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dimanche 15 décembre 2019

Le billet du jour




Quelques anecdotes récentes, dont je certifie, sur mon honneur l’absolue authenticité. Et qui m’ont fait mal. Mes amis ou relations ne m’en voudront pas j’espère, s’ils me lisent, dès lors que le récit est anonymisé.

Discussion sur l’immigration. « Je ne comprends pas, me dit une amie parisienne de la bourgeoisie aisée, que l’on puisse songer à limiter et réguler l’immigration, cette formidable source de prospérité, de richesse culturelle et de diversité ». Mais 10 minutes plus tard, la conversation a dérivé sur tout autre chose: la visite d’une exposition qui doit avoir lieu à la Courneuve (93) et à laquelle certains de nos convives envisagent de se rendre. La même personne: « Moi, jamais, jamais! jamais je ne vais dans ces quartiers pourris et j’interdis même à mes enfants de s’y rendre! » (sic).
Sur la réforme des retraites, quelques jours plus tard, une autre amie,  la cinquantaine (ex-LR), classe moyenne, proche banlieue: « Ah non, non, non, moi, je soutiens à fond Macron: qu’il ne lâche rien! Il faut en finir avec ces P… de syndicats, il est en train d’abattre les régimes spéciaux, il va réussir  ce que la « droite » n’a jamais eu le courage de faire! » Et juste après: « de toute façon, moi je ne suis pas touchée, la réforme est applicable aux classes d’âge née après 1975,  je suis née en 1966, et ne suis pas concernée! Donc, m’en fous! J’y échappe! » (sic).
Soirée cocktail chez un homme d’affaires, par un beau soleil d’automne, sur les hauteurs de Cannes, dans une merveilleuse villa dont la terrasse offre une vue panoramique sur la mer. Le sexagénaire me dit: « Il y a deux personnes à qui je dois tout: ma mère et Macron. Ma mère m’a donné la vie. Macron a sauvé ma fortune ». Moi: « l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) n’a pas été complètement aboli, il a été transformé en IFI (impôt sur la fortune immobilière). Vous devez beaucoup payer au titre de l’IFI!  » (outre sa villa cannoise, ce brave homme vit à Paris dans 400 mètres carrés au-dessus du Champs de Mars et possède une villa à Deauville et un chalet à Courchevel). Réponse, sur un ton mi-indigné, mi ironique: « Mais vous rigolez, ou quoi? Je m’en tape de l’IFI! Mes placements financiers (désormais exonérés), c’est au moins 40 fois mon patrimoine immobilier! »
Dîner parisien, un samedi, discussion politique. L’un des convives, Monsieur insoupçonnable, d’un certain niveau intellectuel, catégorie socio-professionnelle +++, certes bien aviné, parle en pleine crise sociale: « Tout va très bien. C’est le bordel. La Marine arrive. Plus c’est le bordel, plus c’est tant mieux (sic), et plus son heure approche. Elle sera bientôt là. Le Gouvernement, le Parlement, l’Administration, les lois, les juges, le budget, la dette, l’Europe, elle en a rien à foutre. Elle va remettre de l’ordre dans ce pays, elle va broyer les c… de l’Etranger, de l’Enarchie et de la Finance. Tout se combine en ce sens, c’est inéluctable. La providence est en train de s’accomplir! »
Last, but not least. Je n’invente rien, et j’en donne ma parole d’honneur. Fin 2017, un samedi (encore) réunion « d’intellos » de tout bord à laquelle je suis (bizarrement) convié. L’un d’eux, une célébrité qui ne cesse de faire, encore aujourd’hui, la leçon du matin au soir sur tous les plateaux de télévision et les éditoriaux, plutôt à droite pour l’argent, à gauche pour les « valeurs », disons centre-gauche. Nous sommes fin 2017 et cette belle « intelligence » médiatique parle: « Désormais, la « transformation » de la France est en cours et plus rien ne l’arrêtera! » Moi (prenant la parole pour la première fois de la soirée): « Attendez! Ce n’est pas si simple! Il y a des contraintes juridiques, politiques, européennes, budgétaires, financières, il y a les syndicats, la rue… » Immense et violent éclat de rire de mon interlocuteur, et de toute la salle avec lui: « Les syndicats! La rue! Les contraintes! Mais vous n’avez rien compris! C’est fini tout ça! Vous êtes de l’ancien monde! Depuis six mois, il fonce! Il avance! La France s’est remise En Marche et nous sommes dans un nouveau monde! Vous n’avez rien compris! Mon pauvre! »


Alors, la faillite de la classe dirigeante est-elle déconnectée du pays où n’est-elle que le reflet au centuple d’une médiocrité ambiante? Une vraie question à laquelle je n’ai pas de réponse.

Maxime TANDONNET

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