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vendredi 18 octobre 2019

Le voile ou la vérité ?




Par Philippe Bilger

Le voile ou la vérité ?
Fatima E., la femme voilée (avec une abaya noire et non un simple foulard) qui a fait l'objet d'une vive interpellation de la part du conseiller régional RN Julien Odoul dans l'enceinte de l'assemblée régionale Bourgogne-Franche-Comté, a été très largement soutenue parce qu'en l'état de la législation elle avait le droit d'accompagner des enfants avec cette apparence, son fils se jetant ensuite dans ses bras sur un mode très démonstratif.

Julien Odoul s'est fait rabrouer par la présidente avec une indignation surjouée et il est évident que cet épisode n'aurait pas pris cette ampleur démesurée, sur les plans politique et médiatique, si le conseiller régional n'avait pas été du RN.

Il est intéressant de relever que cette femme voilée a donné une interview au CCIF, proche des Frères musulmans et que la tonalité générale de celle-ci montrait que l'intéressée n'était pas étrangère à un dessein constituant le voile plus comme un signe ostentatoire que comme un simple foulard traditionnel. Il suffit pour s'en convaincre de retenir qu'elle a "une image négative de ce qu'on appelle la République" et que, selon elle, "le ministre Blanquer a dit des choses honteuses" (Morandini).

Cette péripétie n'était pas si dérisoire puisque depuis, plusieurs polémiques au sujet notamment des accompagnatrices des sorties scolaires - évidemment la continuation de la vie scolaire -, ont démontré que le port du voile demeurait un sujet infiniment sensible en France.

Jean-Michel Blanquer souligne que le droit autorise le voile pour les accompagnatrices mais que lui-même n'est pas favorable à la généralisation de cette pratique. Aurélien Taché, député LREM, lui reproche cette contradiction - il n'a pas totalement tort - et l'accuse d'être sur la ligne de Julien Odoul. Le ministre offensé demande aux instances du parti de sermonner le député.

Sibeth Ndiaye n'a pas du tout la même position que Jean-Michel Blanquer.

Le Premier ministre, sans véritablement s'engager, annonce qu'on ne modifiera pas la loi mais prépare la future prise de parole du président qui traitera du communautarisme, donc pas directement de ce qui préoccupe la société aujourd'hui.

Bruno Le Maire, qui parle net, a indiqué qu'il ne voulait pas que le voile islamique soit le futur de la France (Europe 1).

Un Collectif contre l'islamophobie a publié une tribune avec, en son sein, quelques personnalités discutables et n'a proposé qu'une vision outrancière, orientée, partisane et hémiplégique de la réalité française. En oubliant, au profit de l'islam modéré qui est étouffé au point qu'on ne l'entend pas, l'islam radical, et ses dévoiements terroristes extrêmes.

Le président de la République a déclaré qu'il faut être "intraitable avec le communautarisme, ne pas stigmatiser et que la République doit faire bloc". Qui pourrait contester des propos aussi généraux et généreux ?

Il est clair pourtant qu'on ne peut plus se contenter de cette posture mi-chèvre mi-chou, d'attentisme lâche et mou et de cette fuite face à ce qui affecte de manière lancinante l'espace et l'esprit publics. Peut-être serait-il nécessaire pour le pouvoir de ne pas adopter, à l'égard de l'urgence, un processus de plus en plus lent ? Il n'apaise pas, il laisse pourrir.

Quelques réflexions dont certaines m'ont été inspirées par le débat passionnant et vigoureux de L'heure des pros, le 16 octobre.

Il ne faut pas feindre d'oublier que si la société est à cran au sujet du voile, avec ce malaise de se méfier non seulement de l'islam radical mais de l'islam tout court - la moindre extériorisation apparemment paisible de celui-ci devenant pour beaucoup source d'angoisse, virtualité menaçante -, cela tient aux crimes islamistes qui ont trop souvent tué et endeuillé en se réclamant de cette foi.

On ne peut pas vivre, cohabiter, comme si on ne savait pas que la deuxième religion de France, dans son expression furieuse, est mortifère et l'a tragiquement prouvé.

Va-t-il être possible, face aux avancées insidieuses et/ostensibles de l'islam politique en France, de toujours pouvoir faire le départ entre les musulmans de paix et les autres, même pour l'instant inactifs, qui ne rêvent que d'en découdre avec notre société, nos valeurs et notre mode de vie ?

On s'aperçoit aussi que les "somptueuses banalités" du président, avec l'obligation d'une société de vigilance à décliner par chaque citoyen, n'ont donné aucune piste opératoire puisque, par exemple, le questionnaire de l'université de Cergy-Pontoise qui les avait prises au sérieux, a été pourfendu et qualifié de "monstrueux" par un maître de conférence n'ayant aucun sens de la mesure des mots.

Il serait bon également de ne pas se soucier seulement des musulmanes, mais aussi du désir des autres parents de voir ou non accompagner leurs enfants - et l'accompagnement induit bien d'autres contacts et activités - notamment par des femmes voilées.

Au-delà, puisqu'on peut toujours compter sur LFI et en particulier Eric Coquerel pour proférer des arguments rebattus (Matinale de Sud Radio), il est absurde de comparer les religions entre elles et d'affirmer que l'équité commanderait de traiter l'islam comme le catholicisme et le judaïsme. Le premier n'est que trop à la source des agressions contre nos valeurs et des assassinats perpétrés en France quand le deuxième est d'une faiblesse insigne - on voit son peu d'influence sur les thèmes sociétaux et il ne fait de mal à personne - et que le dernier est attaqué verbalement et physiquement, avec des familles juives devant quitter des quartiers devenus dangereux pour elles.

A cause de cette cacophonie gouvernementale, de ce désarroi du pays, de cette impossibilité de distinguer à chaque seconde l'islam acceptable de l'islam politique, ne serait-il pas bon de trancher en interdisant le voile dans l'espace public ? Je l'ai soutenu mais j'ai conscience que les conséquences seraient peut-être pires que l'état actuel de la France, par les résistances et les multiples transgressions - exemple du voile intégral jamais poursuivi, jamais sanctionné - qui résulteraient de cette mesure extrême.

Alors que faire, comment réagir ?

Ma certitude fondamentale est en tout cas que notre faiblesse à faire respecter nos lois et tout ce qui fonde notre démocratie aggrave les dangers que nous prétendons combattre. Nous luttons mal contre un ennemi plus fort que nous.

Pour toujours ?

Source.

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