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dimanche 13 décembre 2020

D'Assa Traoré à Mila

 





Qui se souvient d’une époque où l’on disait que Time Magazine était plutôt proche des Républicains américains et Newsweek des Démocrates? Je me rappelle que mes parents étaient abonnés aux deux. C’était dans les années 1970 et 1980: ils avaient une petite préférence pour l’orientation politique de Time mais lire l’un et l’autre donnait une bonne idée de ce qui se disait et pensait aux Etats-Unis avec deux grands partis qui se combattaient mais n’étaient pas séparés par le fossé d’une guerre civile culturelle comme aujourd’hui. Il arrivait que ces deux journaux parlent de la France. Ce n’était pas toujours profond mais c’était respectueux de la réalité de notre pays.


Quarante ans plus tard, on ne constate pas seulement une évolution mais une révolution. Newsweek n’a pas résisté au bouleversement numérique des médias. Il n’existe plus qu’en format digital; et le journal a été modéré dans son soutien à Biden, faisant de temps en temps de la place à des soutiens de Donald Trump. Time Magazine a mieux résisté économiquement; mais en revanche le magazine a complètement trahi son esprit d’origine. Et rien ne le révèle mieux que la place faite cette semaine, dans le groupe des personnalités de l’année, à Assa Traoré. La jeune femme est présentée comme une équivalente des activistes américains qui ont organisé des manifestations après la mort de George Floyd. Elle déclare elle-même dans le texte accompagnateur que son frère est une victime, au même titre que George Floyd.

« Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Occident » pourrait-on dire en paraphrasant la célèbre formule de Hamlet sur le royaume de Danemark. Lorsque ce qui fut un grand journal américain décide d’illustrer ce qui se passe en France aujourd’hui, on n’y pense pas à Samuel Paty, victime de son attachement à la liberté d’expression. On n’y pense pas non plus à Mila, qui est pourtant une des héroïnes involontaires de l’année 2020.  Le contraste entre la promotion frelatée d’Assa Traoré, pur produit marketing de la bien-pensance culturelle qui caractérise l’internationale des bobos et le dernier épisode de l’affaire Mila est particulièrement frappant. Au moment de la parution de Time Magazine, l’on apprend en effet que le lycée militaire qui abritait Mila menacée de mort par des islamistes ne se sent plus en mesure de protéger la jeune fille et la met en « téléenseignement ». Elle a été maladroite sur les réseaux sociaux en donnant à comprendre où elle est au lycée. Et du coup la direction de son lycée ne se sent plus en mesure de la protéger.

Est-ce qu’on se rend bien compte de ce qui est en train d’advenir? L’armée française, qui est censée protéger le territoire et ses concitoyens n’est pas en mesure d’assurer la protection d’une seule personne menacée de mort sur les réseaux sociaux parce qu’elle a exercé sa liberté d’expression. On ira même plus loin en soulignant que, dans le cas de Samuel Paty comme dans celui de Mila, on se trouve dans le cas curieux où la liberté d’expression semble s’être réfugiée dans un dernier bastion, celui du « droit au blasphème ». Ni les caricatures de Charlie Hebdo montrées par Samuel Paty à ses élèves, ni les propos de Mila dans ses deux vidéos ne témoignent d’une grande finesse d’analyse; mais il faut se demander comment la parole publique critique a pu à ce point se rétrécir qu’il ne reste plus que le blasphème pour sentir que l’on est encore un peu libre de dire ce que l’on veut.

Ce qui caractérise l’Occident, actuellement, c’est (1) une large bien-pensance institutionnalisée, fondée sur l’alliance objective de l’argent et de l’extrême gauche, (2) une immense lâcheté de tous ceux - partis politiques modérés, corps constitués traditionnels, journaux qui se définissaient autrefois comme « conservateurs » -  qui devraient mettre le holà à la tyrannie du « politiquement correct » et ses réseaux internationaux - et (3) quelques bastions où va se réfugier l’envie de liberté, aux marges de la vie publique. Qu’il s’agisse du populisme ou de la proclamation du droit au blasphème, tout se passe comme si la démission de ceux qui devraient défendre l’ordre et les libertés à la fois condamnait tout ce qui a fait l’Occident à se réfugier dans la marginalité ou l’outrance. Rien n’est plus frappant que cette phrase du communiqué militaire justifiant le renvoi de Mila chez elle: la mesure est prise « le temps d’un apaisement de la situation sécuritaire ». On passera sur l’approximation dans l’utilisation de la langue française. Là ce n’est pas devant la Wehrmacht que les chefs capitulent, c’est contre quelques fous furieux armés d’un couteau. Mila - Gavroche en en version lesbienne - est abandonnée par ses compatriotes - et en particulier ceux qui ont pour mission de défendre la nation - tandis qu’Assa Traoré, professionnelle de la révolution est fêtée par un Occident atteint de haine de soi.

Cela en dit long sur la démission collective de toutes nos institutions. A quoi sert de bomber le torse en abondant une loi sur le séparatisme pour ensuite la renommer loi sur la laïcité car des groupes de pression musulmans ont protesté et cela en même temps que l’on se montre incapable de protéger Mila - comme on a laissé tuer Samuel Paty?

Le glamour de la mise en scène d’Assa Traoré par Time Magazine cache la réalité sordide d’une immense capitulation devant la violence de minorités, la tyrannie intellectuelle du « politiquement correct » qui s’est emparée des universités et des médias, et un certain nombre de puissances d’argent à l’échelle internationale. Le résultat en est une inversion des valeurs. L’intimidation, le conformisme et la violence sont mis à l’honneur; le courage, la dissidence et l’ordre social sont bafoués chaque jour sous nos yeux tandis qu’un pouvoir de plus en plus impuissant s’adonne quotidiennement à des gesticulations grotesques qui dissimulent de plus en plus mal une capitulation générale.

jeudi 19 novembre 2020

La lettre de Laurent Obertone à Delphine Ernotte, PDG de France-Télévisions

 

 


Auteur d'Eloge de la Force, l'écrivain et journaliste Laurent Obertone interpelle la présidente de France Télévisions sur la politique éditoriale “raciste” qu'elle souhaite mettre en œuvre.  

Madame,

J’ai lu avec attention votre entretien paru dans Le Monde le 16 novembre 2020, sous le titre-citation « La diversité sera le fil rouge de mon mandat ». Tout mandataire et toute administration étant tenus de « rendre des comptes », je vous demande d’éclaircir les points suivants :

Sur quelles sources se base à votre connaissance le CSA pour estimer que 25 % de la société française est « perçue comme non blanche » ? Avez-vous vérifié ces allégations ?
Quelle est à vos yeux la représentation détaillée de cette « diversité » ? Toutes les personnes « perçues comme non blanches » sont-elles regroupées ensemble, en simple négatif de la population majoritaire ? Une affreuse armée de clones et un bataillon de colorés qui comptent double, est-ce votre définition de la « diversité » ?
Jugez-vous normal que les personnes « perçues comme noires » soient surreprésentées par rapport à leur proportion, à l’inverse des personnes « perçues comme arabes », ainsi que le rapportait le CSA en janvier 2019 ?

Jusqu’à quel degré de différenciation ethnique comptez-vous pousser vos petits calculs pour nous assurer de la plus parfaite représentativité de chacun ?

 Quid des personnes perçues comme pakistanaises, indiennes, turques, océanes, moyen-orientales ou encore vietnamiennes ou chinoises ? Quid des minorités hmongs, arméniennes, ex-yougoslaves ? Vous assurez-vous de leur juste part ? Distinguez-vous dans vos statistiques les « non Blancs » originaires d’Afrique subsaharienne des « non Blancs » originaires d’Outre-mer, des Amériques, des Caraïbes ? Les Africains de l’Est des Africains de l’Ouest ? Les Soninkés des Bantous ? Les Algériens des Marocains ? Et les Kabyles ? Les Berbères ? Jusqu’à quel degré de différenciation ethnique comptez-vous pousser vos petits calculs pour nous assurer de la plus parfaite représentativité de chacun ?

Confirmez-vous par ailleurs que vous souhaitez conditionner vos financements à un chantage à la diversité vis-à-vis des productions, à savoir apparenter votre politique éditoriale à une incitation à la discrimination raciale ? Confirmez-vous que vous comptez mener une politique de recrutement raciste, c’est-à-dire basée sur un critère ethnique et racial, en l’occurrence la couleur de peau de candidats « perçus comme non blancs » ? Confirmez-vous donc que vous entendez associer le service public et l’argent de la redevance alloué à France Télévisions (2,5 milliards d’euros au total*) à cette politique raciste ?

Peut-être préférez-vous la diversité de l’habit à celle de l’esprit

Enfin quid de la diversité sociale, et surtout d’opinion ? Quelle représentativité des pensées ? On ne vous a pas entendu dire qu’au moins 63 % des personnes vues à la télévision devaient afficher une position « perçue comme sceptique à l’égard de l’immigration », ce qui serait pourtant pleinement représentatif de la société française (IFOP, le 16/11/2020).

Mais peut-être préférez-vous la diversité de l’habit à celle de l’esprit. Peut-être assumez-vous que votre mandat et notre argent soient consacrés à la diffusion massive d’une opinion massivement uniforme, la vôtre, qui n’est aucunement représentative de la société française ? En bon français, on appellerait ça de la propagande d’État. Bref, avant de payer ma redevance, j’attends vos éclaircissements avec impatience.

Laurent Obertone, contribuable « perçu comme blanc », et auteur tout à fait sous-représenté à France Télévisions.

P.-S.* Je rappelle en passant que nous payons votre salaire à hauteur de 322 000 euros brut par an, avec un bonus variable pouvant aller jusqu’à 78 000 euros, soit un total de 400 000 euros brut par an (Le Figaro du 31/10/2016).   

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lundi 9 novembre 2020

La lettre au président de l'écrivain Didier Van Cauwelaert




Vous ne serez pas étonné que ma première requête, en tant qu'auteur et lecteur, concerne les librairies, classées « commerces non essentiels » par vos technocrates – lesquels se considèrent sans doute, eux, de première nécessité. Les étagères de livres sont-elles vraiment plus dangereuses pour le consommateur que les rayons fromage et cosmétique ? N'est-il pas « essentiel » de sauver notre culture, sa diversité, le lien social qu'elle assure, le rempart qu'elle constitue contre l'illettrisme et la pensée unique qui font le lit des fanatismes assassins ? Si vous persistez à prohiber la vente des livres en milieu humain, êtes-vous conscient que vous condamnez à mort une grande partie des librairies françaises, sorties exsangues du premier confinement ? Or, comment pourraient survivre, sans leur soutien, les romancières et romanciers débutants, les essayistes dérangeants, et même les grandes plumes n'ayant pas la chance de représenter une valeur marchande pour les plateformes de la distribution en ligne ? Comme vous l'écrit par ailleurs Florence Kammermann, « libraire de garde » à Cannes, où elle a décidé, malgré sa qualification administrative « non essentielle », de résister à l'ordre de fermeture : « En réduisant l'accès à notre culture s'étirera une fissure : la menace de perdre notre précieuse liberté d'expression. Originaire du Liban, j'ai pu mesurer combien les intégristes s'engouffrent dans les failles qu'ils trouvent. »

Monsieur le Président, dans l'intérêt du pays et de la démocratie dont vous êtes le garant, nous vous demandons de faire marche arrière pour mieux aller de l'avant. N'attendez pas qu'il soit trop tard, sinon la « troisième vague » sera un tsunami populaire qui vous emportera. Qu'allez-vous faire face aux très nombreux libraires pris à la gorge qui ont décidé de refuser la prohibition, forts du soutien de leurs maires et des myriades d'auteurs qui, comme moi, sont prêts à aller s'enchaîner aux grilles derrière lesquelles on prétend enfermer la culture jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Envoyer l'armée ? Emprisonner les dissidents ? Brûler les livres ?

Vous qui, au début de l'épidémie, avez donné le bon exemple en vous rendant au théâtre pour montrer que la vie culturelle doit continuer coûte que coûte, faites en sorte, à l'heure où les salles de spectacle sont frappées d'interdit, que les lieux vivants de la littérature, librairies et bibliothèques, soient à nouveau accessibles dans l'évident respect des règles sanitaires – même le plus convoité des best-sellers n'a jamais provoqué de bousculade comparable aux soldes des grands magasins.

Laissez-nous vivre, laissez respirer la France

Rouvrez donc toutes les librairies qui le souhaitent, au lieu de fermer par « souci d'équité » les rayons livres de la Fnac – quelle provocation indigne ! Renoncez à tuer les petits commerçants qui savent mieux que les autres veiller sur la santé de leurs clients, et assouplissez d'urgence ce reconfinement moyenâgeux dont vous rejetiez avec sagesse l'hypothèse funeste, quelques jours avant de nous l'imposer. La colère monte de toutes parts ; sachez l'entendre et y répondre d'urgence, au lieu d'attendre d'être obligé de la réprimer. Pour éviter que les gestes barrières n'en viennent à se résumer aux barrières mobiles des CRS, de grâce, laissez-nous vivre. Laissez respirer la France qui, par principe de précaution, est en train d'étouffer sous son masque. Arrêtez de l'asphyxier à chacune de vos apparitions télévisées, arrêtez d'insuffler, sur un ton de compassion paternaliste, la peur obligatoire et le devoir de soumission. Arrêtez de justifier l'arbitraire par des chiffres abusifs, des statistiques gonflées ou des projections carrément fantaisistes. Non, les personnes positives aux tests PCR ne doivent pas être comptabilisées comme des malades Covid, tous les médecins le répètent : ces tests ne font qu'amplifier les traces de virus, qu'il soit vivant ou pas. Non, les patients qui, par exemple, décèdent de leucémie avec un soupçon de Covid n'ont pas à être classés d'office parmi les défunts du Covid. Et d'où sortent ces « 400 000 morts » que vous nous avez promis le 28 octobre en cas de non-reconfinement ? Est-ce une resucée des 500 000 décès que prédisait à la France, lors de la « première vague », le modèle mathématique de l'Imperial College de Londres, sur la foi duquel tant de gouvernants ont condamné leurs sujets à des mois de réclusion à domicile ? L'auteur de cette prophétie, l'épidémiologiste extralucide Neil Ferguson, passera à la postérité pour avoir garanti, d'ici à juin 2020, 100 000 morts à la Suède si elle persistait dans son refus de confiner – elle en est, le 30 octobre, à 5 938. C'est déjà trop, pas besoin d'en rajouter. Depuis, le Nostradamus de la statistique a dû démissionner de ses fonctions – moins à cause de ses prédictions bidon que pour avoir violé le confinement dont il était l'inspirateur, en faisant venir chez lui sa maîtresse à plusieurs reprises. Passons. « 400 000 morts, bondit l'anesthésiste réanimateur Louis Fouché, ça ne correspond à rien, à aucune étude scientifique ! » Rien ne semble justifier ce chiffre démentiel, si ce n'est une erreur de prompteur ou la nécessité de paniquer les foules pour qu'elles acceptent de renoncer à leurs libertés.

Donnez-nous simplement la permission de nous soigner

S'exprimant au nom du collectif « Médecins et soignants pour une politique sanitaire juste, éclairée et proportionnée », le Dr Fouché renchérit : « Les Français n'ont pas besoin d'être punis, ni surveillés, ni reconfinés, ni rééduqués. » Il aurait pu dire également : « ni incriminés ». Monsieur le Président, par pitié, n'ajoutez plus à l'horreur du terrorisme islamiste la menace d'un terrorisme invisible tapi en chacun de nous. Ne nous laissez pas devenir à nos yeux les victimes résignées ni les coupables en puissance d'un Covid Akbar qui, détruisant notre organisme, jaillirait de nos postillons pour attenter à la vie d'autrui. Et, au lieu de nous faire remplir ad vitam aeternam des autorisations de déplacement dérogatoire, donnez-nous simplement la permission de nous soigner.

Car le remède existe. Le traitement mis au point par le Pr Raoult (hydroxychloroquine / azithromycine) a déjà sauvé tant de personnes – je sais de quoi je parle. Même si, se conformant à la « médecine de guerre » que vous aviez implicitement ordonnée, l'infectiologue marseillais s'est contenté de traiter tous les malades, au lieu de donner à certains un placebo pour démontrer, selon les normes administratives, l'efficacité d'un remède qui, visiblement, était flagrante. Seulement, le 27 mai 2020, votre ministre de la Santé a interdit qu'il soit employé pour soigner la Covid. À cause de ses effets secondaires en cas de pathologie cardiaque, que les médecins connaissent et savent très bien gérer depuis soixante-dix ans ? Ou bien parce que ce remède était trop ancien, trop peu coûteux et faisait de l'ombre aux laboratoires pharmaceutiques ? Peut-être convenait-il de laisser le champ libre aux milliards que promettait de rapporter l'élaboration d'un nouveau médicament américain, le remdesivir. Alors, par des études frauduleuses comme celle du Lancet – retirée après coup par le directeur de cette grande revue scientifique, avec ses plus plates excuses –, on a tenté de faire croire que l'hydroxychloroquine était dangereuse et inefficace contre le virus Covid-19.

Aujourd'hui, de vastes méta-analyses « randomisées », comme celles de l'université Yale (Pr Harvey Risch) ou de l'École de médecine de Californie, ont confirmé son efficacité au premier stade de la maladie. Quant à sa non-toxicité, elle est établie dans les conditions de dosage et de durée du protocole Raoult. C'est le remdesivir, en revanche, qui apparaît désormais dénué d'effet thérapeutique et susceptible de provoquer, notamment, de lourdes insuffisances rénales. Sauf que la France en avait déjà acheté 500 000 doses. Alors, le 14 octobre 2020, le ministère de la Santé adresse au personnel hospitalier un Mars. Il ne s'agit pas d'une prime sous forme de spécialité chocolatière, mais d'un message d'alerte rapide sanitaire : les médecins sont invités à écouler gracieusement le stock de remdesivir, c'est-à-dire à administrer un médicament inefficace et dangereux dont, précise la circulaire, « l'autorisation de mise sur le marché pour le traitement de la maladie Covid-19 sera interrompue par l'Agence nationale de sécurité du médicament à compter du 23 octobre. » C'est le motif de la plainte pour mise en danger de la vie d'autrui déposée au pénal par le Pr Raoult à l'encontre de l'ANSM, qui venait de lui refuser une autorisation temporaire d'utilisation pour l'hydroxychloroquine. En résumé : la France interdit l'usage d'un remède efficace sans toxicité, et recommande dans le même temps d'administrer le contraire en connaissance de cause.

Le droit de nous soigner autrement qu'avec du paracétamol

C'est grave, Monsieur le Président, et je suppose que la distanciation sociale a empêché que ces faits soient portés à votre connaissance, sans quoi vous en auriez informé le pays durant votre allocution. Et vous auriez apporté enfin une bonne nouvelle : le rétablissement de la liberté pour les médecins de prescrire un médicament qui, dès les premiers symptômes, permet de diminuer la charge virale, d'éviter la contagion et la dramatique saturation de nos hôpitaux. C'est-à-dire, à terme, de pouvoir s'affranchir de ce confinement à répétition, uniquement justifiable par le manque de lits en réanimation et l'épuisement des soignants. Ce confinement qui, comme vient de le marteler Gerd Müller, ministre allemand de la Coopération économique, causera bien plus de décès par suicide, faillite, effondrement psychologique et social que les contaminations virales qu'il est supposé empêcher.

Nous attendons avec espoir et impatience, Monsieur le Président, votre prochaine intervention qui ne manquera pas de nous accorder, enfin, le droit de nous soigner autrement qu'avec du paracétamol (1). Sinon, que devrons-nous conclure ? Que nous resterons enfermés jusqu'à l'été, où vous nous avez promis la divine apparition d'un vaccin miracle ? Toutes options, je suppose : le pack mercure, nano-puce et GPS intégré.

Montrez-nous que vous êtes toujours l'homme du renouveau

Lorsqu'il vous entendit décréter voilà sept mois l'ordre de confinement général, le sans-abri héros de mon roman L'Inconnue du 17 mars vous qualifia de « robot ménager » – expression que les médias se sont empressés de monter en épingle. Faites mentir mon personnage, Monsieur le Président. Prouvez que les complotistes ont tort de vous croire manœuvré par des puissances industrielles, pharmaceutiques et autres, qui feraient de vous un mixeur de diktats anxiogènes au service de leurs intérêts. Prouvez-leur qu'un président digne de ce nom est au-dessus des lobbys, comme il est censé être au-dessus des partis. Dissipez, s'il y a lieu, les vilains soupçons de conflits d'intérêts qui pèsent sur certains de vos conseillers scientifiques, depuis les révélations du Pr Perronne (2). Difficile d'y voir clair, dans ces empoignades de médecins qui se crêpent le caducée à longueur de talk-shows… Faites la lumière, Monsieur le Président. Ou faites sauter les fusibles, comme s'y emploient généralement les locataires de l'Élysée. En tout cas, dans notre intérêt comme dans le vôtre, changez radicalement de stratégie face à l'ennemi. Votre conseil scientifique ne vous a pas dit que la peur et le stress, il n'y a rien de tel pour affaiblir les défenses immunitaires qui nous protègent des agressions virales ?

Allez, Monsieur le Président, vous qu'on accuse de gouverner désormais en monarque absolu, face à un Parlement vidé par les jauges sanitaires, montrez-nous que vous êtes toujours l'homme du renouveau, du défi en marche et des solutions audacieuses, l'homme pour lequel jadis nous avons voté. Fort de vos vertus jupitériennes, employez-vous à foudroyer non pas le peuple, mais les puissances financières qui osent s'enrichir des conséquences d'une pandémie lucrative. Nous avons cru en vous, si fort. Nous ne voulons pas que vous laissiez dans l'Histoire l'image injuste que vous collent d'ores et déjà tant de Français broyés, égarés par la détresse et la révolte : celle d'un maréchal Pétain soumis à l'envahisseur Big Pharma. Inspirez-vous au contraire, pour de bon, de ce héros de la France libre dont vous avez pris la pose gaullienne, le jour où vous avez déclaré la guerre au virus. Soyez celui qui délivrera la France du joug de la peur mortifère, de l'impuissance répressive, du fatalisme assassin – bref, de la dictature sanitaire. Il est encore temps. Sinon, d'autres le feront à votre place.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à l'expression de ma considération encore vive.

* Didier van Cauwelaert est écrivain, dramaturge et réalisateur. Il a reçu le prix Goncourt en 1994 pour Un aller simple.

(1) Recommandé par notre ministère de la Santé, mais auquel Vigibase, la base de données mondiale de l'OMS concernant la sécurité des médicaments, impute 148 000 incidents en cinquante-deux ans, contre seulement 23 000 à l'hydroxychloroquine.

(2) Christian Perronne, « Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise ? »(Albin Michel)

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lundi 2 novembre 2020

Pourquoi la France pleure


Pourquoi la France pleure



Il faut faire ce décompte macabre, les amis. Depuis 2012, l’islamisme a fait 270 morts au pays de Saint Louis, de Bonaparte, de Jaurès et de De Gaulle. Les trois Français égorgés ou poignardés à , le 29 octobre, sont donc les derniers en date parmi ces vies livrées aux balles ou aux couteaux de boucher du djihad. Combien faudra-t-il de catholiques, de professeurs, de femmes, de militaires saignés comme des moutons pour que la  abandonne le monde des Bisounours, regarde enfin la situation en face et agisse ? Combien ? 500 ? 1 000 ? Davantage ? Que peuvent faire les Français ? Les actes politiques, nécessairement politiques, ne viennent pas. Et tandis que la France frémit entre impuissance et colère, plus de 400.000 immigrés légaux ou non continuent de franchir nos frontières chaque année, parmi lesquels combien de loups comme le tueur de Nice ? Ceux qui nous gouvernent nous rediront qu’il faut plus d’Europe, plus de mondialisme, qu’il faut augmenter les doses du poison qui nous tue. Il s’en trouvera pour les croire. Alors, je pleure.

Je pleure sur chaque nom des monuments aux morts qui se dressent dans nos villages. Ils ne sont pas morts pour la paix ni pour l’Europe, comme on nous le répète tous les 11 novembre. Ils sont morts pour la France, pour que leur mère patrie conserve son indépendance et ses frontières intactes. Ils ont offert, pour cela, leurs amours, leurs foyers, leurs rêves, leur avenir. Qu’avons-nous fait de leur sacrifice ?

Je pleure sur ces frontières bâties au long des siècles par tant d’efforts d’intelligence et de guerres pour protéger les habitants des agressions extérieures et que les politiques contemporains ont jetées aux poubelles de l’Histoire, au moment où nous en avions le plus besoin, avec une légèreté criminelle. Nous en payons le prix du sang.

Je pleure sur la souveraineté française à l’abri de laquelle le pays fut grand, sur cette indépendance si précieuse livrée à une Europe destructrice, judiciaire, froide et technocratique, épaulée par des structures mondialistes coûteuses qui ne protègent rien ni personne.

Je pleure sur ces régions entières où, aujourd’hui, la France n’est plus qu’un nom honni et détesté.

Je pleure sur ces Français qui ont voulu sauver leurs économies au prix de leur culture et de leur honneur. Ils perdront tout.

Je pleure sur les victimes, sur l’officier Beltrame, le père Hamel, sur ces hommes et ces femmes que la vie attendait et dont la vie a été tranchée nette. Le hasard n’explique rien : il y a, derrière ces drames, une longue lignée de responsables.

Je pleure sur les familles endeuillées, sur des pères, des mères, des épouses, des enfants, des amis qui subissent les conséquences de politiques folles et dont le bonheur ne reviendra pas. Je regarde nos compatriotes baisser la tête sans mot dire, supporter les « incivilités » et les crimes de ceux qu’ils ont accueillis. Ils n’en peuvent plus des fleurs et des bougies.

Je pleure sur cette partie de l’Église catholique comme aveugle et sourde au désespoir de nos compatriotes ; elle a perdu sa moelle épinière, sa foi, sa mission, sa lucidité et son courage. L’Église fut, jadis, le rempart contre les Barbares ; elle leur sert, aujourd’hui, de cheval de Troie.

Je pleure sur ceux qui entreprennent, prennent des risques pour l’avenir de leur famille, sans compter leurs jours ni leurs nuits. L’État les aide moins que certaines associations ou médias occupés à saper nos bases à grand renfort de subventions.

Je pleure sur ceux qui tentent encore d’endiguer le malheur en allant au contact, quoi qu’il en coûte : les gendarmes, les militaires, les policiers, les pompiers, les professeurs ; tandis que d’autres détournent courageusement le regard.

Je pleure sur les morts à venir quand le rythme des attentats, des dégradations et des reniements s’accélérera encore dans un État en décomposition.

Mais, les amis, à travers les âges, le destin des démolisseurs reste le même : à force d’ébranler les fondations et les murs de l’édifice, ils finissent écrasés sous ses ruines. Allons, nous reconstruirons. Tout.

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samedi 24 octobre 2020

La légèreté criminelle du progressisme





Face à la barbarie islamiste, les alertes ayant été nombreuses, le ras-le-bol de la politique de la bougie et le désir de mesures fortes pour sauver la France vont grandissant. En leur absence, une décennie noire pourrait débuter.

Allez, c’est reparti pour un tour : « sidération », bougies, proclamations, « bouleversantes » chansonnettes, « tous unis contre la barbarie », manif à Répu, union-sacrée, vous-n’aurez-pas-ma-haine, fleurs, l’imam Chalghoumi, « mesures fortes », peluches, « radicalisation », les-valeurs-de-la-République, l’immense-majorité-des-musulmans, la « résistance » sur Twitter et Facebook, la-guerre-contre-le-terrorisme. C’est reparti et, comme d’habitude, dans quelques jours, on n’en parlera plus. Jusqu’à la prochaine « sidération », les prochaines bougies, etc. Il faut croire que les Français ont pris le pli ; depuis Merah, deux-cent-soixante-sept kouffars sont morts sous les coups de l’islamisme. Mais les pouvoirs publics en sont encore à se demander s’il serait bien convenable d’expulser des étrangers en situation irrégulière qui prônent le djihad…


Le rapport Obin date de… 2004

Cette fois, c’était un professeur d’histoire-géographie. L’autre jour, un Tchétchène de dix-huit ans l’a saigné en pleine rue, et a ensuite exhibé sa tête sur les réseaux sociaux. Il s’appelait Samuel Paty, il avait quarante-sept ans, un enfant de cinq ans. Le 5 octobre, il avait soumis deux de ses classes à la liberté d’expression. Nous connaissons la suite, du moins dans les grandes lignes. On sait déjà que l’institution était « gênée » ; on sait que des « gamins » ont aidé l’assassin à le trouver. Cet engrenage « sidère », paraît-il. Moi, il ne m’étonne en rien. 

Les Territoires perdus de la République ont presque vingt ans. Le rapport Obin date de 2004, année de la loi contre le voile à l’école qui devait – dans l’esprit du législateur – clore l’affaire ouverte à Creil en 1989. Nombreux furent, dès le début des années 2000, les « réactionnaires » qui annoncèrent ce qui allait se produire. Dantec, Camus, Finkielkraut l’annonçaient. Il y eut Robert Redeker. Mais non, affirmait le camp du Bien, il n’y avait « aucun problème » avec l’islam. C’était même, ajoutaient les intellectuels organiques, en « stigmatisant » les musulmans que l’on risquait de rater le superbe train du multiculturalisme. Les historiens Olivier Pétré-Grenouilleau et Sylvain Gouguenheim devaient se taire ; Christiane Taubira expliquait qu’il ne fallait pas parler des traites interafricaines afin de donner une image positive de l’Afrique à ceux qui arrivaient ici par peuples entiers du fait de lois scélérates. Certes, pour savoir ce qui se passait quand on ne vivait pas avec la « diversité », il fallait être curieux, ne pas se payer de mots et de bons sentiments, ne pas être de ces « citoyens du monde » pour qui la France n’est qu’une réalité géographique et fiscale. Les alertes n’ont pas manqué. 


Ce sont les responsables du désastre qui prétendent le conjurer

Aujourd’hui même la gauche officielle défile. Les principaux responsables du désastre prétendent le conjurer. Ces gens n’ont honte de rien. C’est à se taper la tête contre les murs, non ? Et vous croyez vraiment que ces gus peuvent nous protéger des barbus ? Une fois « l’émotion » passée, ils vous vendront encore plus de « vivrensemble » – ils ont déjà commencé. Certes, les conséquences, ça, je crois qu’ils ont enfin un peu capté. Mais les causes…

J’avais une amie psychologue qui travaillait dans un centre pour réfugiés. Bien sûr, elle était de gauche. Elle s’occupait de « mineurs isolés » venus, pour l’essentiel, du Pakistan. Un jour, impavide, elle me racontait qu’elle devait « expliquer » aux jeunes hommes que non, ce n’était « pas bien » de vouloir brûler une « sœur » parce qu’elle flirtait avec un « mécréant ». On fait quoi avec ça ? Des sorties poney ? L’ironie suprême de la chose, c’est que mon amie était Yougoslave, qu’elle avait vécu les deux guerres, et qu’elle les attribuait fort justement en premier lieu à la volonté de ne pas du tout « vivrensemble » des Bosniens et des Kosovars. L’expérience lui prouvait donc que l’islam ne manifestait pas une « altérité » folle. Elle pensait d’ailleurs que la France risquait le même sort, mais elle restait de gauche : ses « valeurs » lui importaient bien plus que le destin de son pays – d’adoption, en l’occurrence. Partout, depuis l’hégire, les non-musulmans sont, en terre d’islam, au mieux, des citoyens de seconde zone. Le Coran le dit : la communauté des croyants est supérieure aux autres. D’obscurs imams formés dans un kebab, des politiciens sots ou calculateurs, des journalistes jamais revenus de leurs vacances dans un riad de Marrakech peuvent le nier, la lettre est têtue – et pour un musulman conséquent, la lettre est tout.  


Désarmés, au propre comme au figuré

Le progressisme refuse catégoriquement de considérer les cultures pour ce qu’elles sont ; plein d’orgueil, il croit que tous les hommes ont envie de le rejoindre. Il a fait et continue de faire preuve vis-à-vis de l’islamisme qu’une légèreté criminelle. Du reste, si les flots d’immigrés – pour la plupart musulmans – qui pénètrent chaque année en Europe étaient faibles, peut-être pourrions-nous les assimiler. Mais c’est par centaines de milliers que, chaque année, nous accueillons des individus qui, majoritairement, ignorent tout voire méprisent notre histoire, notre culture, nos coutumes et nos mœurs. Qu’est-ce qu’une femme en mini-jupe pour un paysan soudanais ? Qu’est-ce que la laïcité pour un clandestin afghan ? Qu’est-ce que la liberté d’expression pour un réfugié tchétchène ? 

Le pouvoir macroniste pourra prendre les « mesures » les plus « fermes » – et je ne crois pas un seul instant qu’il le fera –, il devra du reste affronter un autre pouvoir qui, depuis trop longtemps, s’occupe de ce qui ne le regarde pas : la justice. C’est la magistrature française qui, par l’intermédiaire du GISTI, a défendu victorieusement le regroupement familial ; c’est le Conseil d’État qui a consacré le délirant « droit de mener une vie familiale normale ». Dominée intellectuellement par le trotskyste Syndicat de la magistrature, cette dernière s’émeut à chaque fois qu’un ministre évoque la possibilité de réviser le droit des étrangers. Par ailleurs, le droit communautaire va encore plus loin ; le juge européen consolide régulièrement le droit, pour quiconque, de venir s’installer dans l’UE. Plus généralement, c’est toute la machinerie européiste qui promeut l’immigration comme une nécessité et un devoir. En 2017, le commissaire Dimitris Avramopoulos, tout sauf un anar, déclarait : « Nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais arrêter l’immigration. Nous devons tous être prêts à accepter l’immigration, la mobilité et la diversité comme nouvelle norme et à adapter nos politiques en conséquence. C’est un impératif moral, mais aussi économique et social pour notre continent vieillissant. » Au fond, rien de nouveau sous le soleil : le gauchisme a toujours été l’idiot utile du capital.  

Il conviendrait encore, bien sûr, de parler du « monde de la culture », de l’Université, des médias, des associations, de la loi Avia, de BLM, etc. Mais je dois faire court. Court comme le temps qu’il nous reste avant que la France ne sombre dans la guerre civile. À présent, chacun d’entre nous doit, comme le dirait le préfet Lallement, choisir son camp. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Un jour, ce sera peut-être votre mère, votre fils, vous-même ; cela aura lieu dans la rue, le métro, au bureau, au restaurant… C’est parti, et ça va durer. Désarmés, au propre comme au figuré, nous pourrions être rentrés dans une décennie noire.

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La République

 

 

 

 

 

Comme en écho à L'UN DE MES RÉCENTS BILLETS :

(En un peu plus long il est vrai).

« Je m’en fous de la République »

« La République attaquée », « le visage de la République », « la République décapitée », « les valeurs républicaines »… Quelle litanie ! On finirait par en avoir la nausée !

Ah merde, on en aura soupé ces jours-ci de la République, à toutes les sauces, les plus fadasses, sur toutes les ondes et tous les tons, avec des trémolos dans la voix et du pathos citoyenniste à tartiner. Rien à foutre de la République. C’est une vieille vache depuis longtemps réformée, depuis longtemps couchée. D’ailleurs, tout le monde a couché avec elle. Elle est ménopausée, boiteuse, pelée, sans attrait. Aucune crème anti-âge n’en restaurera le lustre. Kaput, c’est le cas de le dire. Finie, vieille fille, vieille peau. Qui aurait envie de l’attaquer ? Ce n’est du reste pas elle qui a été ciblée à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre. Jamais Abdoullakh Abouyezidvitch Anzorov, « serviteur d’Allah », ne l’a citée dans son message posté sur Twitter. Il a exécuté un « chien de l’enfer », un « infidèle ». Les djihadistes s’en cognent, de la République ; ils ne savent même pas ce que c’est. Ils ne connaissent que le Dar al-Islam (le domaine de l’islam) et le Dar al-Harb (le domaine de guerre). La République est une terra incognita pour eux, elle n’existe pas dans la géographie islamique. La… quoi ! Pas la France. « La France, nation croisée », ça ils connaissent, comme les Français, quels qu’ils soient : « païens », « chrétiens », « juifs », tous « infidèles » et « mécréants ». Nous voilà en territoire connu pour un djihadiste.

Et la France, bordel !

Dans son Paroles armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste (2015), Philippe-Joseph Salazar a montré combien cette parole islamiste est performative : elle fait exister ce qu’elle désigne, ce qu’elle dénonce, ce qu’elle combat. Or, jamais elle ne désigne la République française, mais toujours la France. En appeler de manière incantatoire à la République, c’est encore une façon de ne pas aborder le problème ; c’est toujours s’enfermer dans le déni, dans l’aveuglement, dans l’illusoire croyance d’une résorption du tragique de l’histoire par la pensée magique. Car tout cela relève de la pensée magique, ce qui ne manque pas de piquant, au passage, pour des gens qui ne jurent que par le rationalisme des Lumières. Comme si ce mot – République – avait le pouvoir d’effacer la violence du réel. En ne s’en tenant qu’à elle, qu’à la sacro-sainte laïcité, on veut maintenir la possibilité d’une cohabitation entre des communautés irréductiblement étrangères les unes aux autres. Préserver, coûte que coûte, l’illusion du « vivre ensemble ». Ainsi procède la rhétorique républicaine. Elle pèche par métonymie. Métonymie : prendre la partie pour le tout, la forme pour le fond. Meilleur moyen d’occulter le fond du problème. Et ce faisant, de se risquer à le régler.

La République n’est que la forme politique de la France, sa structure, pas son essence. La France a précédé la République et on peut imaginer sans peine qu’elle lui survivra. Elle est contingente, pas substantielle à la chair même de la France, si j’ose dire. C’est une abstraction, politique, juridique ; une pseudo-réalité procédurale dominée par la neutralité axiologique de l’État et de la loi, arbitre et garant du néant communautaire ; le lieu d’une désincarnation radicale, n’en déplaise à Macron (« Samuel Paty incarnait… ») Est-ce que les poilus de 14, est-ce que les résistants de 40 mouraient pour la République ? « Ah, je combats pour la Troisième République, je meurs pour le radical-socialisme ! » Oh, la bonne blague. Non, ils mouraient pour la France. Comme le disait Houellebecq il n’y a pas si longtemps, « l’athéisme est mort, la laïcité est morte, la République est morte ». Aucun requiem ne les fera revivre. Amen !

 

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lundi 12 octobre 2020

Remettre l'Église à sa place

 

 



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S’il est heureux que le Pape critique le néolibéralisme, l’individualisme ou l’égoïsme qui nous minent, son attaque en règle contre les nations est malvenue. Analyse de la dernière encyclique (très politique) du Pape François.


Résumons en une phrase le propos de la dernière encyclique du Pape François, Fratelli Tutti (Tous frères ndlr), rendue publique le 4 octobre dernier et que l’on peut lire dans sa traduction française officielle ici : « les barbares et les fanatiques sont nos frères humains, laissez-les détruire votre civilisation pendant que je jouis de la contemplation de ma propre générosité et de votre martyr. »

Autre observation : sous les applaudissements d’Al-Azhar, instance inféodée à l’islam théocratique, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, excusez du peu.

Bien sûr, l’encyclique ne se limite pas à cela. Il y a des constats justes, des critiques fondées, des sévérités méritées. Il y a des aspirations nobles, qu’il est nécessaire de raviver. Mais les exhortations de François deviennent criminelles à force d’être hors sol, ou plutôt : tant leur application serait catastrophique. Car, et le Pape ne peut pas faire semblant de l’ignorer, cette application serait nécessairement unilatérale, donc suicidaire.

Tant pis pour les conséquences

Mais François a fait son choix : au lieu d’affronter la tension – oserais-je dire la crucifixion ? – entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, entre les grands principes et leurs conséquences concrètes, le Pape se réfugie dans les seuls principes, sans proposer de véritables critères de discernement pour les appliquer à la complexité du réel, et tant pis pour les conséquences. Il cite l’Afrique du Sud pour parler de l’installation d’une paix juste après une longue période d’oppression : ne sait-il pas la criminalité d’une atroce brutalité qui ravage ce pays ? Après deux mille ans de réflexions et d’expérience, l’Église n’aurait-elle rien de mieux à proposer qu’une caricature, ne verrait-elle que le martyr comme alternative à l’égoïsme et à la prédation ?

Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique!

François, qui dans une précédente encyclique (Gaudete et exsultate, paragraphe 118) considérait que « l’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations », n’appelle pas au don de soi mais au sacrifice des siens pour atteindre sa propre sainteté. En apparence, il ne fait qu’exiger l’application stricte de ce passage des évangiles : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas ton bien à celui qui s’en empare. » (Luc 6, 29-30) Mais en le prenant au pied de la lettre, sans la moindre nuance et sans l’apport de la tradition (bel exemple de fondamentalisme), il nous demande d’accepter la destruction de tout ce qui nous a été transmis pour voir nos enfants livrés à la barbarie et notre civilisation dépecée au profit de l’Autre, cet Autre fantasmé dont il a fait son Christ et son dieu.

Nouvelles idolatries

Fratelli Tutti confirme hélas mes précédentes analyses au sujet du Pape François et de son idéologie : la compromission avec les islamistes sur fond d’une vision absurdement idéalisée des religions monothéistes, contredite tant par le jihad que par les bûchers de l’Inquisition, la détestation manifeste de l’Europe, l’idolâtrie des migrants et une étrange vision du christianisme dont l’aboutissement serait le sacrifice de la chrétienté, voire de l’Humanité. Critiquer sans nuance, même au détour d’une phrase, la baisse de la natalité (paragraphe 19) alors que la bombe démographique est une réalité, c’est semer partout et pour tous les peuples du monde les graines du chaos et de la misère.

Le leitmotiv de « l’ouverture », au lieu de s’appuyer sur l’incroyable richesse de connaissances d’une Église qui est tout de même la plus ancienne institution humaine, pour analyser les succès et les échecs du passé, préfère s’enfermer dans la théorie pure en niant totalement le fameux paradoxe de la tolérance de Karl Popper. Lorsque François écrit « les cultures différentes, qui ont développé leur richesse au cours des siècles, doivent être préservées afin que le monde ne soit pas appauvri » comment ne pas avoir envie d’acquiescer ? Mais vient alors la question : et lorsque ces cultures reposent sur des injustices profondes, telles que le sexisme, le refus de la liberté de conscience, ou jadis les sacrifices humains ? Delenda Carthago ! Rome aurait-elle dû laisser se perpétuer les sacrifices d’enfants jetés vivants dans les flammes à la gloire de Moloch ? Nous, Occidentaux, avons-nous eu tort d’imposer au reste du monde l’abolition de l’esclavage ? À cela, François ne répond pas. Et quand on sait que cette phrase se retrouve dans un paragraphe (le 134) consacré à l’accueil des migrants, on comprend que le Pape ne nous encourage pas à préserver notre culture en même temps que nous respectons celles des autres, mais à accepter la fragmentation, la libanisation de notre pays au nom du multiculturalisme. Il n’est pas surprenant que Jean-Luc Mélenchon, dont le parti courtise sans retenue la mouvance indigéniste et décoloniale, ait salué cette encyclique avec autant d’enthousiasme ! « Ses mots ressemblent assez aux miens pour que j’en sois ému » écrit le tribun d’extrême-gauche. Il a raison, et par moment on croirait même entendre ceux de Rokhaya Diallo : irrémissible culpabilité des Occidentaux et innocence ontologique de tous les autres.

Vers une gouvernance supra-nationale?

Enfin, écrivant « nous pouvons alors affirmer que chaque pays est également celui de l’étranger, étant donné que les ressources d’un territoire ne doivent pas être niées à une personne dans le besoin provenant d’ailleurs » (paragraphe 124) le Pape s’oppose de fait à l’idée même de souveraineté des états. Il fait l’éloge de la gouvernance supra-nationale, et ne la modère que lorsqu’il s’agit de combattre l’influence culturelle occidentale. Concrètement, c’est l’idée de Nation et la légitimité du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes que l’encyclique rejette – du moins pour les peuples occidentaux.

Non que je fasse l’éloge d’égoïsmes nationaux débridés, de l’utilisation égocentrique des biens dont nous disposons, ou de l’indifférence aux besoins des autres, quels que soient ces autres, proches ou lointains. La priorité à donner au bien commun est un authentique impératif moral. Mais toute la question est l’articulation de cet impératif incontestable avec un autre impératif, celui du soin particulier que je dois avoir pour ceux qui me sont plus spécialement confiés : mes enfants, mes amis, mon peuple. Et je ne peux qu’être profondément déçu de constater qu’encore une fois le Pape, qui pourtant revendique l’autorité de la sagesse qui présida à la naissance du Cosmos, est incapable de concevoir une autre alternative à l’égoïsme que de se laisser dépouiller sans réagir par les premiers venus.

Il y a encore un aspect de l’encyclique qui doit être souligné, un étrange péché d’orgueil : sous les applaudissements d’Al-Azhar, François a déclaré obsolètes Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, pourtant deux des plus grands théologiens catholiques. Des explications s’imposent.

L’université Al-Azhar, l’une des instances de référence de l’islam sunnite, a salué publiquement l’encyclique Fratelli Tutti et s’en est réjouie. Elle avait en revanche qualifié « d’acte criminel » la réédition des caricatures de Charlie. Son Grand Imam, Ahmed Al-Tayeb, avait aussi déclaré en 2016 que « les savants de l’islam et les imams des quatre écoles juridiques (du sunnisme) considèrent que l’apostasie est un crime, et sont d’accord pour affirmer que l’apostat doit renoncer à son apostasie, ou être tué » et conclu en citant ce hadith tristement célèbre : « Le sang d’un musulman qui atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que je suis le Messager de Dieu est illicite sauf dans trois cas : l’homicide volontaire, le fornicateur qui a déjà connu le mariage et l’apostat qui quitte l’islam et abandonne la Communauté musulmane. » (Sahih d’Al Boukhari, livre 87, hadith 17) Depuis, Ahmed Al-Tayeb a affirmé qu’il était malvenu de demander des comptes à Al-Azhar au sujet de cette mise à mort des apostats, dans la mesure où en Égypte il y a des athées qui passent à la télévision et ne sont pas tués ! Circulez, il n’y a rien à voir. Rappelons donc que dans la quasi-totalité des pays musulmans l’apostasie est interdite et punie par la loi, et passible de la peine de mort dans douze d’entre eux. Cas concret parmi d’autres : un musulman qui voudrait se convertir au christianisme, c’est-à-dire en termes chrétiens répondre à l’appel du Christ Lui-même.

Mais voici ce qu’écrit François : « je me suis particulièrement senti encouragé par le Grand Imam Ahmed Al-Tayeb », et à plusieurs reprises il se réfère à leurs déclarations communes. Disons-le autrement : Fratelli Tutti est une encyclique que le Pape a écrite sous les encouragements d’un homme dont il dit partager bien des convictions, un homme qui pourtant cautionne pleinement le fait que sa religion à lui, et les états dont la législation s’en inspire, condamnent à mort ceux qui voudraient devenir chrétiens. N’y aurait-il pas comme un problème ?

Jamais plus la guerre?

Ce n’est pas tout. Depuis vingt siècles, l’Église réfléchit à la notion de « guerre juste », aussi bien par le jus in bello (droit dans la guerre ; comment se comporter en cas de guerre) que le jus ad bellum (droit de faire la guerre : quand le recours à la guerre est-il possible ?). Suivant l’impulsion donnée par Platon, Aristote, puis Cicéron, les Pères de l’Église ont cherché à concilier les béatitudes avec un constat de simple bon sens. En termes modernes, nous pourrions présenter ce constat ainsi : toute doctrine dont l’application conduirait à se ranger du côté de Chamberlain contre Churchill et à préférer Hitler à la guerre est une doctrine fondamentalement viciée.

Tâche ardue s’il en fut ! Mais que l’on adhère ou non au résultat final, nul ne peut nier la profondeur intellectuelle et morale de ce qui a été patiemment élaboré, notamment par Saint Augustin, puis Gratien, et trouva sa forme sans doute la plus aboutie chez Saint Thomas d’Aquin.

Or Fratelli Tutti, après avoir condamné à juste titre des dérives récentes dans l’interprétation de la « guerre juste » et notamment dans le recours à la « guerre préventive », affirme surtout en conclusion sur le sujet (paragraphe 258) : « Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! » Ces « critères rationnels, mûris en d’autres temps » qu’il serait « très difficile aujourd’hui de défendre » ce sont ceux du Docteur Angélique, balayés d’un revers de la main par François.

On pourrait lui répondre tout simplement en lui retournant ce qu’il écrit lui-même (paragraphe 13) : « Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? »

Et cette injonction : « Jamais plus la guerre ! » Aspiration eschatologique, désir de Fin des Temps, car ce moment où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira » (Isaïe 11,6) n’est pas un projet historique humain, mais l’annonce de la fin de l’histoire humaine. « Jamais plus la guerre ! » slogan lénifiant d’un ridicule achevé dans un monde où les tyrans assoiffés de conquêtes et les foules affamées de violence sont une réalité, y compris à nos portes – je pense par exemple à Erdogan et à ses soutiens. Ridicule aussi, l’appel du Pape à renoncer définitivement à l’arme nucléaire, lorsque l’on sait que le Pakistan en dispose et que, bien évidemment, ce pays qui soutient les Talibans et pratique la peine de mort pour blasphème se moque des injonctions de François comme de sa première lapidation. Ce sont là des réflexions que j’ai déjà eu l’occasion de développer.

Qu’est donc devenue l’Église qui permit jadis l’épanouissement de l’idéal chevaleresque ? Qu’est devenue l’Église de Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, lui que Soliman le Magnifique, loin des embrassades hypocrites de François et Ahmed Al-Tayeb, fit saluer à sa mort dans les mosquées de son empire en y proclamant : « Croyants, apprenez d’un infidèle comment on accomplit son devoir jusqu’à être admiré et honoré de ses ennemis » ? Qu’est devenue l’Église de Jeanne d’Arc, elle qui sut lutter autant contre les ennemis de son pays que contre les crimes qu’aurait pu commettre sa propre armée, elle qui porta haut l’exigence éthique sans fuir le devoir de combattre ? Et que l’on permette au païen que je suis de s’incliner devant cette jeune fille, héroïque et sainte, et de saluer dans ses actes l’accomplissement du long cheminement moral qui s’écrivit pour la première fois en Occident dans l’Iliade, lorsque Priam et Achille reconnaissent par-delà l’affrontement leur commune humanité.

Un texte médiocre qui malmène la fille aînée de l’Église

François lui-même l’affirme : nous sommes dans un monde en crise, parcouru de tensions croissantes. À notre petite échelle nous parlons, et c’est malheureusement exact, de l’ensauvagement de notre société. Les professionnels, qui eux ont le courage de penser le réel, nous mettent en garde : nous devons nous préparer à des conflits de haute intensité. Nous n’avons pas besoin de rêver d’un monde sans affrontements, nous ne consacrons déjà que trop de temps à nous réfugier dans ce rêve, nous avons besoin de réfléchir à l’éthique du combat, nous avons besoin de pistes concrètes pour empêcher que la guerre, qui est toujours un drame terrible, ne devienne une monstruosité sans nom. Vouloir la paix, ce n’est pas s’imaginer que tout le monde la voudrait mais se donner les moyens concrets de l’obtenir. C’est, sans s’engager dans une logique de surenchère destructrice, se souvenir tout de même qu’aucun peuple désarmé n’a jamais vécu bien longtemps à la fois en paix et libre. Si vis pacem, para bellum. L’Église qui fut celle des chevaliers, et plus récemment celle d’Arnaud Beltrame, n’aurait-elle donc plus rien à apporter à cette réflexion commune ?

Et même en faisant abstraction du fond, notons qu’il y a fort peu d’humilité chrétienne dans le mépris évident du Pape pour les travaux de Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, sans même parler de Platon, Aristote ou Cicéron, alors que tous les cinq le dépassent manifestement de très loin sur le plan intellectuel et – au moins pour Platon et l’Aquinate – sur les plans spirituel et théologique.

Dernier point. Le chef de l’Église Catholique vient de diffuser un enseignement qui, on l’a vu, attaque la légitimité de notre état et le droit de notre peuple à disposer de lui-même. Dès lors, il ne serait pas absurde que le gouvernement convoque le Nonce Apostolique, et que le ministre de l’Intérieur impose au clergé catholique français de se désolidariser officiellement de cette encyclique pour continuer à prêcher. Nous voulons à juste titre imposer aux musulmans de placer l’exigence d’éthique et de vérité, mais aussi les lois de la République et la loyauté envers la France, au-dessus des injonctions du Coran. Nous devons imposer aux catholiques, et plus encore les catholiques de France doivent s’imposer à eux-mêmes, de montrer l’exemple en plaçant cette même exigence, ces mêmes lois et ce même pays au-dessus d’une encyclique aussi arrogante que médiocre.

Après tout, on sait depuis Philippe le Bel que la Fille Aînée de l’Église n’a pas attendu d’être laïque pour remettre périodiquement sa mère à sa place.

vendredi 9 octobre 2020

Une tribune de Robert Ménard


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Robert Ménard : Plus de droits pour les animaux, moins pour les enfants… La France a la tête en bas

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/ Mercredi 7 octobre 2020 à 11:00
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PMA, interruption médicale de grossesse… Pour le maire de Béziers Robert Ménard, la société française est aujourd'hui confrontée à une inversion des valeurs, qui voit les animaux de plus en plus protégés quand les enfants sont, eux, de plus en plus exposés.

Nous vivons l’inversion. L’inversion des valeurs. Nous vivons la tête en bas. Les délinquants récompensés, les victimes accusées, les « sans-papiers » régularisés en masse, les squatteurs protégés, choyés, les pompiers caillassés, les mineurs non accompagnés qui ne sont pas mineurs, le droit des gens, le droit des animaux, le droit des choses peut-être, tout s’est fondu en un magma incandescent. Il faut se protéger, c’est brûlant, on a peur d’y toucher. La plupart d’entre nous préfère désormais se replier, se recroqueviller. Faire comme si. Le sort en est jeté. Le bon sens populaire est fatigué. Le peuple est las.

La crevette, le moustique ont des droits ; l'enfant a seulement celui d'être trucidé au dernier jour de la grossesse

Tout brûle et nous en sommes à regarder les flammes lécher lentement la civilisation faite de bois millénaire. C’est Notre Dame carbonisée à travers les écrans des smartphones touristiques. Nous sommes scotchés au siège du téléspectateur. Tout est à l’envers ou presque. Et si on regarde bien, si on ouvre l’œil, dans le ciel de cette folie, nous observons deux courbes lumineuses qui déchirent l'obscurité. L'ascension, imparable, du droit des animaux. La chute, brutale, dans un puits sans fond, du droit des enfants. L'abscisse et l'ordonnée d'un monde en pagaille où les données crépitent comme des cellules cancéreuses.

On ouvre les cages des animaux sauvages, on libère les dauphins, on veut interdire la chasse, la chasse à courre devient du fascisme rural. L’humanité doit se repentir, à tout prix, c’est l’ère des chatons qui pullulent sur le Web, le miaulement de fin du monde d’une société Walt Disney. L’animal n’est plus qu’un être positif, un sourire, un nounours gentil de dessin animé. Il a des droits, même la crevette, même le moustique, une ribambelle de droits. Comme jamais. Au même moment, le petit d’homme a reçu celui d’être trucidé au dernier jour de la grossesse. Au dernier jour. Celui d’avant le premier cri. Dans la quasi-indifférence de l’Assemblée nationale. Avec la bénédiction de la quasi-totalité des médias.

Nous sommes la tête en bas, comme le nouveau-né qu'on peut désormais supprimer en un geste. Oui, grâce à cette nouvelle loi sur l'Interruption Médicale de Grossesse, l’avortement est devenu mécanique, un avortement sans discussion, jusqu’au bout. Et même sans doute après ? Que vaudra vraiment la vie d’un être humain après cette loi de boucherie ? Qui pourra encore échapper longtemps à l’étal glacial où l'on posera le bout de chou rayé du monde parce que la mère justifiera d'une « détresse psychosociale » ou parce que l’enfant avait « un défaut » ?

Macron supprime législativement le père mais étend le congé paternité à 28 jours

Pour les enfants qui auront évité la mort, la « loi » a déjà réservé une autre surprise : on a flingué papa. Bon, il y aura encore un relent de papa en arrière-cuisine, sans doute pour quelques temps, mais la Macronie a mijoté une gastronomie plutôt exotique. Le bébé pourra naître au milieu de deux mamans, ou trois qui sait. Il vivra ses premiers mois au cœur d'un trouple, au sein d'une famille pansexuelle pourquoi pas ? Le papa n’est plus qu’une option, et être père aura la validité et la longévité d’une appli téléchargeable.

Pendant que le dauphin n’aura plus à faire le clown avec un ballon à Marineland, l’enfant n’aura plus le droit à une famille normale. Oui, je sais, ce terme défrise le camp du Bien, mais j’assume. Un père et une mère, tant pis si ça dérange. C’était bien le droit le plus basique pour un bébé. Autant que celui de vivre, même avec un handicap. Mais tout cela, ils s’en foutent. Entre les écolos qui ne veulent pas avoir de gosse pour diminuer leur bilan carbone et les marchands de PMA qui pensent déjà au fric qu’ils vont palper, l’avenir est sombre pour les enfants. On entre dans l’ère de l’ironie : quand Macron supprime législativement le père, il offre « le congé paternité » étendu à 28 jours ! Et pense, dit-il, « à ces enfants qui ont besoin de leur papa ». Sinistre plaisanterie.

Le processus est enclenché. Et on ira toujours plus loin. Parce que, sauf exceptions, droite et gauche ont déjà la tête en bas depuis longtemps. L’ère de l'euthanasie décomplexée parachèvera la grande inversion. La vie humaine finira en bas de l’échelle, écrasée sous le pied des experts du Bien. Mais les tigres ne seront plus en cage.

mercredi 3 juin 2020

L'explication impossible



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L’antiracisme, c’était mieux avant! Ou du moins, c’était plus facile à expliquer. Dans les émeutes américaines (Black Lives Matter) comme dans la manifestation parisienne d’hier (“Justice pour Adama”), nous observons un antiracisme dévoyé qui entend substituer a l’universalité du message antiraciste des rapports de domination entre groupes raciaux qu’il faudrait inverser…
– Dis-moi Papa…

– Oui ma puce.

– Tu as vu ce que le policier a fait à l’homme noir aux États-Unis ?

– Oui, c’est abject.

– Il paraît que la police là-bas est raciste ?

– Il y a en effet un racisme systémique aux Etats-Unis.

– Papa, ça veut dire quoi cystite ?

– Systémique pas cystite ! Cela signifie qu’il y a un racisme endémique au sein de la pol… euh, bon, ça veut dire qu’il y a un vrai problème de racisme dans la police américaine si tu préfères.

– Mais papa, il paraît qu’il y a deux fois plus de Blancs que de Noirs tués chaque année par les policiers aux Etats-Unis.

– Tu ne peux pas comparer. Il n’y a que 13 % d’Afro-Américains aux Etats-Unis contre 63 % de Blancs non hispaniques. C’est mathématique, les Blancs sont en proportion presque cinq fois plus nombreux là-bas.

– C’est compliqué le racisme papa, il faut sortir sa calculatrice.

– Il faut lutter contre le racisme tu sais, c’est le mal absolu. On a massacré des millions de gens dans notre histoire à cause du racisme.

– Il paraît aussi que là-bas, en 2018, il y a deux fois plus de Noirs qui ont tué des Blancs que de Blancs qui ont tué des Noirs. Cela veut dire que les Noirs sont deux fois plus méchants, ou deux fois plus racistes que les Blancs ?

– Cela n’a rien à voir…

– Mais là aussi c’est mathématique pourtant papa !

– Non… mais… euh… d’abord, ou est-ce que tu as entendu ça ?

– C’est une journaliste américaine, Candace Owens, qui l’a dit…

– Elle est blanche ?

– Non, noire.

– Ah… Tu as fait tes devoirs sinon ?

– Oui papa. Tu as vu les images des émeutes aux Etats-Unis, ou encore à la télé l’autre soir en France, pour Adama Traoré, ça fait peur. Les gens, ils sont très violents…

– Oui, ce n’est pas bien du tout. Mais tu sais, il faut le comprendre aussi, les Noirs et pas seulement eux d’ailleurs ont été extrêmement choqués par ce qui s’est passé. Ils ne supportent plus le racisme dans la police.

– Cela veut dire qu’après chaque attentat islamiste chez nous, tu comprendrais si les gens s’en prenaient aux mosquées et…

– Surtout pas ! Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser toute la population musulmane, qui n’a rien à voir avec ça.

– Je ne comprends pas.

– Qu’est ce que tu ne comprends pas ?

– Quand un policier blanc tue un Noir, tu me dis qu’il y a du racisme dans la police et quand un musulman tue des gens en criant « Allah akbar », tu me dis à chaque fois que ça n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire l’anagramme et synthétiser les musulmans.

– Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser je t’ai dit. Mais là encore, ce n’est pas comparable. La police a le monopole de la violence légitime, elle se doit d’être irréprochable. C’est extrêmement grave ce qui s’est produit à Minneapolis…

– Un policier qui tue un délinquant noir c’est plus grave qu’un islamiste qui tue volontairement une vieille dame ou des enfants juifs ?

– Évidemment que non, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !

– Mais alors pourquoi dans un cas il ne faut surtout pas faire l’Amsterdam et la stérilisation et dans l’autre cas, on peut… ?

– L’amalgame et la stigmatisation ! Écoute Sophie, il vaut mieux qu’on parle d’autre chose, hein.

– Oh non, tu vas encore me parler de Formule 1, pfuuuhhh….

– Et pourquoi pas, c’est cool la Formule 1 non ?!

– Il y a ton pilote préféré, Lewis Hamilton, qui vient de déclarer que la Formule 1 est dominée par les Blancs.

– Il a raison, il faut que ça change, le monde doit évoluer et combattre ce type d’injustice.

– Il faudrait donc aussi que le basket et la course à pied ne soient plus dominés par les Noirs ou encore qu’il y ait moins de Noirs en équipe de France de football ?

– Euh… il faut que tu comprennes. Historiquement, les Noirs ont été victimes de l’esclavage et aussi, tout comme nos amis arabes, de la colonisation et du coup…

– Il n’y a que les Noirs qui ont été victimes de l’esclavage et de la colonisation ?

– Non. Mais lors des derniers siècles, ce sont eux qui…

– Ma maîtresse, elle nous a dit que Charles Martel avait arrêté les Arabes à Poitiers en 732 et que l’Espagne avait été colonisée par les musulmans pendant huit siècles…

– Sophie, tu m’enquiquines, va te laver les dents !

– C’est déjà fait papa.

– Tu as téléphoné à mémé pour lui fêter son anniversaire ?

– Mais papa… mémé est morte.

– Ah oui, c’est vrai.

– Papa, j’ai une dernière question.

– Mouais…

– A la télé, ils nous ont montré les images de l’agonie de l’homme tué par le policier. Mais pour l’attentat du Bataclan, on ne nous a pas montrés les images de la vidéosurveillance…

– Parce que les images de l’attentat étaient particulièrement choquantes et qu’il ne faut pas faire de la pub aux terroristes.

– Mais là aussi les images sont choquantes et on fait de la pub aux racistes !

– Ce n’est pas pareil. On montre aux gens les méfaits du racisme.

– Et pourquoi à la télé ou dans les journaux, ils ont souvent montré la photo du petit Syrien mort sur la plage et jamais la photo des enfants juifs assassinés dans l’école, à Toulouse ?

– Bon Sophie…

– Au fait papa, c’est quoi la différence entre un raciste et un antiraciste ? Parce que dans les deux cas, ils ne voient que la couleur de la peau des gens au lieu de voir les gens eux-mêmes, non ?

– Tu ne peux pas comparer. Dans un cas, c’est une horreur, dans l’autre ça part d’un bon sentiment.

– Un peu comme la différence entre le communisme et le fascisme ? Dans un cas, ça part d’un bon sentiment, dans l’autre c’est une horreur, mais dans les deux cas ça ne donne rien de très bon…

– Écoute, ça commence à bien faire Sophie, va au lit maintenant !

– Mais… il n’est que 19h28.

– Je ne veux pas le savoir. Bonne nuit !

– Papa, je peux écouter la radio au moins. Parce que je vais mettre du temps à m’endormir là…

– Oui, mais uniquement Radio France alors.

– Une fois, je suis tombé par hasard sur France Culture. Je n’ai pas compris grand-chose, mais j’ai entendu un vieux monsieur qui a dit : un Arabe qui incendie une école, c’est une révolte, un Blanc c’est du fascisme.

– Euh… tu n’as qu’à lire Tintin alors. Mais pas Tintin au Congo hein !

– De toute façon tu l’as jeté à la poubelle.

– Allez, bonne nuit ma puce.

– Au fait papa. Doit-on dire un Noir on un homme de couleur ? Parce que tout ceci n’est pas clair.

dimanche 31 mai 2020

Le droit d'être ignare



Il y a deux leçons certaines à tirer de cette longue période d’enseignement à distance — que d’aucuns voudraient voir perdurer pour des raisons diverses, parfois diamétralement opposées : les hypocondriaques parce que l’absence de contact avec les gamins porteurs de germes les rassure, les paresseux parce que jamais meilleure occasion de ne pas travailler ne s’est présentée, et les contempteurs de la fonction publique, parce qu’ils y voient une splendide opportunité de diviser par dix le nombre d’enseignants. Sans compter certains élèves qui, las de servir de cibles vivantes à la racaille qui les traite d’« intellos » en les bousculant au passage et en les rackettant à l’occasion, ont adoré cette possibilité soudain offerte d’étudier au calme.
La première leçon, c’est que l’efficacité d’un enseignement en « distanciel » est inversement proportionnelle à l’âge des élèves. La présence effective d’un enseignant est essentielle en Primaire. Plus grands, la présence effective de l’enseignant est secondaire. Cambridge vient d’annoncer l’annulation totale de ses cours en direct pour toute l’année 2020-2021. Leurs étudiants sont certainement capables d’apprendre via des visio-conférences, ou par des cours assénés depuis l’abîme du temps et de l’espace.
La seconde leçon est corrélée à la première : plus l’élève appartient à des classes sociales privilégiées, mieux il se passera de l’enseignant ; en revanche, ceux qui n’ont pas la culture sur l’évier, si je puis dire, ont le plus grand besoin d’une relation effective / affective, face-à-face — sans doute parce qu’il y a une bonne part de substitution et de transfert dans la relation enseignant / enseigné.
À partir de là, on peut croiser les avantages et les inconvénients de ces deux tendances lourdes. Si vous venez d’un milieu peu cultivé, où le français n’est pas la langue d’usage, où le livre est un objet inconnu, presque hostile, vous avez besoin d’un enseignant face à vous, et d’autant plus si vous êtes plus jeune.
Le confinement a délibérément sacrifié des mômes de tous les âges qui ne demandaient souvent qu’à apprendre — et dont il est évident aujourd’hui que grâce à l’action combinée des pouvoirs publics, affairés à ne pas mériter la corde pour les pendre, et d’enseignants essentiellement attachés à leur intégrité épidermique, ils sont sacrifiés pour la vie. Ne croyez pas qu’en trois mois de « rattrapage » à la rentrée, vous remettrez sur les rails des gosses qui ont basculé du côté obscur des apprentissages. Ceux-là sont perdus, sans doute à tout jamais.
Presque tout le monde s’en fiche, ils étaient dans la mauvaise tranche du Protocole de Lisbonne — qui a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés. Pour ces derniers, il restera le foot à la télé, et le revenu universel dont la Gauche se fait aujourd’hui la propagandiste complaisante, au lieu de demander pour les plus démunis un travail réel dans une économie réelle. On applaudit bien fort.
Mais tout cela ne date pas d’hier. Le coronavirus a été le révélateur des tendances lourdes acquises par l’action conjointe des libertaires post-68 et des libéraux post-1973. En fait, cela remonte même aux années 1960, quand un certain René Haby, directeur de la DGESCO, ce bras armé du ministère de l’Education, eut l’idée d’imposer le français oral plutôt que la langue écrite, alors que le français est écrit même à l’oral, et les maths modernes afin de ne pas avantager (sic !) les élèves que leurs parents étaient susceptibles d’aider — et qui se payèrent des cours particuliers. Devenu ministre de Giscard, ce même Haby profita du regroupement familial pour descendre à tout jamais le niveau en imposant le collège unique. Les plus pauvres payèrent l’addition : exclus un jour, exclus toujours.
Pour la petite histoire, la plupart des syndicats enseignants, qui à l’époque réfléchissaient encore, tentèrent de s’opposer à ce dévissage programmé. En vain. L’« égalité », tarte à la crème des pédagogistes et autres faiseurs de merveilles, l’emporta sur la raison qui cherchait à préserver un certain élitisme républicain. Aujourd’hui, toute menace sur le collège unique passe à leurs yeux pour une atteinte au droit de l’enfant d’être absolument ignare.
Je ne sais pas si Blanquer survivra au remaniement qui s’annonce. Mais quel que soit le locataire de la rue de Grenelle, il tirera, sourire aux lèvres, la leçon de l’enseignement à distance : ça ne coûte pas cher, et en renforçant (ce qui a été fait sur le tas ces deux derniers mois) la bande passante de Pronote, du CNED et autres sites dédiés (parce qu’enfin, on ne peut pas éternellement enseigner en visio-conférence via Discord), on devrait à terme réaliser de gigantesques économies de personnel.
Il suffit, niveau par niveau et matière par matière, de repérer les surdoués de la « distance » et de généraliser leurs cours non à leurs classes, mais à toutes les classes d’un même niveau. Dans tel collège de ma connaissance, une seule prof de Français de Sixième (sur trois) est présente depuis le 18 mai. Elle fait cours en direct aux 4 classes de ce niveau, et envoie en même temps en « distanciel » des leçons et des exercices via Pronote, contournant, à la demande même de l’administration, les profs officiels qui se sont découverts des problèmes de santé inédits le 17 mai.
Sans la payer davantage. Une aubaine — et une leçon pour les libéraux qui rêvent de réduire le nombre des fonctionnaires.
Elle le fait parce qu’elle a le sentiment qu’elle le doit aux élèves. Et qu’il n’est pas nécessaire d’être Vincent de Paul pour embrasser les lépreux, ni d’être un saint pour faire classe à des gamins.
Comprenons-nous bien : ceux qui vont trinquer, ce sont les plus pauvres. Les autres ont leurs parents, diplômés, surinvestis dans le processus éducatif. Les plus démunis, livrés à eux-mêmes par deux mois de confinement arbitraire (une belle expérimentation grandeur nature, quand on y pense, on l’aurait fait exprès, on n’aurait pas mieux fait), sont bien en peine de raccrocher les wagons.
C’est pour le coup que l’Ecole sera l’Ecole des possédants : les autres se seront fait posséder deux fois — par le Système, qui fait des économies sur leur dos, et par les pédagogues qui refusent de s’asseoir face à eux. Et qui, s’ils persistent dans cette attitude, seront remplacés à terme par des robots — et personne ne pensera ni à les plaindre, ni à les défendre.
Jean-Paul Brighelli