à l’époque réfléchissaient encore, tentèrent de s’opposer à ce dévissage programmé. En vain. L’« égalité », tarte à la crème des pédagogistes et autres faiseurs de merveilles, l’emporta sur la raison qui cherchait à préserver un certain élitisme républicain. Aujourd’hui, toute menace sur le collège unique passe à leurs yeux pour une atteinte au droit de l’enfant d’être absolument ignare.
Je ne sais pas si Blanquer survivra au remaniement qui s’annonce. Mais quel que soit le locataire de la rue de Grenelle, il tirera, sourire aux lèvres, la leçon de l’enseignement à distance : ça ne coûte pas cher, et en renforçant (ce qui a été fait sur le tas ces deux derniers mois) la bande passante de Pronote, du CNED et autres sites dédiés (parce qu’enfin, on ne peut pas éternellement enseigner en visio-conférence via Discord), on devrait à terme réaliser de gigantesques économies de personnel.
Il suffit, niveau par niveau et matière par matière, de repérer les surdoués de la « distance » et de généraliser leurs cours non à leurs classes, mais à toutes les classes d’un même niveau. Dans tel collège de ma connaissance, une seule prof de Français de Sixième (sur trois) est présente depuis le 18 mai. Elle fait cours en direct aux 4 classes de ce niveau, et envoie en même temps en « distanciel » des leçons et des exercices via Pronote, contournant, à la demande même de l’administration, les profs officiels qui se sont découverts des problèmes de santé inédits le 17 mai.
Sans la payer davantage. Une aubaine — et une leçon pour les libéraux qui rêvent de réduire le nombre des fonctionnaires.
Elle le fait parce qu’elle a le sentiment qu’elle le doit aux élèves. Et qu’il n’est pas nécessaire d’être Vincent de Paul pour embrasser les lépreux, ni d’être un saint pour faire classe à des gamins.
Comprenons-nous bien : ceux qui vont trinquer, ce sont les plus pauvres. Les autres ont leurs parents, diplômés, surinvestis dans le processus éducatif. Les plus démunis, livrés à eux-mêmes par deux mois de confinement arbitraire (une belle expérimentation grandeur nature, quand on y pense, on l’aurait fait exprès, on n’aurait pas mieux fait), sont bien en peine de raccrocher les wagons.
C’est pour le coup que l’Ecole sera l’Ecole des possédants : les autres se seront fait posséder deux fois — par le Système, qui fait des économies sur leur dos, et par les pédagogues qui refusent de s’asseoir face à eux. Et qui, s’ils persistent dans cette attitude, seront remplacés à terme par des robots — et personne ne pensera ni à les plaindre, ni à les défendre.
Jean-Paul Brighelli

jeudi 28 mai 2020

Le parti des partageux




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Des nouvelles des partageux…
Vous ai-je assez dit, Cousine, combien je goûte la nature de votre accueil, et le développement que vous lui donnez, lorsque j’arrive enfin dans votre château, après des mois de séparation ? De quoi se souvient-on quand on est sur le point de quitter ce monde ? Eh bien cousine, si ma mémoire ne m’a pas abandonné, je puis vous assurer que toute votre personne viendra me visiter une dernière fois. Mais il se fait tard, et si je veux que ce courrier vous arrive dans les trois jours, je dois vous livrer mon récit.

Le parti des partageux, que Gouda avait longtemps dirigé, obéissait plus ou moins à un certain Jean-Christophe Caramelédélices : son cou puissant, sa forte carrure, sa coiffure lustrée, sa mise, tout enfin lui donnaient l’apparence d’un chef de bande plus redoutable que vraiment redouté. Au reste, personne ne l’écoutait, car nul ne songeait à l’entendre ; il contrôlait vaguement l’appareil, qu’il avait mis au service exclusif du baron Grosse-Canne. Le baron disait à voix haute, afin qu’on l’entendît, son souhait d’occuper le trône. Était-ce là son vœu le plus cher ? Comme vous le savez, un scandale éclata, alors qu’il se trouvait sur le sol du Nouveau Monde. Il quitta la comédie politique, où l’on reparle de lui, ces jours derniers, ainsi que je vous le rapporterai plus loin.

Le meilleur financier du royaume, disait-on du Baron, homme il est vrai d’une grande intelligence ! Mais la flagornerie, en premier, puis un incident sérieux, en second, lui épargna le souci de la démonstration… Très favorable au commerce et à l’industrie, il souhaitait libérer la France des carcans de l’État, alors que, dans la vitrine, ses amis outraient leurs grimaces d’indignation à l’annonce de la fermeture d’un dispensaire. À la vérité, troublante cousine, les hospices ont terriblement pâti des mesures d’économie « ménagère » qu’ont prises les gouvernements depuis deux décennies, mais toute la gent politique a contribué à leur démantèlement.

La déconfiture de Vincenzo Pailloné

L’hypocrisie de ces partageux n’avait d’égal que leur arrogance, lorsqu’ils régnaient sur le monde des Arts, des Lettres et chez les gazetiers. Ils étaient le Bien, le Droit, le Juste. Leur main gauche, follement dévouée à la cause du peuple, faisait écran à leur main droite. Ils s’habillaient de probité avec ostentation. Alors que la chute de Gouda devenait inéluctable, Vincenzo Pailloné s’offrit à être leur champion. Qui se rappelle cet effarant professeur de moralisme ? Ancien ministre des écoles, puis enseignant la philosophie chez les Hélvètes, contempteur de l’église catholique, et surtout serviteur de lui-même, cet olibrius erratique, d’ailleurs bien fait de sa personne, parut rapidement dépassé par la mission, que les partageux lui avaient confiée. Quand il ne bafouillait pas, il était verbeux, et quand il cessait de l’être, il devenait incompréhensible. Sur les tréteaux de plus en plus désertés qui l’accueillaient, il prétendit que les « infâmes » d’en face haïssaient les Noirs, il soutînt avec ferveur la cause des mahométans, qu’il représenta plus méprisés dans ce pays que dans aucun autre. Sa campagne fut si calamiteuse, ses propos si embrouillés, il parut en même temps si arrogant et si vain qu’il acheva son petit trot électoral dans l’indifférence de tous et pour le soulagement de beaucoup. On ne redoutera pas pour lui l’errance volontairement misérable sur les chemins, rongé par la vermine, de Benoît-Joseph Labre, qui mourut à Rome, épuisé, crasseux, étique (1)

Le roi rêve de changer de sujets
Certes, Heudebert McCaron eut dès les premiers mois de son règne les maladresses de son âge. Tout avait réussi à ce banquier adolescent, qui voulut régner sur un peuple enfin débarrassé de son histoire et de sa mémoire. Il rêvait d’une population apaisée, consentante, acquise au libéralisme des origines, celui de John Locke.

Cet enfant-roi n’a qu’un objet : solder définitivement le compte de ce royaume admirable et fatigué, dont il veut précipiter la fin. Sur ses ruines, et débarrassé de son prestigieux héritage qui l’encombre, il espère bâtir une forme vague, sans contour précis. Un jour, au Danemark et en présence de la reine, il vanta les mérites des « luthériens », qu’il jugea plus souples et prompts à accepter les figures changeantes du monde. Dans son élan de comparaison, il parut se désoler d’avoir à gouverner des « gaulois réfractaires », braillards hirsutes et hostiles par destination à toute réforme. Pourtant, il semble bien à nos concitoyens, traités sans ménagement, que leur société, en surface et en profondeur, est plus « mouvementée » que l’océan sous l’action des vagues. Cette idée, selon laquelle les Français seraient trop latins, trop nerveux et encore trop catholiques (qu’ils aient ou non de la religion, d’ailleurs), semble partagée dans les hautes sphères. Récemment, la fameuse Christine Sancrainte, qu’on surnomme la « gazetière à ressort », tant sa carrière dans le journalisme, où alternent le triomphe et l’opprobre, démontre les propriétés de cette pièce en acier trempé, qui retrouve sa forme initiale après avoir subi une pression ou une tension, appelait de ses vœux une France plus « protestante ». Qu’est-ce donc qui les attire dans les contrées froides peuplées d’Angles et de Saxons ?

En France, les acariâtres, les fâcheux et les braillards sont légions. Vous ai-je parlé de ce M. Augustin L’Attaché, qui vient de quitter le parti royal ? Non ? Eh bien, je ne vous en dirai rien de plus ! Sa réputation n’a pas franchi les limites de ses niaises convictions.

Les revenants

Il se murmure sur le boulevard des Gazettes l’une de ces rumeurs dont l’oubli est le veuf bien vite consolé, la voici : McCaron songerait à former une manière loufoque de gouvernement, dont Manuel Bovalseur et le baron Grosse-Canne seraient les attractions majeures. Bovalseur, dont la cambrure de matador de zarzuela affolait les dames… Et pourquoi pas Vincezo Pailloné, direz-vous ? Il est cité ! Il ne manquerait plus à ce défilé de carnaval que la gracieuse silhouette de  Fatima Bel-Gazelle, congédiée, elle aussi, par les électeurs : après tout le mal qu’elle a dit de McCaron, voudra-t-elle révéler tout le bien qu’elle en pensait secrètement ? Elle s’ennuie : l’Enseignement ne se remettrait pas de son retour au ministère… Le roi pense peut-être qu’il lui suffit de faire sonner la cloche du palais, pour qu’accourent des Excellences prêtes au sacrifice. Et s’il avait raison ?

Notre jeune monarque s’amuse comme un enfant comblé. Quand il ne casse pas ses jouets, il s’en lasse rapidement. Il voit la France un peu comme un magasin de farces et attrapes, où il peut se servir à volonté. Mais les confettis sont humides, les pétards mouillés et les langues de belle-mère, qu’il projette au visage de ses interlocuteurs, pendent lamentablement sous ses lèvres. Le théâtre où il joue sa partie s’est vidé de ses spectateurs. Seule sa claque lui donne encore l’illusion des applaudissements.

Le divertissement de Dieu
Le plaisir d’être Français, tout de subtilité, de fine insolence, d’indulgence aussi pour soi-même et pour presque tous les autres, n’existera bientôt plus qu’à l’état de trace, voire de fossile. Nous étions un royaume où se plaisait le clair-obscur, où le relief n’existait que par le jeu de l’ombre et de la lumière, qui révélait le sens des choses et des êtres comme leur agrément. On a ouvert dans ce pays des guichets, où viennent prospérer des plaintes et des médisances. Nous reconnaissons tous les crimes dont les civilisations furent coupables, et nous voici à présent au ban de l’humanité, cornus, crochus, contrefaits… Dans l’accomplissement de notre destin universel, nous ne fûmes pas exemplaires, mais nous avons su nous montrer aimables en maintes circonstances. Ah, cousine, comme elle est navrante cette propension de nos contemporains, reflétés dans le miroir que leur tend leurs ennemis, à se découvrir plus répugnants qu’ils ne le croyaient !

Alors, se frappant la poitrine, ils remplissent le sac de leurs abominations et le font déborder. Et l’on se prend à croire qu’ils éprouvent du plaisir à cet excès de culpabilité. Ils vont à genoux sur les chemins arides, où ils s’écorchent les genoux, et cela leur convient ! Ils sont comme des narcisses de la pénitence…

Pourtant, ce très vieux peuple fut le plaisir préféré de Dieu lui-même (j’allais dire « en personne », mais laquelle des trois ? Toutes assurément : notre charme, notre souci de plaire, notre vivacité auraient distrait les occupants de l’Olympe !). Vous trouvez que j’abuse, cousine ? Nullement ! Disant cela, je prends la juste mesure de la grâce française, capable de donner le divertissement qu’il convient à Dieu dans les moments où l’accable le remords d’avoir permis à sa créature absurde et cruelle de « croître et multiplier »…

La malle-poste n’est plus qu’à quelques rues d’ici. Je me hâte d’achever cette missive, alors que nous sommes encore sous la loi dite des cloîtriers. Elle sera tantôt obsolète, mais je ne vous reverrai point avant longtemps. Peut-être ne vous reverrai-je jamais.

Si cette nouvelle peste m’emporte, avant de sombrer, cousine adulée, je vous l’assure, mon avant-dernier soupir sera pour vous. Quant à mon dernier, je le garderai pour moi : il sera de soulagement.

Votre cousin

jeudi 21 mai 2020

Le souverainisme grand vainqueur de la crise




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Le souverainisme est le vainqueur de la crise sanitaire qui s’estompe. Le dénuement industriel de la France, victime de décennies de délocalisations, s’exhibe dans son aberration. Même l’entreprise "française" Sanofi (pharmacie, vaccins) ne se sent plus tenue par un sentiment patriotique depuis qu’elle est devenue multinationale (61% de son capital est étranger et 75% de son chiffre d’affaires se fait hors d’Europe). Le 13 mai, Emmanuel Macron s’est fâché d’apprendre que le directeur général britannique du groupe avait assuré aux Etats-Unis la priorité dans la livraison d’un futur vaccin contre le Covid-19. Mais Donald Trump, en surenchérissant à coups de dollars, n’a fait qu’appliquer sa doctrine accordant la priorité à son peuple. Qui paie décide. En France, cela fait des décennies que la préférence nationale est vue comme une infamie et que les frontières font honte aux progressistes. Ceux-ci sont condamnés à se dédire.
Les acrobaties sémantiques des universalistes en déroute font voir leur désarroi. Ils se délestent en catimini de leur trop encombrant mondialisme, comme d’autres laissent leur chien au bord d’une route avant de partir en vacances. Ecoutez-les, ces jours-ci, tortiller les concepts : ils défendent comme une évidence la nation et la souveraineté, mais prennent soin de critiquer le nationalisme et le souverainisme. Ils se disent proche du peuple mais réfutent le populisme. On croirait entendre Jules Renard : "Oui, le peuple. Mais il ne faudrait pas voir sa gueule". Il n’en reste pas moins que leur timide conversion répond au vent porteur. Les patriotes de la première heure, si longtemps caricaturés en maurrassiens ou pétainistes, se retrouvent en terrain familier. La récente initiative du philosophe Michel Onfray, qui vise à aider à la "convergence des souverainistes" dans sa revue Front populaire, s’inscrit dans cette vague de fond prometteuse.

Cependant, Emmanuel Macron n’entend pas se résoudre à cette évolution, qu’il assimile à un odieux "réflexe nationaliste".
Son accord, lundi, avec Angela Merkel, visant à mutualiser les dettes européennes avec la garantie allemande (à hauteur de 500 milliards d’euros), est une manœuvre pour tenter de promouvoir l’Union supranationale dont rêve le président français. Si la proposition devait être ratifiée par les Vingt-Sept, les bénéficiaires du plan de relance n’auraient pas à rembourser les aides de la Commission européenne. Cependant, rien ne dit que le: «On rase gratis!», cet argument de camelot, puisse convaincre sur la durée les peuples rétifs au grand brassage. Ils réclament, au contraire, la maîtrise de leur destin. C’est leur faire offense que de les croire achetables à tout prix. Le duo Macron-Merkel promeut un «peuple européen» qui n’existe pas. L’Allemagne ne s’est d’ailleurs pas gênée, en mars, pour s’octroyer des masques en priorité.

L’opposition entre enracinés et déracinés, apparue à l’occasion de la révolte des «gilets jaunes» venus des provinces contre les élites des métropoles multiculturelles, est une fracture persistante. Or, le chef de l’État répugne à tirer les conséquences de cette nouvelle donne, au nom de son idéologie antipopuliste. Pourtant, la «montée des extrêmes» n’est pas chez ceux qui s’inquiètent de voir leur pays se vider de ses richesses industrielles et se remplir parallèlement d’une immigration de masse, qui aurait coûté, selon la Cour des comptes, 6,57 milliards d’euros en 2019. Quand Macron, le 13 avril, déclare fort à propos: «Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologie française, en se faisant le promoteur du “made in France”», il parle avec les mots de ceux qu’il accable. Mais comment croire en la sincérité d’un homme qui veut troquer la fragile souveraineté nationale pour une souveraineté européenne?

La guerre à mener

C’est Xavier Bertrand (ex-LR) qui, dimanche, a eu les mots les plus cruels contre le chef de l’État. À l’occasion de la commémoration des 80 ans de la campagne de 1940 et de la bataille (perdue) de Montcornet (Aisne) menée par le colonel de Gaulle, le président de la région des Hauts-de-France, présent sur place aux côtés de Macron, a écrit dans le JDD: «Pour de Gaulle, un chef ne doit pas parler en permanence, à tort et à travers (…). Il ne doit pas avoir le besoin pathologique d’être aimé mais se doit tout entier à la France.» Cette allusion au comportement du président vient rappeler sa faille intime: un narcissisme de plus en plus problématique, en ce sens qu’il lui interdit l’autocritique et l’écoute attentive. Lundi soir, sur BFMTV, Macron a ainsi assuré, en triturant les mots, que la France n’avait «jamais été en rupture de masques», en assumant son mensonge. Cependant, c’est un monde fictif que promeut Macron, avec crânerie.

Oui, il y a une guerre à mener pour délivrer la France. Mais les assauts sont à lancer contre la bureaucratie envahissante. Pour cela, Macron n’a pas à en appeler à Clemenceau ou à de Gaulle. Il n’est pas non plus nécessaire à ses conseillers de réfléchir à un ridicule mémorial des victimes du Covid-19. La France a été confinée pour sauver le système hospitalier, paralysé par des sureffectifs inopérants, des normes dilatoires, des procédures administratives interminables (voir mon blog). Des hôpitaux publics du Grand Est ont envoyé des patients dans le Sud, par hélicoptère, alors que des lits étaient libres dans les cliniques de la région. Des laboratoires privés ont tardé à faire des tests par défaut d’agrément. Les médecins se sont vu interdire par le pouvoir, par décret du 25 mars, de soigner à base de chloroquine, au nom du respect de validations indifférentes à l’urgence sanitaire, etc. L’État impotent est le boulet de ses services publics.

L’élite endormie

La somnolence des puissants est l’autre plaie de ce monde éthéré, coupé de la vie des gens et de leurs indignations. L’aboulie a même atteint la hiérarchie de l’Église catholique, incapable de se défendre. Illustration: lundi, le Conseil d’État a heureusement dénoncé les interdictions réitérées de la célébration publique des cultes, en dépit du déconfinement du 11 mai. Il y a vu une «atteinte grave et manifestement illégale» à la liberté religieuse. Le gouvernement est sommé de revoir sa décision. Mais ce sont des associations traditionalistes (Fraternité Saint-Pierre, Civitas, Agrif, etc.) et le Parti chrétien-démocrate de Jean-Frédéric Poisson qui ont pris l’initiative de ce recours, palliant la passivité de la Conférence des évêques. Qu’attendent les «élites» pour se réveiller?

jeudi 7 mai 2020

De l'immigration sous Macron



SOURCE

RAPPORT ACCABLANT
La Cour des Comptes confirme la forte hausse de l’immigration que beaucoup pressentaient sans oser le dire. 

Dans un nouveau rapport, la Cour des Comptes chiffre le coût de l’immigration à 6,6 milliards d’euros en 2019 et relève les failles du système français sur la politique migratoire. La Cour des Comptes recommande de suivre le modèle canadien d’immigration professionnelle.

Atlantico.fr : Dans un audit inquiétant, la Cour des Comptes chiffre le coût de l’immigration à 6,6 milliards d’euros en 2019 avec une augmentation des titres de séjour de plus de 38% depuis les années Sarkozy. Comment expliquer ces chiffres ?

Arnaud Lachaize : Depuis deux ans, plus personne ne parle de l’immigration. La crise des gilets jaunes, le mouvement social et le covid 19 sont passés par là. Le sujet n’est plus considéré comme prioritaire, la presse en parle peu et les politiques encore moins. Le chiffre de 6,6 milliards d’euros n’a rien de surprenant. L’augmentation s’explique en grande partie par la hausse du nombre des demandeurs d’asile. Il était d’environ 50 000 par an dans les années 2000. Il a triplé en quelques années pour atteindre 150 000 ce qui est considérable. Or l’Etat doit loger les demandeurs d’asile pendant l’examen de leur demande et leur fournir une allocation. A cela s’ajoute l’aide médicale d’Etat bénéficiant aux migrants en situation irrégulière. Le nombre des bénéficiaires de l’AME a dépassé les 300 000. La hausse générale et continue du flux migratoire est notamment due à des choix politiques effectués après 2012. La circulaire Valls facilitant les régularisations, puis la loi de 2016 qui rend quasiment impossible les reconduites à la frontière, celle de 2018 qui n’apporte rien… La pression migratoire est en forte augmentation en raison de la pauvreté, des guerres, du chômage endémique qui frappe la jeunesse des pays en développement. Et tous les gouvernements français depuis 2012, désireux de conserver leur label de « progressiste », ne font rien de sérieux pour reprendre le contrôle de la situation et font même le contraire. Le quinquennat Macron et à cet égard strictement identique au quinquennat Hollande.  Mais il y a plus grave : certains pays européens comme l’Allemagne, après avoir ouvert leurs portes lors de la crise migratoire de 2015, la referment aujourd’hui et durcissent leur régime, ce qui entraîne des mouvements secondaires vers la France qui, elle, continue à se considérer dans le discours officiel et la politique, avant tout comme une terre d’accueil pour les migrants.


Que nous apprend ce document sur la politique migratoire menée par le gouvernement ?

Beaucoup de ces chiffres sont connus, notamment la hausse impressionnante de l’asile et de l’immigration régulière depuis quelques années en particulier depuis 2012. Auparavant, sous la droite au pouvoir, les chiffres étaient à un niveau relativement élevé mais stabilisé. Ce qui est nouveau, c’est le chiffrage officiel, par une Cour dotée de pouvoirs juridictionnels, la Cour des Comptes, du coût de l’immigration. Le sujet était absolument tabou. Peu d’experts ou de responsables politiques acceptaient de se pencher sur cette question par peur d’être traités de racistes ou d’extrémistes de droite. Que la Cour des Comptes ait réalisé cette estimation et l’ait rendue publique est un acte de transparence et d’authentique courage intellectuel. Elle confirme ce que beaucoup pressentent et pensent tout bas sans oser le dire : l’immigration est bel et bien en forte hausse chaque année, et son coût est également en augmentation. Mais là aussi, on est dans le tabou et le déni de vérité. Les experts bien-pensants ou supposés progressistes se contorsionnent pour démontrer que les flux migratoires sont stabilisés depuis des décennies. La Cour des Comptes confirme tout simplement qu’ils se trompent ou qu’ils dissimulent la vérité. En outre la Cour des Comptes bat en brèche le discours relativiste, totalement généralisé et banalisé : droite et gauche, c’est pareil en matière d’immigration. C’est une contre vérité : la droite au pouvoir n’a pas réussi à réduire sensiblement les flux mais elle est parvenue à les stabiliser. La gauche socialiste et le progressisme macronien ont au contraire favorisé une forte hausse des flux migratoires.

Quelle vision doit être portée au sein des instances administratives française afin de pouvoir faire face aux mouvements migratoires à venir ?

Ce n’est pas aux instances administratives d’assumer les responsabilités des politiques. Les administrations ne font qu’appliquer les lois et les décisions prises par les gouvernements. Le problème, c’est que les politiques pratiquent un double langage permanent. Ils parlent fermeté pour plaire au peuple et aux électeurs, et ils font exactement le contraire dans les actes pour plaire à leurs militants et idéologues favorables à l’ouverture inconditionnelle. Il faut une authentique volonté politique   pour restaurer la maîtrise de l’immigration. D’abord, en finir avec les mensonges démagogiques : l’idée « d’immigration zéro » est totalement impossible et irréaliste dans un mode ouvert. Ce n’est qu’un slogan mensonger qui favorise par réaction le slogan inverse : l’ouverture illimitée. Pour restaurer la maîtrise des flux migratoire, c’est-à-dire les ramener à un niveau raisonnable et les stabiliser, il y a beaucoup de choses à faire : relancer la politique de codéveloppement, organiser un blocus européen contre les passeurs criminels, lutter avec la plus grande fermeté contre l’immigration irrégulière, réserver l’asile aux seuls victimes de persécutions, conditionner l’accueil des étudiants étrangers à la qualité des études, soumettre à des plafonds quantitatifs l’immigration familiale et l’immigration du travail, en fonction des capacité d’accueil des Etats. Sortir de la provocation, de l’idéologie et de la démagogie pour travailler sérieusement, mais nous en sommes loin…