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samedi 28 mars 2020

Le retour du plan




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Les préconisations de l’économiste Philippe Murer
Bien que la politique sanitaire contre le coronavirus soit mal conçue et mal dirigée par l’équipe Macron, le confinement, s’il est correctement respecté mettra fin à la flambée épidémique en France d’ici quelques semaines.

Les USA désormais davantage débordés que les Chinois
En Chine, selon le gouvernement, le pays ne connaitrait plus de contaminations. Les retours de Chinois en provenance de l’étranger et de voyageurs sont le plus grand risque de reprise de l’épidémie (Jeudi 26, 54 personnes venant de l’étranger atterrissaient en Chine en étant contaminées). Le gouvernement chinois devrait être capable d’y faire face avec la politique de contrôle drastique des frontières qu’il a mis en place : limitation drastique des vols internationaux, interdiction à la plupart des étrangers de venir etc. L’économie chinoise se remet aujourd’hui en ordre de marche.

La banque Goldman Sachs prévoit un taux de chômage massif et une récession violente avec une baisse du PIB américain de 24% au deuxième trimestre !

L’autre pilier de l’économie mondiale, les États-Unis font face à une flambée des cas de coronavirus. Le pays est devenu le plus grand foyer mondial avec 83 000 cas confirmés le 26 mars. Le nombre de contaminés double tous les trois jours. Le président Trump n’aura pas d’autres choix que de confiner le pays, l’autre solution, accepter des dizaines de milliers morts étant inacceptable. Deux millions et demi d’Américains ont été brusquement mis au chômage cette semaine et ce n’est malheureusement que le début. La banque Goldman Sachs prévoit un taux de chômage massif et une récession violente avec une baisse du PIB de 24% au deuxième trimestre ! L’économie américaine est fragilisée par ce qui est habituellement une de ses forces : la fluidité des transactions et des contrats, ici la facilité à licencier, devient un boulet dans cette crise. Si le taux de chômage monte à 30%, quels sera l’ampleur des dégâts économiques aux États-Unis ? Comment redémarrer l’économie après un tel choc ?

Qu’adviendra-t-il de l’économie française le jour d’après, le lendemain du confinement ?
Cela dépendra de l’ampleur des mesures prises pour sauver les salariés et les entreprises, ces organisations humaines qui assurent la production de biens et de services. Le gouvernement Macron doit tout faire pour qu’elles soient en vie après le confinement. Cela passe par la suspension voire l’annulation des impôts, charges et échéances bancaires pour les entreprises pendant la période d’arrêt due au confinement. L’État est le seul à avoir les épaules assez larges pour surmonter cette crise.

Pour organiser ce redéploiement, la planification gaulliste doit être de retour!

Le jour d’après, Macron devra faire face à une obligation qui lui causera un immense déplaisir : contrôler drastiquement les frontières pour les personnes, comme le fait aujourd’hui la Chine, afin d’éviter un retour dévastateur de l’épidémie. Cette « fermeture » des frontières concernera aussi nos frontières avec les autres pays de l’Union Européenne, dont la date de guérison ne sera pas la même que pour la France. Même en cas de guérison simultanée de tous les pays d’Europe, hypothèse improbable, maintenir les frontières intra européennes ouvertes implique que nous resterons tous à la merci du maillon le plus faible des pays de l’Union Européenne : un pays contaminé finira inévitablement par contaminer toute l’Europe. On voit le mal de tête qui va bientôt saisir tous les partisans du marché unique, de la libre circulation et du monde sans frontières, principes fondamentaux de l’Union Européenne.

Cette obligation de contrôle des frontières durera peut être le temps que l’on découvre un vaccin soit un an au minimum, parfois plus, selon les virologues. Si Macron ne met pas en place cette mesure, ce sera, il faut le dire, une décision terrible envers le peuple français qu’il est chargé de protéger. Ce sera aussi un acte malveillant envers les autres pays du monde : chaque pays a intérêt que les autres pays soient et restent guéris pour éviter toute contamination ultérieure.

Éloge du localisme et de la planication gaulliste
L’économie française et mondiale sortiront radicalement transformées de cette crise sanitaire

Le moteur de l’économie française devra être interne, poussée par la production et la consommation intérieure, et non externe, poussé par les exportations et importations et donc soumis à la situation sanitaire et aux crises économiques du reste du monde.

Éviter la catastrophe économique et la destruction de notre économie passera donc par un vaste plan de redéploiement de l’économie française. Ce plan doit nous permettre de reconstruire nos unités de production industrielle, largement délocalisées. La relocalisation de la production de médicaments est aujourd’hui une évidence. La reconstruction de tous les pans de l’industrie française est aussi une nécessité dans un monde chamboulé. Les lacunes de notre industrie de défense (fusils, munitions, drones…) doivent être comblées à cette occasion. Un plan de relance pour construire notre transition énergétique et plus largement écologique est aussi une nécessité.

Pour organiser ce redéploiement, la planification gaulliste doit être de retour. Pour donner de la force et des finances à ce plan, la banque centrale devra soutenir l’économie réelle française (et non la finance) ce qui signifie que nous devons en finir avec l’euro.

Les marchés publics doivent être réservés aux industriels produisant sur notre sol. Pour favoriser la relocalisation, des droits de douane seront aussi nécessaires aux frontières de la France.

Certains pourraient rêver d’un tel plan de relance économique à l’échelle de l’Union Européenne. Étant contraire à tous les principes fondamentaux de cette organisation supranationale, cette idée est évidemment une chimère.

Si les Français veulent que l’avenir de leur pays soit toujours dans l’Union Européenne, ils le peuvent mais ils prendront le risque d’une catastrophe sanitaire et économique sans précédent. Dans le cas contraire, tout est possible.

vendredi 27 mars 2020

Marine Le Pen, l'interview





“Modèle ultra-libéral mondialisé”, “disparition des frontières”, “effondrement de l’Etat”… En pleine pandémie de coronavirus, la présidente du Rassemblement national dénonce la politique d’Emmanuel Macron qu'elle juge irresponsable et les “mensonges grossiers” de son gouvernement qui menacent l’unité vitale du pays. Entretien sans filtre.
Valeurs actuelles. Comment avez-vous pris la mesure de la crise que constituait cette pandémie de coronavirus ?
Marine Le Pen. Dès le début du mois de janvier, je lisais tout ce que je pouvais sur ce qui passait. Quand, vers le 20 janvier de mémoire, nous avons eu des données plus complètes sur la transmissibilité, cela m’a vraiment alerté. Je me suis fait traduire les textes en anglais. Je crois avoir eu la prescience de la gravité de ce qui se passait.
Qui croire, dans cette période où se propagent particulièrement rapidement les fake news ?
Ces fake news sont une des conséquences dramatiques des mensonges du gouvernement sur toute une série de sujets. Il y a eu une rupture de confiance. Les Français ne les croient plus, quoi qu’ils disent. Evidemment que des gens, pas toujours de mauvaise foi d’ailleurs, se sentent investis de l’obligation d’avertir les autres. Mais qui a dit « ça n’est pas grave  » ? Qui a dit « c’est une grippe » ? Qui a dit « il n’y a qu’une chance minime pour que la France soit touchée » ? Qui a dit « le test ne sert à rien » ? Et après on leur dit « vous ne respectez pas la confinement, restez chez vous ! » Les Français sont déboussolés, ne savent plus à quel saint se vouer. Le gouvernement est le plus gros pourvoyeur de fake news depuis le début de cette crise. Et LE responsable de la perte de confiance dans la parole publique. 
A la fin de sa première intervention télévisée, Emmanuel Macron a estimé que le coronavirus remettait en cause l’ensemble de notre modèle. De quoi s’agit-il selon vous ?
Du modèle ultra-libéral mondialisé. Le modèle qui acte la disparition des frontières, des Etats nations, des Etats stratèges et la livraison de la marche du monde à la main invisible du marché. Il s’agit aussi d’une philosophie défendue par nos dirigeants et qui considère l’Etat comme une entreprise : sans stock, avec une gestion en flux tendu. Cherchant la rentabilité à tout prix. Or, la rentabilité ne s’embarrasse pas de la protection d’un peuple. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui on ne dispose que du nombre de lits de réanimation nécessaire à un moment « moyen ». C’est aussi la raison pour laquelle on délocalise la production de médicaments. C’est une idée folle de gérer ainsi un pays.
Dans les principales critiques qui vous sont faites depuis longtemps revenait la notion d’infaisabilité de vos propositions. Aujourd’hui, on a l’impression à l’inverse que tout peut être remis en cause.
Pendant des années, je me suis effectivement insurgée contre l’argument du « c’est pas possible ». C’est quand même malheureux qu’il faille une crise pour que beaucoup s’en rendent compte. J’aurais préféré une prise de conscience dans des temps de sérénité. Si mon programme avait été mis en oeuvre nous serions mieux armé qu’aujourd’hui où objectivement, nous sommes à poil… C’est dans les crises qu’on voit les carences. Aujourd’hui, se révèle l’effondrement de l’Etat. Les régions se débrouillent, les préfets aussi, les villes sont livrées à elles-mêmes, les médecins prennent leurs décisions, les entreprises compensent la fragilité en produisant des masques. C’est terrifiant.  
Le problème, c’est le refus des politiques d’assumer leur responsabilité première qui est la prise de décision.
Les dirigeants actuels vous paraissent-ils capable de parvenir à bout de cette crise 
Non, je ne les crois pas capables. On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés. Je ne les crois pas bien placés pour mettre en œuvre quelque chose à laquelle ils ne croient pas. On ne se découvre pas du jour au lendemain promoteur des services publics, de la prévoyance, des frontières, de l’Etat stratège. Ça peut être une posture politicienne mais pas une conviction profonde. Ceux qu’ils ont appelé populistes en espérant que cette formule les délégitime apparaissent aujourd’hui comme ceux qui ont raison. 
Appelez-vous à la dissolution de l’Assemblée nationale ?
Nous n’en sommes pas là. Nous ne sommes qu’au début de quelque chose de terrifiant et qui risque de durer. 
Partagez-vous le sentiment que la République, ses élus, s’abandonnent à des experts ?
Le problème, c’est le refus des politiques d’assumer leur responsabilité première qui est la prise de décision. On ne peut pas faire de politique sans prendre de décision qu’on assume. Avec ce transfert de responsabilité, on se retrouve avec des experts qui ne sont pas d’accord entre eux. Le patron du service d’infectiologie de Bichat n’était pas d’accord avec celui de la Pitié-Salpêtrière. Le gouvernement dit avoir maintenu les élections municipales à cause des recommandations du conseil scientifique ? Mais c’est au politique de prendre en compte le risque sanitaire mais aussi d’abstention massive de la population !
Dans une interview au Figaro, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine affirme qu’il faut remettre en cause jusqu’à notre mode de vie occidental…
Oui, j’ai lu cette interview. J’avais aussi lu les livres d’Hervé Juvin, qui ont servi pour moi de base à notre projet européen. Il y décrit la folie que nous amène la mondialisation sauvage au bénéfice d’un tout petit nombre et au détriment de la majorité. Quand Hubert Védrine affirme qu’il va falloir repenser notre manière de pratiquer un tourisme de masse,  j’appelle surtout les pays à mettre en place eux-mêmes des mesures de protection de leur patrimoine. Matériel et immatériel.
Ne sommes-nous pas victime d’une forme de modèle culturel unique ?
C’est tout le problème de l’uniformisation. Des consommations et de la pensée. Il faut préserver la diversité des cultures et on ne peut imaginer que la planète entière vive comme un Américain moyen abreuvé de télé-réalité et de blockbusters, imprégnée d’une culture commerciale qui tente de faire passer des choses inutiles pour indispensables ou alors la planète mourra. Cette uniformisation s’est appliquée aux idées. Il faut aussi revoir notre rapport à l’Histoire, et retrouver la modestie de ne pas prendre tout ce qui est passé comme inepte ou moyenâgeux. Il faut se démettre de la vision de Jacques Attali auquel Emmanuel Macron est soumis : cette vision d’un Homme nouveau qui souhaite faire table rase du passé.
La mondialisation permet en revanche d’indéniables progrès scientifiques. Comment ne pas reculer ?
Mais il n’y a aucun problème avec ça ! Ça a toujours existé. Les plus grands progrès ont été faits à l’époque où les nations étaient puissantes. L’échange n’est pas l’uniformisation, en revanche. La science est internationale mais la recherche est nationale. L’idée caricaturale consistant à dire « c’est ou la mondialisation sauvage ou l’autarcie » relève de la manipulation.
Une des questions majeures que pose cette crise est : où passe l’argent ? Où passent les milliards et les milliards de notre pays fiscalisé à outrance ?
La résurgence du concept de frontière sera-t-elle la grande révolution de cette crise ?
La frontière, c’est comme la peau : elle sert à laisser passer ce qui est bon et empêche ce qui est mauvais. Cette crise montre qu’en cas de dangers vitaux les pays réagissent comme des nations, et que la première chose qu’elles font pour se protéger est de fermer les frontières. Des gens vont vouloir quitter leur continent pour venir se faire soigner chez nous, et nous allons devoir fermer nos portes pendant des mois et des mois pour éviter une deuxième vague d’épidémie. Il n’y a que des pays qui peuvent faire ça : l’Union européenne en est incapable pour des raisons matérielles, mais aussi pour des raisons intellectuelles. Au moment où on se parle, il n’y a encore aucun contrôle en France.
Peut-on, comme le souhaitait le général De Gaulle, avoir un Etat fort avec des dépenses faibles ?
Une des questions majeures que pose cette crise est : où passe l’argent ? Où passent les milliards et les milliards de notre pays fiscalisé à outrance ? Nous devrons faire un grand audit national à l’issue de cette pandémie pour expliquer aux Français où sont allées les centaines de milliards qu’ils versent alors que nos structures sont si faibles.
Est-ce que cette crise vous rend moins jacobine ?
L’idée, on le voit en Italie, de laisser prendre des décisions capitales à des régions, n’est pas bonne. En matière de santé, de sécurité publique, c’est à l’Etat nation de prendre ses responsabilités. Ceux qui plaident pour la décentralisation, en ont souvent une vision vicieuse : que l’Etat se décharge de ses responsabilités. Mais si on ne veut pas des responsabilités, il ne faut pas les prendre. Et si on réalise une fois au pouvoir qu’on n’est pas capable de les assumer, il faut les rendre. 
Comment observez-vous ce qui se passe en banlieue ?
Cela fait 25 ans qu’on dit que ce sont des zones de non droit. Les lois sanitaires, comme les lois d’urgence, civiles, pénales, ne s’y appliquent pas. Et la réponse du gouvernement est encore dramatiquement toujours la même : « Pas de vague. » Car ils craignent une émeute. Ceux qui ne respectent pas la loi reçoivent ainsi le signal qu’ils peuvent continuer.
Dans ces moments singuliers, ne faut-il pas craindre la tentation d’un régime autoritaire ? Quel est le bon dosage entre fermeté et démocratie ?
Le bon dosage, il est dans notre Constitution. Et le premier, c’est celui du respect de la volonté et de la souveraineté du peuple. Personne d’autre ne doit l’être à sa place. Ni l’Union européenne, ni je ne sais quel comité Théodule. Demain, si on faisait une série de référendums sur les frontières, la relocalisation ou la protection face à la concurrence déloyale, vous auriez des résultats qui seraient quasi unanimes.
Que demandez-vous à Emmanuel Macron ?
D’abord, d’arrêter de mentir. Lui et ses équipes. Ses mensonges rendent l’unité nationale impossible. On ne peut pas demander à l’opposition son soutien quand on procède aux mensonges grossiers qui sont ceux du gouvernement. Si Monsieur Véran avait dit dès le départ qu’il n’y avait pas de stock de masques ou de tests au lieu d’expliquer que ça ne sert à rien… Si  le directeur général de la Santé, Monsieur Salomon, n’avait pas menti sur le nombre de contaminés ou n’avait pas passé sous silence la situation dans les Ehpad, on aurait pu faire l’union nationale. De la même manière qu’on ne peut soutenir l’indécence de l’entourage du président qui laisse fuiter que le chef de l’Etat serait thaumaturge et accomplirait des miracles. Au moment où les infirmières et médecins n’ont pas de masques, où les policiers n’ont pas de masques, où les soignants tombent comme des mouches !

mercredi 25 mars 2020

L’Histoire avec sa grande hache


Anne-Sophie Chazaud
Le dévoilement : tous les rois sont nus :

Ainsi que nous l’avions pressenti, la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 est la révélatrice de toutes les autres. Très rapidement, chacun y est allé, à juste titre, de son domaine d’expertise pour considérer l’évidence qui allait promptement s’imposer : remise en question cette fois-ci rédhibitoire d’une Union européenne parfaitement inutile voire nuisible, incapable de protéger qui que ce soit et occupée, pendant que chacun tente de survivre, à intégrer en son sein déjà obèse l’Albanie et la Macédoine du Nord (on comprend vraiment l’urgence du dossier). Remise en question du modèle, une nouvelle fois en crise grave, d’une économie mondialisée, financiarisée et déshumanisée, irrespectueuse des peuples, de l’environnement mais aussi source d’insécurité profonde pour ceux-ci. Prise de conscience subite, comme d’autres découvrent la lune, des vertus de l’État providence –encore faudrait-il que celui-ci soit aux mains d’hommes d’Etat dignes de ce nom et non de valets de la finance, lesquels découvrent subitement que le pays tourne encore, malgré le confinement, grâce aux éboueurs, aux personnels soignants, aux caissières, aux livreurs, à tous ceux que l’enseigne Intermarché a récemment et fort justement qualifiés de « héros discrets », sur lesquels le pouvoir macronien n’aura pourtant eu de cesse de taper pendant des mois, depuis la crise des Gilets Jaunes jusqu’aux mobilisations contre la réforme des retraites, et qui continuent de faire tourner la boutique, enfin, pour ceux qui auront réussi à conserver leurs deux yeux.

La fulgurante débandade

On avait donc rapidement compris que tout allait s’écrouler, mais on n’avait pas imaginé que la débandade serait aussi rapide et fulgurante, quand bien même pour des raisons conjoncturelles évidentes, la machine tient encore debout, rafistolée avec du scotch, comme elle-même placée sous un respirateur artificiel de fortune: la France retient son souffle avant que des comptes soient demandés, rendus et que les responsables soient amenés à répondre de leurs nombreuses et coupables errances. Car l’heure viendra de rendre des comptes, quoi qu’en pensent ceux qui tentent, sous prétexte d’une Union nationale qu’ils n’ont cessé de déconstruire méthodiquement (le mot même de nation était devenu péjoratif) de faire taire les esprits libres et critiques et les personnes qui s’efforcent, en dépit des circonstances, de réfléchir.

Les improvisations n’ont cessé de succéder aux mensonges qui eux-mêmes ont fait place à d’autres improvisations, mises en scènes et choix coupables, dissimulations, manipulations. La pénurie de masques, de respirateurs, de protections, de tests est flagrante, quand bien même les habituels amuseurs publics d’un exécutif aux abois se succèdent pour déclarer que tout ceci ne sert à rien et que si les soignants tombent malades c’est certainement à cause des transports en commun. La somme des déclarations grotesques, ineptes et coupables est telle qu’on ne saurait ici la restituer dans sa totalité. Sans compter l’appréciation même de l’ampleur de la crise qui vire au grotesque puisque dans notre pays, pour être testé, il faut être soit élu soit quasi mort. Les chiffres qui sont donnés sont donc aussi fiables que ceux d’une République bananière, d’autant que, concernant les personnes décédées elles-mêmes, on ne comptabilise ni les membres des Ehpad dont on constate une nouvelle fois l’extrême dénuement, ni les personnes qui décèdent à domicile.

L’Histoire avec sa grande hache

La désorganisation, l’impréparation, l’absence d’anticipation deviennent chaque jour plus manifestes, alors même que la France possédait l’un des systèmes de santé publique parmi les plus performants du monde. On découvre peu à peu l’ampleur des dégâts et l’on hésite, en raison du confinement, entre le rire nerveux et une colère immense qui, peu à peu, en chacun, en chaque foyer, dans chaque maison, est en train de monter et dont on se dit que lorsqu’elle va sortir et s’exprimer, elle risque de laisser quelques traces dans l’Histoire avec sa grande hache, comme disait Perec.

Ces dégâts étaient pourtant prévisibles et annoncés par les personnels soignants depuis des années, et particulièrement depuis des mois, à qui l’on préférait répondre à grands renforts de gaz lacrymogènes, tant il semblait plus judicieux à cet exécutif de prévoir des stocks de grenades de désencerclement et autres matériels répressifs plutôt que du matériel sanitaire qui, à présent, manque cruellement.

La bataille autour des travaux pourtant prometteurs et indispensables du Professeur Raoult est un des exemples les plus calamiteux de cette incurie coupable des pouvoirs publics. On déclare l’état de guerre mais on prend des précautions de jouvencelles pour tenter, sans attendre, d’administrer dans de bonnes conditions, de la chloroquine aux patients, si possible avant leur mise en bière  (selon le protocole mis au point au CHU de Marseille, et non pas en avalant du produit pour nettoyer les aquariums comme l’ont fait deux imbéciles aux Etats-Unis, ce dont se sont immédiatement et stupidement emparés les détracteurs macroniens de notre original druide marseillais aux allures de Panoramix), que l’on s’arrange dans le même temps pour rendre aussi rare et efficace que l’extrême onction. On s’aperçoit que la Nivaquine, distribuée à des milliards de doses depuis plus de 70 ans, a été classée subitement parmi les substances vénéneuses par Agnès Buzyn au début de l’année, au moment même où se déclenchait la crise du coronavirus (il faut croire que l’application du principe de précaution est à géométrie très variable selon les intérêts poursuivis) et sachant que les Chinois étaient sur la piste de plusieurs protocoles incluant cette molécule. On découvre par ailleurs que la seule usine française fabriquant ce médicament, FAMAR, près de Lyon, a été placée en redressement judiciaire suite à sa revente par le fonds d’investissement américain KKR, tandis que le seul site européen fabriquant des bouteilles d’oxygène médical, LUXFER, près de Clermont-Ferrand, a quant à lui fermé sur décision de son actionnaire britannique et malgré une activité parfaitement rentable (quand il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir). Il semble qu’on ait perdu l’intérêt général quelque part dans le vaste delta qui sépare la start-up nation de l’Etat-stratège…

Aujourd’hui, les membres d’un exécutif qui n’a eu de cesse de mépriser cette économie locale, territoriale, de vanter les mérites d’un néo-libéralisme sans âme, d’une financiarisation brutale de l’économie, de dogmes bruxellois irresponsables et hostiles à toute forme de souveraineté, y compris sanitaire, pharmaceutique, médicale, des États-nations, découvrent subitement les dégâts que causent leurs choix coupables, sans pour autant, du reste, s’en excuser le moins du monde.

Alors, mentir semble la seule solution. Tenter de décrédibiliser les travaux du professeur de Marseille qui ne goûte pas les joies vaines de la haute administration parisienne, mentir au sujet des protections, mentir sur l’anticipation qui n’a pas été faite, mentir sur les mesures qui n’ont pas été prises. Mentir, aussi, sur les raisons pour lesquelles ces mesures n’ont pas été prises, alors que, comme l’indique Agnès Buzyn elle-même, tout ce qui allait advenir était clair depuis deux mois.

Tous ceux qui sont responsables de ce délitement et de cette désorganisation demandent désormais, aux abois, de l’aide. Alors, bien sûr, chacun va retrousser ses manches et aider, à sa manière, aider les soignants, aider les agriculteurs, aider de toutes les façons possibles tous ceux qui en ont besoin, mais l’heure des comptes, ensuite, sera de mise. Elle sera radicale et sans concessions.

Parce qu’il faudra juger jusqu’au dernier tous ceux qui auront été responsables du fait qu’en 2020, en France, on ne puisse plus même enterrer dignement ses morts, à l’heure où Georges Steiner et ses Antigones nous ont adressé un dernier salut du monde civilisé.

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samedi 21 mars 2020

Rien ne sera plus comme avant




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Défaillances françaises, rapport aux autres, à la politique, à la modernité ou à la mort, économisme, quartiers perdus de la République: le coronavirus rebat toutes les cartes. Guillaume Bigot esquisse le vrai monde d’après…
Nous sommes pareils à des voyageurs de wagons-lits qui « ne se réveilleront qu’au moment de la collision » écrivait Robert Musil dans L’Europe désemparée.

La pandémie de Covid-19 nous a surpris comme la grande guerre où la grippe espagnole avait sorti nos ancêtres d’une torpeur mêlée de bonheur. Le stade 4 de l’épidémie désigne le retour à la normale. Gageons qu’aucun peuple, aucun gouvernement et même aucun de nous, ne connaîtra de stade 4.

Nous étions en train de perdre notre humanité, un virus d’un millième de micron vient de nous la rendre

Ni dans 45 jours, ni jamais.

En 24h, nous sommes passés de la planète pour horizon à notre palier
Cette épidémie a profondément modifié notre rapport à l’espace. Jusqu’au confinement, la post-modernité libérale nous promettait de faire du monde entier un espace à notre portée. La présence de touristes chinois dans nos grands magasins avait fini par nous convaincre que la planète était devenue l’échelle de nos vies.

En 24 heures, nous sommes pourtant passés de la planète pour horizon à notre palier ou à notre jardin. Ce rétrécissement d’horizon est considérable, surtout pour ceux qui, hier encore, considéraient East Village comme l’extension de SoPi (South Pigalle).

Du burn out à la plage vide
Le temps lui-même s’est ralenti et presque arrêté. À l’image des montres molles de Dali, le temps est devenu caoutchouteux. Ce personnage de Camus qui, derrière ses barreaux, décrit « les jours qui débordent les uns sur les autres », nous paraît de moins en moins étranger.

Nous sommes passés du mode TTU (très très urgent), ASAP, burning out et trop plein au syndrome de la plage vide.

La semaine dernière, nos agendas étaient tellement pleins que nous avions la sensation d’avoir plusieurs mois voire plusieurs années de retard. Désormais, nous avons la sensation d’une mise à la retraite avant l’heure, plus ou moins entrecoupée de phases de télétravail.

Nous sommes passés d’un univers rythmé en millisecondes et de trading haute fréquence à un temps propice à l’introspection, seul compatible avec l’horloge interne de l’être humain. L’inaction nous force à la réflexion. Le temps nous incite à nous interroger sur la manière dont nous avions à le remplir et à sa durée limitée.

Or, comme le savent les physiciens, le temps et l’espace sont interdépendants.

Nous n’avions pas nécessairement conscience du lien entre notre perception de l’espace et du temps et nos moyens de locomotion. Nos aïeux disent que Paris désert et sans voiture leur fait penser à l’occupation. Dans toutes les grandes villes de France et dans toutes les métropoles du monde, c’est la même mise sur pause. Nous avons cessé de nous déplacer.

Pour le meilleur et pour le pire, nous allons redécouvrir que nous ne sommes pas seuls au monde
Jusqu’ici tout ne va pas bien mais tout tient encore.

Grace à Internet, vaille que vaille, relations amoureuses, amicales et professionnelles (au-delà du foyer au sens de l’INSEE) se poursuivent à distance car les réseaux fonctionnent encore. La saturation des bandes passantes n’est pas loin. Google annonce déjà des restrictions. Ici encore, le réel s’impose au virtuel et nous redécouvrons progressivement que derrière le rhizome numérique mondial se cache des infrastructures physiques, donc limitées. La 5G n’est pas pour demain et estimons-nous heureux si nous ne ressortons pas les modems, les Minitels voire les signaux de fumée, le tam tam ou les pigeons voyageurs.

Notre rapport aux autres se trouve également profondément modifié par la crise sanitaire. Ceux qui sont confinés seuls sont tentés de croire que le paradis, c’est les autres. Ceux qui sont confinés avec leur famille ou avec une poignée de proches peuvent être tentés de rejouer le scénario de Shining d’ici 45 jours.

La Chine, dans un tout autre contexte culturel, il est vrai, est déjà passée par là. Dans Wuhan confinée, le nombre de violences conjugales et de divorces a littéralement explosé.

Pour le meilleur et pour le pire, nous allons redécouvrir que nous ne sommes pas seuls au monde.

La fin du bon plaisir Uber Alles
Cette crise planétaire inédite depuis la seconde guerre nous invite à considérer que le bon plaisir individuel « Uber Alles » et l’individualisme marchand libéral-libertaire n’était pas l’horizon indépassable espéré par certains.

Les surhommes nietzschéens qui se divertissaient avec Netflix, se nourrissaient avec Deliveroo, se déplaçaient avec Uber, doivent en rabattre de leur prétention à faire bande à part. BEP ou bac + 12, nous sommes tous menacés par le virus.

Comme dans ce texte inaugural d’Hérodote comparant l’histoire à une pluie qui s’abat sur les acteurs d’une pièce et faisant couler leur maquillage, le coronavirus met au jour le véritable visage des acteurs. En France, la pandémie a rapidement fait éclater les différences de mœurs et de rapport à la loi des différentes strates de la population. Dans ce que les médias appellent pudiquement les quartiers, des bagarres éclatent dans les magasins, les forces de l’ordre sont couramment prises à partie et se font parfois cracher dessus dans un geste où le mépris veut tuer. Des bandes défient les consignes de confinement. Une partie de la jeunesse en voie de sécession manifeste que leur rejet de la légitimité de l’État prime sur la volonté de protéger leurs parents ou leurs grands-parents.

Les Français malgré eux refusent d’obéir à la loi
Étrange et atroce chambre noire, le coronavirus révèle qu’une partie de la jeunesse est composée de Français malgré eux. Ici encore, il ne faut pas compter sur un retour à la normale. Le gouvernement ne pourra pas éternellement accuser toute la nation d’un incivisme qui est celui d’une minorité qui précisément ne veut pas lui appartenir.

Le Covid-19 a fait tomber un autre masque faisant apparaître la soi-disant Union européenne pour ce qu’elle est : une organisation internationale fondée sur une idéologie dénuée de substance, de pouvoir et de projet. Sous les palabres et les traités de Bruxelles, les nations ressurgissent dans leur égoïsme cru. Les Italiens demandent des masques aux Allemands qui les stockent pour eux-mêmes. Hélas, le seul produit sanitaire que Berlin a exporté gratuitement chez ses voisins reste le zyklon B.

Qui doit vivre et qui doit mourir ?
Un autre épilogue ironique et cruel révélé par la pandémie concerne les « heures les plus sombres de notre histoire ».

Ces « heures les plus sombres », invoquées comme un mantra anachronique, depuis quarante ans pour toujours plus rogner les pouvoirs des peuples au profit de l’UE sont de retour comme un effet secondaire involontaire et imprévisible propagé par la mondialisation et par le refus obstiné des frontières. Hier, des tueurs en blouse blanche, une tête de mort au revers de leur veste, décidaient qui devait vivre et qui devait mourir. Aujourd’hui, des sauveurs en blouse blanche, une croix bleue sur la poitrine risquent leur vie pour sauver la nôtre mais sont contraints de répartir la pénurie, donc de décider qui doit vivre et qui doit mourir. Une catastrophe sanitaire d’une telle ampleur était très difficilement prévisible. En revanche, ce qui était prévisible, c’est qu’accorder la priorité aux activités rentables « quoiqu’il en coûte » au détriment des services publics voire des vies humaines était pire qu’un crime, une grave erreur de calcul.

Tant que les victimes de ces politiques étaient peu nombreuses et isolées, leur caractère suicidaire demeurait caché. Le soldat en opération obligé d’acheter son gilet pare-balle avec sa solde ou le chef de service devant fermer des lits pestaient dans leur coin. Mais la crise sanitaire frappe aussi les actionnaires.

Nouvelle ironie douloureuse, le mal venu du Hubei emporte surtout les détenteurs d’épargne que sont nos aînés.

Le retour de l’euthanasie des rentiers
L’euthanasie des rentiers dont parlait Keynes est de retour. Et les détenteurs de capitaux que le Covid n’aura pas tués et l’inflation qui va fatalement suivre, vont inévitablement les ruiner. Il ne faut y voir l’effet d’aucune justice immanente (il n’y a que les fanatiques du marché qui croient à la main invisible), mais le retour forcé d’un paradigme économique où le tout est considéré comme ayant plus de valeur que les parties et où l’on ne pourra plus s’enrichir individuellement et impunément au détriment de la collectivité.

Les délocalisations avaient battu en brèche la rentabilité de l’épargne et celle du secteur privé « dégraissé ». Elles avaient aussi tassé les revenus des salariés et induit une hausse massive du chômage ayant fait exploser les dépenses sociales.

Effectivement, la globalisation voulue par nos élites nous aura coûté un pognon de dingue. Désormais, elle va nous coûter des vies.

On ne peut imputer ni à la mondialisation, ni à nos gouvernants – qui hier encore étaient ses défenseurs les plus fervents – le surplus de morts lié au démantèlement de l’hôpital public, au déstockage des masques, à la délocalisation de la production des respirateurs et des médicaments.

Administrateurs et communicants désemparés : il n’y a pas de précédents
Nos dirigeants ne sont comptables que de la surmortalité qui découlera de la saturation de nos hôpitaux. Il est difficile de se défaire de cette désagréable sensation que la misère de l’impréparation (pas de masques, pas de tenues, pas de tests, pas de lits en quantité suffisante) a été déguisé en stratégie. Celle de l’immunité de groupe où les autorités décident sciemment de laisser le virus circuler pour qu’un maximum d’entre nous développe les moyens naturels de lutter (notre système immunitaire possède une mémoire).

Cette impression de malaise est accrue par le réflexe inique de nos dirigeants mettant en cause notre incivisme et notre légèreté pour mieux cacher la leur. « Notre défaite est venue de nos relâchements » ; tançait Philippe Pétain au lendemain de la débâcle. « Les Français ne sont pas assez disciplinés » semble répondre Édouard Philippe.

Politiquement, il est vain de tabler sur un retour à la normale.

Avant cette crise, la vie démocratique était devenue un théâtre où des hauts fonctionnaires jouaient, avec plus ou moins de bonheur, aux communicants. Or, diriger n’est pas administrer : les gestionnaires ne savent pas improviser, ils fonctionnent aux précédents et s’abritent toujours derrière des règles et les experts.

La grippe espagnole est le seul précédent à peu près comparable. Or, la haute fonction publique française qui nous « dirige » depuis 1969 a perdu sa mémoire. Il est fort à parier que notre peuple, le moment venu, tirera des conséquences drastiques de cette crise. Pourquoi accepterions-nous d’être gouvernés par des chefs qui, de leur propre aveu, se sont trompés sur tout ? Plus profondément, le coronavirus révèle la nature profonde de la politique qui est une affaire de vie et de mort. C’est le caractère précaire de nos vies et de nos sociétés qui fonde sa nécessité, sa gravité et son importance. Elle sera inévitablement de retour.

Une soupe au pangolin a grippé la mondialisation
Une soupe au pangolin ou à la chauve-souris dégustée par un paysan chinois ou l’erreur d’un laborantin chinois n’a pas que grippé la mondialisation.

Cette révolution « coronicienne » va nous sortir de l’hybris post-moderne globalisante, individualiste et relativiste. Le coronavirus a tué cette illusion d’une vie humaine débarrassée de sa finitude. Sous une forme moins spectaculaire mais plus insidieuse que le 11 septembre, la crise sanitaire planétaire a replacé la mort à sa juste place de révélateur de la valeur de la vie humaine.

La mort est la grande égalisatrice et aussi la grande éclaireuse de nos existences. À la fin, c’est toujours elle qui gagne et donc qui décide de ce et de ceux qui compte(nt), de ce qui est important et de ce qui est insignifiant, de ce qui dure et de ce qui passe.

Nous étions en train de perdre notre humanité, un virus d’un millième de micron vient de nous la rendre.

mardi 17 mars 2020

Macron au pied du mur




Par Michel Onfray :

MACRON AU PIED DU MUR

PHASE 1

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que, la Chine ne passant pas pour très économe de la vie de ses citoyens, le confinement de l'une de ses villes de plusieurs millions d'habitants par les autorités communistes témoignait de facto en faveur de la gravité de cette crise du coronavirus. Je l'ai pour ma part fait savoir sur un plateau de télévision fin janvier. Ce pays, dont il est dit qu'il prélève dans les prisons les condamnés à mort qu'il exécute afin de vendre leurs organes frais au marché noir des transplantations partout sur la planète, n'est pas connu pour son humanisme, son humanité et son souci des hommes concrets. C'est le moins qu'on puisse dire... En prenant ces mesures, il disait à qui réfléchissait un peu qu'il y avait péril en sa demeure, donc en la nôtre. Qui l'a vu? Qui l'a dit? Qui a compris cette leçon? La plupart ont vu et dit ce que les agents de l'État profond disaient qu'il fallait voir et dire.

Mais, comme pour illustrer la vérité de la sentence qui dit que le sage montre la lune et que l'imbécile regarde le doigt, il y eut quantité de prétendus sachants pour gloser sur le doigt et oublier la lune: c'était une gripette, elle ferait moins de morts qu'une vraie grippe, la véritable épidémie, c'était la peur des gens -et les intellectuels et les journalistes du régime libéral en profitaient pour rejouer la scie musicale du peuple débile et de la sagacité des élites...

Pendant que la populace achetait des tonnes de papier toilette, ce qui permettait d'avouer qu'elle avait, disons-le comme ça, le trouillomètre à zéro, les comités de scientifiques invisibles chuchotaient à l'oreille du président ce qu’il convenait de faire entre gestion de l'image présentielle et santé publique, proximité des élections municipales et mesures d'hygiène nationale, situation dans les sondages et décisions prophylaxiques. Un mélange de Sibeth Ndiaye et de docteur Knock fabriquait alors la potion infligée par clystère médiatique au bon peuple de France. Nul besoin de préciser qu'il s'agissait d'une soupe faite avec une poudre de perlimpinpin aussi efficace qu'un médicament commandé sur internet... en Chine!

Quel était cette position magique? Une grande admonestation libérale, un genre de leçon de chose prétendument antifasciste. Il s'agissait de montrer aux abrutis de souverainistes la grandeur de l'idéologie maastrichienne: plus de frontières, libre circulation des hommes, donc des virus! Les chinois étaient contaminés mais ils n'étaient pas contaminants: nous étions immunisés par la beauté du vaccin de Maastricht! Pendant qu'ils fermaient leurs frontières, nous ouvrions les nôtres plus grand encore -si tant est que cela puisse être encore possible... Nous nous offrions au virus.

Voilà pourquoi, sur ordre du chef de l'État, le gouvernement français s'est empressé d'aller chercher sur place les expatriés français qui travaillaient en Chine. On n'est jamais mieux servi que par soi-même: si l'on devait se trouver contaminés, qu'au moins ce soit en allant nous-mêmes chercher le virus sur place et le ramener en France. Mais pas n'importe où en France, non, pas à Paris, bien sûr, ni au Touquet, mais en province qui est, en régime jacobin, une poubelle ou un dépotoir dont on se souvient toujours dans ces cas-là. Une première livraison s'est faite dans le dos du maire d'une commune du sud de la France, une seconde en Normandie où nous avons l'habitude des débarquements.

La mode à l'époque, nous étions dans le premier acte de cette histoire, consistait à rechercher le client zéro: celui qu'il aurait fallu confiner chez lui pour que rien n'ait lieu, un genre de bouc émissaire à traire. C'était chercher la première goutte du raz-de-marée avec le projet de l'enfermer dans une bouteille afin que la catastrophe n'ait pas lieu.

Il fut dit que, peut-être, ce numéro zéro serait à chercher sur la base militaire d'où étaient partis les soldats français missionnés pour aller taquiner le virus chinois sur place avant de rentrer chez eux. Que croyez-vous qu'il advint à ces militaires ayant été au contact de gens immédiatement mis en quarantaine après leur retour de l'empire du Milieu? Ils ont été renvoyés chez eux en permission... Pas question de les mettre en quarantaine! Quelle sotte idée c'eut été! Qu'on aille donc pas chercher aujourd’hui le client zéro car il se pourrait bien qu'on puisse obtenir des informations qui nous permettraient demander des comptes au ministre de la défense et au chef des armées auquel il a obéi.

PHASE 2

L'acte deux a été guignolesque: le tsunami arrivait et on lui avait creusé des voies d'accès sous forme de canaux à gros débits, et ce avec l'aide du génie militaire français. S'y est ajouté le génie du chef de l'État. Le grand homme qui se prenait pour de Gaulle et Gide en même temps, mais aussi pour Stendhal (on est beylien ou on ne l'est pas) nous a délivré la parole jupitérienne: il fallait se laver les mains, éviter la bise et éternuer dans son coude -j'imaginais qu'anatomiquement il était plus juste d'envoyer ses postillons dans le pli de son coude car je me suis luxé l'épaule en essayent d'éternuer "dans" mon coude... Du savon, du gel et un coude: nous étions prêts, comme en 40, le virus n'avait qu'à bien se tenir.

Il a continué à progresser bien sûr. Et le pouvoir a fait semblant d'estimer que le plus urgent était toujours de savoir qui avait postillonné le premier. Il n'y avait pas de foyers d'infection mais des clusters, ce qui changeait tout. Il s'agissait en effet de ne pas donner raison aux benêts qui estiment, comme moi, qu'un peuple n'est pas une somme d'individus séparés, comme les monades de Leibniz, ce qui est l'idéologie libérale, mais une entité qui est elle-même une totalité. Aller chercher le virus en Chine c'était une fois encore estimer que la minorité (d'expatriés) pouvait imposer sa loi à la majorité (du peuple français). Que périsse le peuple français, mais les maastrichtiens n'allaient tout de même pas donner tort à leur idéologie alors que le réel invalidait déjà leurs thèses dans les grandes largeurs!

L'élément de langage maastrichtien fut: le virus ignore les frontières -comme Macron et les siens qui les ignorent tout autant... La plume du chef de l'État lui a même fourbi la formule adéquate: "Le virus n'a pas de passeport"- on dirait un titre de San-Antonio.

Tous les pays qui, comme Taïwan ou Israël (dont on n'a pas parlé, un pays qui, lui, a le sens de son peuple), ont décidé la fermeture des frontières, sont passés pour des populistes, des souverainistes, des illibéraux, des passéistes qui n'avaient rien compris à la grandeur nihiliste du progressisme.

Or, ces faux progressistes vrais nihilistes n'aspirent qu'à une seule chose: le gouvernement planétaire d'un État universel où les techniciens (les fameux scientifiques, comme il y en aurait au GIEC ou dans ce comité invisible qui conseille (!) Macron)) gouverneraient le capital en faisant l'économie des peuples.

Le coronavirus leur donne une autre leçon politique: la suppression des frontières c'est la possibilité pour tout ce qui menace contamination de se répandre à la vitesse de la lumière... Le virus n'ignore pas les frontières, mais les frontières savent et peuvent le contenir.

PHASE 3

La preuve, le troisième acte décidé par... Emmanuel Macron lui-même. Dans un premier temps, le Président tire une salve pendant un long monologue d'une demi-heure: fermeture des crèches, des écoles, des collèges, des lycées, des universités, réduction des contacts avec autrui, en priorité les personnes âgées. Et puis, bien sûr, le coude et le savon, le gel et la bise, des armes de destruction massive.

Or, qu'est-ce que ce confinement sinon l'invitation à fabriquer autant de frontières qu’il y aura de Français? La frontière nationale n'est pas bonne, mais la frontière qui sépare de son prochain est présentée comme la solution, la seule solution nous dit-on. Le virus qui ignore les frontières se trouve donc tout de même contenu par les frontières pourvu qu'elles soient érigées par chacun contre son prochain pensé comme un contaminateur potentiel. Ce qui marcherait pour les monades ne marcherait donc pas pour les États! Étrange paralogisme ...

Il faut donc radicalement éviter les contacts et les brassages, il faut donc remettre ses voyages et ses déplacements, il faut donc rester le plus possible chez soi, mais mais mais: le premier tour des élections municipales n'est pas reporté! Comprenne qui pourra! On dit que Gérard Larcher, président du Sénat, se serait opposé au report des élections: mais qui est ce monsieur auquel le président de la République mange dans la main? Quel est son pouvoir? Des dizaines de millions d'électeurs sont donc invités à se ruer en direction de lieux confinés, les bureaux de vote, dans lesquels, tout le monde en conviendra, on évite les contacts et les brassages et on montre qu'on doit préférer rester chez soi pour éviter les promiscuités.

Le lendemain, quelques heures après la prise de parole présidentielle, le Premier ministre est envoyé au front pour enfoncer le clystère plus profond: fermeture des cafés, des restaurants, des boîtes de nuit, des musées, des bibliothèques, de tous les lieux publics, etc. Mais, toujours: maintien du premier tour des élections municipales. On se lavera les mains avant et après, on respectera une distance d'un mètre avec son voisin, puis on mettra son bulletin dans l'urne. Il faudra bien empoigner le rideau à pleine main pour l'écarter afin d'entrer dans l'isoloir, mais aucun risque - le savon veille... Magique!

Que s'est-il passé le lendemain du jour de la décision de ce presque couvre-feu? il faisait beau, dans les rues de Paris, des gens ont fait leur footing, d'autres se sont un peu dévêtus pour prendre le soleil près du canal Saint-Martin, certains faisaient du vélo ou du roller, de la trottinette aussi. Ils transgressaient la loi? Et alors. Pas un seul policier n'a verbalisé qui que ce soit. Tout le monde se moque de l'État qui n'a plus d'autorité et plus aucun moyen de faire respecter l'ordre républicain! La peur du gendarme est une vieille lune qui a rejoint celle des dragons et du diable! De la même manière qu'une jeune fille porte un voile musulman en présence de Macron, ce qui est formellement interdit par la loi, et que rien ne se passe, le mépris affiché des décisions du chef de l'État témoignent de la déliquescence dans lequel se trouve le pays et dans quel mépris est tenue la parole de cet homme.

Les libéraux et leurs cervelles soixante-huitardes voulaient des monades et des consommateurs en lieu et place de citoyens et de républicains? ils les ont... Ils souhaitaient jouir sans entraves? ils jouissent sans entraves... Ils affirmaient qu'il était interdit d'interdire? ils se croient résistants en se faisant la bise... Ils croient toujours que CRS=SS? Ils n'auront pas même vu la queue d'un policier municipal à vélo ou en mobylette, sinon en roller, pour leur rappeler que Jupiter dans son Olympe a décidé qu'il fallait éternuer dans son coude.

Olympien comme le comédien d'un club de théâtre dans un lycée, Emmanuel Macron a dit: "Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe." Et puis ceci: "Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché." Quel talent! Quel menteur! Quel bouffon! Mais quel mauvais comédien...

Cet homme qui a mis sa courte vie au service du Veau d'Or fait semblant aujourd’hui de découvrir que piétiner l'intérêt général, conchier le bien public, compisser la santé dans les hôpitaux quand elle était pilotée par les comptables, ce n'étaient peut-être pas exactement les bons choix! Qui croira cet hypocrite dont toute la politique depuis qu'il est au pouvoir consiste à détruire le système de santé (et de retraite) français? C’est la quintessence du projet politique libéral mené sans discontinuer par les présidents de la V° république depuis la mort du général de Gaulle.

Quiconque écoute les personnels de santé depuis des mois (ils sont en grève depuis un an...) sait qu'en temps normal, avec cette politique libérale, ils sont débordés et impuissants tant l'hôpital public est malade sinon mourant. Qui pourra croire que la France est en état de recevoir un afflux massif de malades du coronavirus alors que la congestion était déjà là avant l'épidémie ?

Ce qui est dit par quelques spécialistes de la santé c'est, je vais l'exprimer de façon brutale, que lors du pic à venir, phase 4, nommons-là comme ça, il faudra, faute de places pour tous, trier les arrivants et laisser les vieux à leur sort, donc à la mort... Voilà où mène le libéralisme initié par Pompidou & Giscard, augmenté par Mitterrand en 1983, accéléré par le traité de Maastricht en 1992 et tous ceux qui, droite et gauche confondue, communient dans cette idéologie, puis par Macron qui, depuis son accession à l’Élysée, a voulu activer ce mouvement à marche forcée.     

Voici une autre leçon donnée par cette crise, en dehors d'apprendre l'impéritie du chef de l'État: les caisses sont vides quand il s'agit d'augmenter le SMIC ou le salaire des plus modestes; elles le sont quand ces mêmes personnes doivent être soignées (on ne compte plus ceux qui ont renoncé à s'occuper de leurs dents, de leur ouïe, de leur vue  à cause de leur pauvreté ; elles le sont quand il faut se soucier des paysans dont l'un d'entre eux se suicide chaque jour ; elles le sont quand il faut construire des écoles ou des universités, doter les hôpitaux de matériel performant, humaniser les prisons, recruter des fonctionnaires, financer la recherche scientifique dont nous aurions bien besoin aujourd’hui, laisser ouvertes des écoles de campagne, maintenir en vie les lignes de chemins de fer en dehors des grandes villes et des grands axes; elles le sont quand il faudrait se donner les moyens de récupérer la multitude de territoires perdus de la République), elles le sont si souvent quand il faudrait construire une République digne de ce nom.

Mais il y a de l'argent pour faire face à cette crise économique qui s'annonce... Tous ces gens mis au chômage technique par cet état de siège seront payés -par les assurances chômage. C'est bien sûr très bien, mais il y avait donc de l'argent... Plus un café, plus un restaurant, plus un lycée, plus une école, plus un commerce, sauf liste donnée, plus un cinéma, plus une salle de spectacle ne sont ouverts, mais Macron nous assure que "l’État prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints de rester chez eux". Mais alors, bonne nouvelle, l'État existe encore? Il peut fonctionner? Il sait faire autre chose que prélever les impôts et recouvrer les amendes? Il sait faire autre chose qu'envoyer sa police et son armée tabasser les gilets-jaunes? Il sait faire autre chose que de subventionner des médias publics pour diffuser massivement l'idéologie maastrichtienne? Il sait faire autre chose que de libérer les élus délinquants renvoyés chez eux?  Vraiment?

Ce virus fait donc dire des bêtises à Macron: on pourrait donc être solidaires et fraternels en France? On pourrait estimer que le consommateur hédoniste n'est pas l'horizon indépassable de notre modernité et qu'on peut aussi être un citoyen responsable? On pourrait trouver de l'argent public pour financer des solidarités nationales au-delà des habituels bénéficiaires? Il y a là matière à révolution: il est bien certain qu'Emmanuel Macron est le dernier homme pour la réaliser.

Après le virus, il faudra y songer.

En attendant, l'Allemagne ferme ses frontières avec trois pays, dont la France! Maastricht tousse, crache et menace l'embolie.

Michel Onfray.

jeudi 5 mars 2020

Les mots pour le dire

J'ajouterais que 130000 ou 150000 personnes qui se massent à la frontière, c'est déjà une armée.




 Migrants : la 🇬🇷Grèce au bord de l'explosion - ⚡️😡 Clash entre @GWGoldnadel et @soubremarieanne : "J'en ai assez des faux semblants ! Oui, il s'agit d'une invasion et ce sont des envahisseurs !" #GGRMC pic.twitter.com/AdcqBdezaI
— Les Grandes Gueules (@GG_RMC) March 5, 2020

mercredi 4 mars 2020

CORONAVIRUS





Par Michel ONFRAY :


Le coronavirus n’est pas juste une épidémie médicale, c’est également une métaphore: celle de ce qu’est (devenue) la France qui subit, voire qui va au devant des problèmes. Ses prétendus experts qui ne décollent pas des plateaux de chaînes d’information continue (j’avais écrit: contenue…), font les malins: ils déclarent « même pas mal! », ils bombent le torse comme des cadors, ils minimisent, ils estiment que c’est moins grave qu’une épidémie classique de grippe hivernale comme il y en a tous les ans, mais je ne peux m’empêcher de croire ce que je vois et non pas de voir ce que je crois: la Chine n’est pas du genre à confiner la ville de Wuhan, quinze millions d’habitants, si l’extrême gravité n’est pas avérée –c’est ce que doit et peut penser quiconque n’a pas renoncé à l’usage de sa raison ni à celui de son esprit critique.

Un pays dictatorial compte pour rien la mort de ses citoyens, mais pas celle des ressortissants des autres pays, non pas par moralité, mais par cynisme politique, industriel, commercial. La Chine n’aurait pas pris le risque d’être associée à une mauvaise image planétaire ( le pays d’où sort un virus inconnu et mortel associé à des pratiques culturelles atypiques -manger de la chauve-souris en soupe par exemple, sinon du pangolin, voire boire du venin mélangé à du sang de serpent sous prétexte que c’est aphrodisiaque…), de connaître une dégringolade économique mondiale, s’il n’y avait pas eu un véritable péril en la demeure.

Sur un plateau de télévision, le mardi 28 janvier, j’ai soutenu cette thèse en précisant que je trouvais étonnant que dans notre pays, si prompt à invoquer le principe de précaution édicté par Maastricht pour interdire les desserts fabriqués en famille et emportés à l’école pour fêter un anniversaire faute de traçabilité, on puisse ne pas décoder le message que la Chine envoyait en confinant la ville, puis la région de manière drastique.

Au dire des experts en tout, c’était prétendument le signe d’une gestion totalitaire de la crise. Mais ce pays n’est pas à dix mille morts prêt -depuis des décennies, la répression maoïste ou néo-maoïste témoigne que les gouvernants se moquent du trépas de leurs sujets! La Chine savait ce que nous ne savons pas mais dont pourtant nous aurions dû nous douter: il suffisait non pas de croire ce qui se disait, et qui s’est amplement trouvé amplifié par les médias qui reprenaient en chœur, mais de penser ce qui était fait au pays de Mao 2.0. Comme toujours, on a préféré croire un mensonge qui sécurise à une vérité qui inquiète.

Nombre de médecins qui donnaient des leçons, tout en ne sachant pas grand chose de ce virus, arboraient des titres ronflants –chefs de ceci, patrons de cela, directeur ici, responsable là, président souvent, mais aucun journaliste n’a précisé que, par exemple, quand il invitait sur son plateau le docteur Yves Lévy, médecin spécialiste en immunologie, ancien patron de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), depuis peu « conseiller d’État en service extraordinaire  », pour donner son avis éclairé sur la chose, ce monsieur était, dans le privé, le mari d’Agnès Buzyn alors ministre de la santé! Je l’ai appris sur un autre plateau télé, mais après l’émission et dans les couloirs… Au revers de cette armada de médecins qui péroraient, j’ai souvent vu des légions d’honneur rouge sang…

Pendant que la Chine confinait, la France ouvrait grand ses portes en affrétant des avions militaires aux frais du contribuable afin de rapatrier sur le sol français ses ressortissants ayant choisi de vivre en Chine. Ces opérations se sont faites avec l’aide des militaires: on apprend aujourd’hui qu’il semblerait que l’un d’entre eux, au moins, ait rapporté le virus dans sa base avant une probable contamination d’une partie du département de l’Oise –avant la suite. Rappelons qu’un professeur sexagénaire est mort dans ce département alors qu’il n’avait pas effectué de voyages ni dans les zones à risque, ni ailleurs, il s’est juste trouvé en contact avec une personne venue de cette base militaire contaminée par un ordre donné à l’Elysée. Si j’étais Macron, je ne serais pas bien fier…

Toujours sur ordre de l’Elysée, le gouvernement a ensuite dirigé ces rapatriés dans un village des Bouches-du-Rhône, Carry-le-Rouet, sans en informer le maire qui a appris la chose aux informations régionales –c’est dire dans quelle estime le président Macron tient les élus. Une deuxième livraison d’expatriés a été faite en Normandie, dans un village vacances, à Branville (Calvados), où se trouvaient encore des touristes.

Paris sait se souvenir que la province existe quand il faut y loger des migrants ou des malades potentiels à mettre en quarantaine. Pourquoi à l’Elysée ou à Matignon n’a-t-on pas choisi Le Touquet, ville dans laquelle le président dispose d’une villa gardée en permanence, ou Le Havre, cité du premier ministre candidat à sa réélection aux prochaines municipales? Tant qu’à exposer les Français, le premier d’entre eux, et son second, devraient au moins montrer l’exemple.

Quelques responsables politiques ont invité à reprendre le contrôle des frontières pour empêcher la propagation de la maladie –ce qui paraissait de bon sens. Péché mortel pour les thuriféraire du marché total planétaire! On a alors entendu un élément de langage consternant, repris par le ministre de la santé lors de son intervention du samedi 29 février: « Le virus ignore les frontières. » Tout en expliquant qu’il fallait ne pas se serrer la main pour se dire bonjour, ne pas se faire la bise et se laver les mains -il est vrai que, pour accoucher d’une pareille montagne, il fallait bien mobiliser un conseil des ministres extraordinaires un samedi avec toutes les huiles gouvernementales flanquées des plus hauts gradés de l’armée française et des professionnels de la profession comme dit l’autre. S’en sont suivies des interdictions de se réunir, de voyager en dehors de la zone maastrichtienne (rions un peu!), de courir un marathon, d’assister à des rencontres sportives dans un stade fermé, de se réunir à plus de tant de personnes: autrement dit, il fallait mettre des frontières entre soi et les gens potentiellement contaminés, mais on pouvait laisser librement circuler les Chinois, et laisser les Italiens passer nos frontières sans contrôle. Ce qui vaut pour un village si loin de Paris et de ses jacobins ne saurait donc valoir pour la totalité du pays.

Il est bien triste d’avoir à redire à ces gens qui nous l’apprennent que le virus ne vole pas comme une libellule dans l’air mais qu’il se transmet par ceux qui en sont affectés –vérité de La Palice. Dès lors, on ne se sert pas la main si l’on est un habitant des villages de l’Oise concernés, on reste chez soi, mais on peut continuer à prendre le train, l’avion, à rouler sur les routes et autoroutes sans que cela ne pose un problème de santé publique!

Car le virus n’existe pas seul, comme une monade voyageant dans l’éther, mais porté par des gens qu’on peut confiner –ce qui s’appelle rester dans la frontière de sa maison. Mais la France, bonne fille, ouvre grandes ses portes au virus puisqu’elle reste adepte de la mondialisation, à la libre circulation des personnes et des biens, et que l’Etat profond qui nous gouverne, et auquel Macron obéit, ne veut pas avouer ses erreurs et son tort en revenant sur son dogme sans-frontiériste ce qui serait avouer que ce dogme est mortifère.

Or, que se passe-t-il avec la quarantaine –sottement rebaptisée quatorzaine par le ministre de l’éducation nationale ignorant qu’il utile un mot qui existe dans le registre juridique (Quatorzaine: Espace de quatorze jours qui s’observait légalement entre les diverses étapes d’une saisie judiciaire. Quarantaine:Toute espèce de réclusion, de séquestration temporaire), mais en dehors de son sens, contre lui, même, car une quarantaine, c’est un temps d’isolement qui, certes, durait à l’origine quarante jours mais qui peut durer plus ou moins depuis? De même que Limoger signifiait jadis envoyer à Limoges comme punition, le mot signifie aujourd’hui envoyer dans un lieu qu’à Paris on estime perdu pour punir un fonctionnaire qui ne courbe pas l’échine –mais pas forcément à Limoges! La quarantaine, même si elle dure quatorze jours sans d’ailleurs qu’on soit sûr que ce soit la période adéquate, est une réclusion pendant un certain temps dans un espace confiné –chambre d’hôpital, appartement privé , maison ou camp de vacances pourvu que ce soit chez les demeurés loin de Paris. Or, tout ceci suppose une limite en-deça et au-delà de laquelle les choses ne sont pas les mêmes. Y a-t-il une autre définition de la frontière?

L’impéritie gouvernementale a donc permis que nous passions du stade 1 au stade 2 avec ces belles vitesses. On nous annonce désormais l’inexorable arrivée du stade 3.

J’avais bien raison de dire en ouverture que le coronavirus n’est pas juste une épidémie médicale mais également une métaphore. Si je voulais m’exprimer comme un journaliste, donc comme un politique, et vice-versa, je dirai: « La suite est à venir »…

Michel Onfray