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jeudi 19 décembre 2019

Le billet du jour




Bilan des Lumières


François Ier avait Léonard de Vinci. Charles IX avait Ronsard. Louis XIV avait Molière, Racine, Corneille, Bossuet, La Fontaine et La Rochefoucauld. Joseph II avait Mozart.
Macron a Ladj Ly et Vegedream.
C’est ça, le progressisme ; et c’était ça, l’obscurantisme.

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dimanche 15 décembre 2019

Le billet du jour




Quelques anecdotes récentes, dont je certifie, sur mon honneur l’absolue authenticité. Et qui m’ont fait mal. Mes amis ou relations ne m’en voudront pas j’espère, s’ils me lisent, dès lors que le récit est anonymisé.

Discussion sur l’immigration. « Je ne comprends pas, me dit une amie parisienne de la bourgeoisie aisée, que l’on puisse songer à limiter et réguler l’immigration, cette formidable source de prospérité, de richesse culturelle et de diversité ». Mais 10 minutes plus tard, la conversation a dérivé sur tout autre chose: la visite d’une exposition qui doit avoir lieu à la Courneuve (93) et à laquelle certains de nos convives envisagent de se rendre. La même personne: « Moi, jamais, jamais! jamais je ne vais dans ces quartiers pourris et j’interdis même à mes enfants de s’y rendre! » (sic).
Sur la réforme des retraites, quelques jours plus tard, une autre amie,  la cinquantaine (ex-LR), classe moyenne, proche banlieue: « Ah non, non, non, moi, je soutiens à fond Macron: qu’il ne lâche rien! Il faut en finir avec ces P… de syndicats, il est en train d’abattre les régimes spéciaux, il va réussir  ce que la « droite » n’a jamais eu le courage de faire! » Et juste après: « de toute façon, moi je ne suis pas touchée, la réforme est applicable aux classes d’âge née après 1975,  je suis née en 1966, et ne suis pas concernée! Donc, m’en fous! J’y échappe! » (sic).
Soirée cocktail chez un homme d’affaires, par un beau soleil d’automne, sur les hauteurs de Cannes, dans une merveilleuse villa dont la terrasse offre une vue panoramique sur la mer. Le sexagénaire me dit: « Il y a deux personnes à qui je dois tout: ma mère et Macron. Ma mère m’a donné la vie. Macron a sauvé ma fortune ». Moi: « l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) n’a pas été complètement aboli, il a été transformé en IFI (impôt sur la fortune immobilière). Vous devez beaucoup payer au titre de l’IFI!  » (outre sa villa cannoise, ce brave homme vit à Paris dans 400 mètres carrés au-dessus du Champs de Mars et possède une villa à Deauville et un chalet à Courchevel). Réponse, sur un ton mi-indigné, mi ironique: « Mais vous rigolez, ou quoi? Je m’en tape de l’IFI! Mes placements financiers (désormais exonérés), c’est au moins 40 fois mon patrimoine immobilier! »
Dîner parisien, un samedi, discussion politique. L’un des convives, Monsieur insoupçonnable, d’un certain niveau intellectuel, catégorie socio-professionnelle +++, certes bien aviné, parle en pleine crise sociale: « Tout va très bien. C’est le bordel. La Marine arrive. Plus c’est le bordel, plus c’est tant mieux (sic), et plus son heure approche. Elle sera bientôt là. Le Gouvernement, le Parlement, l’Administration, les lois, les juges, le budget, la dette, l’Europe, elle en a rien à foutre. Elle va remettre de l’ordre dans ce pays, elle va broyer les c… de l’Etranger, de l’Enarchie et de la Finance. Tout se combine en ce sens, c’est inéluctable. La providence est en train de s’accomplir! »
Last, but not least. Je n’invente rien, et j’en donne ma parole d’honneur. Fin 2017, un samedi (encore) réunion « d’intellos » de tout bord à laquelle je suis (bizarrement) convié. L’un d’eux, une célébrité qui ne cesse de faire, encore aujourd’hui, la leçon du matin au soir sur tous les plateaux de télévision et les éditoriaux, plutôt à droite pour l’argent, à gauche pour les « valeurs », disons centre-gauche. Nous sommes fin 2017 et cette belle « intelligence » médiatique parle: « Désormais, la « transformation » de la France est en cours et plus rien ne l’arrêtera! » Moi (prenant la parole pour la première fois de la soirée): « Attendez! Ce n’est pas si simple! Il y a des contraintes juridiques, politiques, européennes, budgétaires, financières, il y a les syndicats, la rue… » Immense et violent éclat de rire de mon interlocuteur, et de toute la salle avec lui: « Les syndicats! La rue! Les contraintes! Mais vous n’avez rien compris! C’est fini tout ça! Vous êtes de l’ancien monde! Depuis six mois, il fonce! Il avance! La France s’est remise En Marche et nous sommes dans un nouveau monde! Vous n’avez rien compris! Mon pauvre! »


Alors, la faillite de la classe dirigeante est-elle déconnectée du pays où n’est-elle que le reflet au centuple d’une médiocrité ambiante? Une vraie question à laquelle je n’ai pas de réponse.

Maxime TANDONNET

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samedi 14 décembre 2019

Pays réel/pays légal




J’ai dit un jour, et je le répète, que je défendrais toujours une idée juste de BHL contre une idée fausse d’Alain de Benoist en même temps que j’agirais de même avec une idée juste d’Alain de Benoist contre une idée fausse de BHL. Il fallait juste entendre une chose élémentaire qu’on s’étonne de devoir dire et redire: je préfèrerai toujours une idée juste à une idée fausse, peu importe qu’on la trouve chez tel ou tel et quelle que soit la couleur politique de qui la profère.

A l’époque, le Premier ministre, qui s’appelait alors Manuel Valls, y avait vu la preuve que j’étais passé du côté obscur de la force -autrement dit: à droite! C’est pourquoi je l’avais traité de crétin, un mot qu’on me ressert sans cesse  en le sortant de son contexte de réponse à une attaque. C’est ce même homme qui, candidat à la mairie de Barcelone, a défilé dans la rue avec l’extrême droite contre le chef du gouvernement espagnol. On a les fidélités qu’on peut… Qu’en ont alors pensé ses amis, tels BHL ou Patrick Bruel? Je ne sais.

Cette exigence éthique m’est venue lors de ma lecture de l’œuvre complète d’Albert Camus pour un livre que je préparais sur sa politique libertaire. Sartre avait écrit que la dénonciation du Goulag faite dans L’homme révolté (Gallimard, 1951) avait plu à la droite, ce qui prouvait que son analyse était irrecevable, donc fausse! Camus avait riposté: "Si enfin la vérité me paraissait être de droite, alors j’y serais." Droite et gauche ne sont pas rien, certes, mais elles ne sont pas tout, car seule la vérité est le fin mot de l’affaire. Je n’en démords pas.

Il existe une idée qui oppose le pays réel au pays légal: que faut-il en penser en soi ?

Selon cette proposition, il existerait donc un pays réel fait de banquiers et de paysans,  de puissants et de misérables, de riches et de pauvres, de citadins et de campagnards, de Parisiens et de provinciaux, d’hommes et de femmes, de catholiques et de musulmans, de blancs et de gens de couleur; selon cette même proposition, le pays légal qui se trouverait incarné dans les institutions, à l’Assemblée nationale et au Sénat, dans les médias, dans les lieux de pouvoirs, ne coïnciderait pas avec le pays réel car seuls les banquiers, les puissants, les riches, les citadins, les Parisiens, les catholiques, les blancs semblent représentés. Cette idée est-elle vraie ou fausse? Bourdieu y souscrirait probablement, les décolonialistes aussi, les LGBT de même et, pour ma part, j’y consens.

Or, il se fait que l’on associe traditionnellement cette idée du pays légal opposé au pays réel à Charles Maurras qui, dans son Enquête sur la monarchie (Nouvelle Librairie nationale, 1900) oppose "le pays officiel et légal, qui s’identifie au gouvernement parce qu'il en retire l’aliment de sa vie, ce petit pays constitutionnel (au) pays vrai, le pays qui travaille et qui ne politique pas". Selon Maurras, le "pays légal" repose sur "quatre États confédérés" que sont les juifs, les protestants, les francs-maçons et les métèques! On sait que le nationalisme intégral de Maurras ainsi que son antisémitisme lui ont valu d’être arrêté à la Libération, condamné pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale.

Depuis lors, à la façon du chien de Pavlov, cette association du pays légal au pays réel vaut excommunication immédiate lors de fulminations médiatiques. Le maurrassisme, dont on ne sait la plupart du temps pas ce qu’il signifie, fonctionne en étiquette infamante. On ne lit pas Maurras, car on croit savoir ce qu’il a déjà dit par le ouï-dire associé à son nom. Or, mon problème n’est pas de défendre Maurras mais, au mieux, d’inviter à le lire afin de savoir quoi en penser par soi-même. Et l’apprécier ou non  selon le seul ordre des raisons et non des rumeurs.

L’écume des jours a donné récemment une illustration de cette façon de faire désormais bien connue. Le 15 novembre 2018, sur France-Inter, haut-lieu de l’inquisition nihiliste, Benjamin Griveaux a dit ceci: «"C’est le pays légal qui rencontre le pays réel, pour reprendre les propos de Marc Bloch il y a bien longtemps." Il s’agissait pour lui d’opposer le monde politique évoluant dans ses sphères au petit peuple vivant loin de tout ce monde-là. A ce coup de sifflet, l’estomac du chien médiatique envoie ses acides digestifs! D’abord Griveaux accablait le pauvre Marc Bloch qui, historien résistant torturé et exécuté par la Gestapo, n’a jamais repris à son compte cette pensée, l’erreur méritait en effet d’être soulignée pour la mémoire de ce grand historien, mais il aurait validé tout Charles Maurras avec cette seule petite phrase!

On peut éviter la mort médiatique, même si la toile conserve indéfiniment la trace de l’accès de fièvre, en faisant acte de résipiscence.Qu’on se souvienne de l’acte de contrition catholique: "Mon Dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé parce que Vous êtes infiniment bon et que le péché vous déplaît, je prend la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence"… La chose se dit désormais au confessionnal planétaire qu’est le réseau dit social repris ensuite par les médias classiques car cette pitance avariée est devenue la seule nourriture.

Griveaux, en lice pour les municipales à Paris comme chacun sait, se fend alors de ce tweet: "Pas réveillé ce matin, je ne comprends pas comment j’ai pu commettre une telle erreur. Mais j’invite chacun (et moi le premier !) à relire L’Etrange Défaite de Marc Bloch. Ses leçons restent malheureusement très actuelles. L’erreur est humaine." Passons sur le ridicule de cette invitation faite à relire un livre quand la plupart du temps on ne l’a jamais lu… Je ne présume pas de l’inculture de Griveaux, il a pu lire Bloch, mais l’invitation faite à chacun de relire Marc Bloch me suffit.

L’association pays réel & pays légal signale donc immédiatement le délinquant intellectuel, "le cochon de la pensée" pour utiliser l’expression récemment réservée à Eric Zemmour par Jean-Michel Apathie -l’homme qui déplorait n’avoir mangé que des crevettes et pas des homards à la table de feu François de Rugy… Mais pour les demi-habiles seulement. Car j’ai souvenir, en ayant récemment lu Les Misérables (dans l’édition de la Pléiade, c’est à la page 811…) d’avoir sursauté en lisant cette même formule sous la plume de Victor Hugo qui accusait Louis-Philippe d’un certain nombre de choses dont "l’absorption du pays réel par le pays légal".

La formule, l’idée donc, se retrouve sous la plume de Victor Hugo, et non chez Maurras; en 1862 et non en 1900; dans Les Misérables et non dans Enquête sur la monarchie.  Je ne crains pas que les demi-habiles remontent au front, comme le rouge, et décrètent Hugo coupable de maurrassisme avant d’en interdire la lecture dans les collèges où quelques professeurs old school pourraient encore conseiller la découverte de ce chef d’œuvre en cachette de l’Inspection générale et des pédagogistes.

Maurras est bien utile aux tenants du politiquement correct car, en infectant de sa réputation funeste cette idée juste de Victor Hugo, il en rend l’usage impossible alors qu’elle seule permet de rendre compte de ce que nous vivons aujourd’hui. On comprend l’intérêt qu’il y a chez ceux-là à tuer les mots pour mieux effacer les choses qu’ils qualifient.

Car, comment penser les taux faramineux d’abstention aux élections? L’élection de Macron par défaut? La faveur dont jouissent dans les urnes les partis de Le Pen et Mélenchon en même temps que les petits partis protestataires? Le mouvement des gilets-jaunes? Celui des grévistes qui manifestent pour maintenir le système de retraite solidaire? La montée des partis dits populistes en Europe? La récente confirmation du Brexit par les électeurs de Boris Johnson? Comment penser tout cela, donc, sans convenir qu’il existe bel et bien une fracture qui semble irréductible à cette heure-ci entre le pays réel et le pays légal -comme l’écrivait Victor Hugo…

Michel Onfray

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jeudi 12 décembre 2019

Il faut savoir finir une grève





On ne manquera pas la vidéo (lien) en bas du texte.

La manifestation du vendredi 5 décembre  2019 a été celle des gens qui ont des choses à perdre alors que celles des gilets-jaunes rassemblaient ceux qui avaient déjà tout perdu. D’un côté, sous le drapeau rouge de la CGT, du PCF, de La France insoumise, de Sud, on trouvait des cheminots, des conducteurs de métro, des enseignants, des retraités, des infirmières, des pompiers, des ambulanciers, des déménageurs, des chauffeurs de taxi, des avocats, des policiers, des agents de service du service public, des routiers, des salariés de dépôts de carburant qui souhaitent, et ils ont raison, que ce qui est présenté par certains comme des avantages acquis, ce que je nommerais pour ma part des acquis sociaux, soient à … conserver!

(Ouvrons une parenthèse en passant pour constater que se montrer conservateur n’est pas une mauvaise chose quand il s’agit de garder le meilleur de ce qui a été obtenu avec des siècles de combats éthiques et politiques: conserver l’idée hugolienne qu’un enfant est mieux sur les bancs d’une école qu’au fond des mines est incontestablement meilleur que progresser dans le sens de la marchandisation des corps en validant le fait qu’on puisse commercialiser une grossesse et vendre l’enfant que les barbares d’hier envoyaient à la mine. Destiner un enfant à un souterrain ontologique ou existentiel n’est pas moins barbare que de le réserver aux veines de charbon les plus étroites parce que, plus petits, ils excellaient dans l’extraction du minerai. Je préfère être le conservateur d’une idée humaniste que le progressiste d’une idée déshumanisante.)

Revenons à nos drapeaux rouges…

Ceux qui défilaient sous l’oriflamme incarnat pensaient à leur avenir; ceux qui arboraient le gilet jaune ne se projetaient pas si loin tellement leur présent désolant ne leur permet même pas de s’imaginer à l’âge de retraite car ils savent déjà qu’ils n’en auront pas. A quoi bon se battre pour une échéance située dans deux ou trois décennies quand leur souci est de savoir comment vivre dans les deux ou trois jours qui viennent?

Avec cette manifestation, on a senti revivre les journalistes du système: enfin le jaune allait se dissoudre dans le rouge! Bon signe, on voyait désormais Martinez pérorer comme au bon vieux temps: avec les mêmes méthodes que celles que Juan Branco a dénoncées (en sortant des archives la vidéo d’un partage des tâches médiatiques entre l’insoumis François Ruffin et le candidat Emmanuel Macron, une entente convenue sur le dos des salariés du chantier d’Ecopla…), les officiels reprenaient la main, avec leurs vieilles ficelles. Pour la galerie, devant les caméras, on fait le cador, on annonce qu’on ira jusqu’au bout, qu’on ne calera pas, qu’on fera plier le président de la République pendant que ledit président de la République commence à perdre les eaux en assurant les policiers que leur régime ne sera pas touché, que les enseignants seront augmentés, etc. On apprend que le Premier ministre va se faire bientôt l’instituteur de ces crétins de manifestants qui ne comprennent pas que cette réforme est faite pour leur bien et non pour obéir aux injonctions de Maastricht!

L’ineffable Sibeth Ndiaye n’a-t-elle pas eu en effet le culot de dire sur France-Info fin novembre: "cette réforme est, surtout (sic !), une des réponses aux injustices importantes qui existent dans notre pays". Ce qui, traduit du novlangue en ancien langage donne: "cette réforme qui va augmenter les injustices est la réponse donnée à ceux qui veulent les réduire, sinon les abolir, c’est donc une réforme juste et non juste une réforme"… Comprenne qui pourra. Du moins: comprenne qui voudra! Cette dame qui porte la parole du gouvernement voit-elle qu’elle prend les gens pour des imbéciles, pour ne pas utiliser un mot grossier,  ou est-ce à l’insu de son plein gré?

Cette manifestation met en exergue, hélas, la digestion quasi complète du mouvement des gilets-jaunes. La revendication, légitime je le répète, de ces manifestants écarte d’un revers de la main les suppliques des gilets-jaunes qui se méfiaient de la récupération venue des partis politiques et des syndicats qui (comme c’est bizarre !) reprennent aujourd’hui la main. Voient-ils aujourd’hui, ces gilets-jaunes, combien ils avaient alors raison? Ou pas?

Le sous-prolétariat des gilets-jaunes avait des revendications claires:

1. La démocratie directe et non la démocratie indirecte confisquée par les fameux corps intermédiaires qui, à l’issue de cette manifestation, se frottaient les mains; il suffisait de voir la mine réjouie de Mélenchon, le général en chef des récupérateurs d’énergie.

2. L’instauration de référendums d’initiative citoyenne pour redonner à la base le pouvoir de décider et non l’abandon servile des masses aux directives des états-majors parisiens des partis et des syndicats initiateurs de cette grève.

3. La relocalisation des décisions, autrement dit, une variation sur le thème girondin de l’autogestion, du communalisme libertaire, du conseillisme et non le retour à la pyramide du pouvoir si bien analysée par La Boétie avec un sommet dans lequel s’écrit la partition, les fameux états majors parisiens, et , à la base, le populo qui la met en musique dans des défilés de rue le doigt sur la couture du pantalon.

4. La  remise en cause de l’Etat maastrichtien, non pas clairement sous cette forme, mais dans la revendication qu’il faut en finir avec la paupérisation qui s’avère la production la plus visible de cet Etat et non l’alignement sur des syndicats et des partis qui, après le cirque médiatique des présidentielles, finissent toujours, sous prétexte d’un antifascisme fantasmé, par voter pour le candidat de Maastricht, donc pour la paupérisation dont les gilets-jaunes sont les premières victimes.

Cette digestion du sous-prolétariat par le prolétariat rejoue la fable marxiste! Marx n’aurait probablement pas aimé les gilets-jaunes, au contraire de Bakounine qui les aurait embrassés sur la bouche en sachant qu’ils portaient la vitalité de la révolte, lire son Empire knouto-germanique

Dans son Manifeste du parti communiste, Marx parle en effet de "la pègre prolétarienne" pour caractériser ce qu’il nomme aussi le lumpenprolétariat, autrement dit le sous-prolétariat. Il n’aimait pas les ouvriers ou les employés non marxistes, ni même les gens modestes, les artisans, les petits commerçants, les paysans, tous coupables d’être contre-révolutionnaires, réactionnaires et suspects de n’aspirer qu’à la condition bourgeoise. Cette grille marxiste fait toujours la loi en vertu du gauchisme culturel qui imbibe le pays comme l’eau croupie sature un marécage.

La manifestation du 5 décembre signe le triomphe du prolétariat en rouge sur le sous-prolétariat en jaune. Cette entreprise de récupération de l’énergie populaire pour en faire de la force politicienne destinée à légitimer les partis   et les syndicats du système (qui négocieront l’obtention de ce que le gouvernement a déjà prévu de lâcher en rédigeant son projet…) témoigne de la capacité à étouffer le petit peuple par ceux qui s’en présentent comme les défenseurs. C’est l’une des modalités du populicide néo-marxiste.

Certes il convient de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et de ne pas flétrir cette lutte initiée début décembre. Mais elle montre à qui veut bien voir que tous les moyens sont bons pour en finir avec la parole des plus modestes portée par les gilets-jaunes des ronds points.

On sait ce que Mai 68 a donné: le PCF-CGT avec d’autres ont négocié avec le gouvernement pompidolien et obtenu des augmentations de salaire qu’une décision gouvernementale d’augmenter le coût de la vie quelques mois plus tard a immédiatement évaporées.

Je me souviens des images* d’une femme anonyme qui, dans le film de Jacques Willemont intitulé "Wonder, Mai 68", montrent un échange entre des syndicalistes de gauche cravatés et une jeune femme dans une colère sublime qui refuse de reprendre le travail. La fin de ce petit film montre un contremaître, cravaté comme les syndicalistes, qui invite au "retour à la normale"; et tout le monde rentre, sauf cette femme qui disparaît dans un néant qui a tout absorbé, son visage, sa colère, son écœurement, sa dignité, sa beauté, pour le dire en un seul mot: sa vérité.

Cette femme magnifique inaugurait le principe de la parole du gilet-jaune. Au bout du compte, les syndicalistes et le contremaître défendaient le même mot d’ordre: après avoir obtenu un plat de lentilles offert par le patronat, les travailleurs sont retournés aux machines, encadrés par les syndicalistes et le contremaître dont on comprenait qu’ils étaient l’avers et le revers d’une même médaille.

Cette femme qui portrait haut et clair ce que Michelet appelait "le génie colérique" refusait ce jeu de dupes. En refusant la dictature jacobine du patronat et des politiciens associés, elle fut la Charlotte Corday de Mai 68… Je ne regarde jamais ces images sans que ma gorge ne se serre…

Je songe aujourd’hui  aux compagnons d’infortune vêtus en jaune de cette beauté électrique.

Michel Onfray


mercredi 20 novembre 2019

En leur laissant leur misère




GILETS JAUNES AN 0

Il n’y eut pas de premier anniversaire des gilets-jaunes car, pour l’heure, l’enfant est dans le coma.

Il y eut juste le double anniversaire fêté par l’avers et le revers de la même médaille : les blacks-blocks (qui prétendent lutter contre le pouvoir macronien…) et le pouvoir macronien (qui prétend lutter contre les blacks-blocks…) alors qu’ils se montrent dans cette aventure copains comme cochons.

Car ces deux là ont bien fait les choses! Le Préfet de police, c’est-à-dire le pouvoir, a sciemment laissé place d’Italie, d’où devait partir la manifestation autorisée, un supermarché de projectiles à disposition des casseurs. Il y avait là tout ce qu’un nihiliste peut se réjouir de trouver pour casser, détruire, briser, ravager, ruiner, dévaster, saccager, désoler, incendier, brûler, détruire. Le pouvoir n’a pas fourni l’essence, c’eût été trop gros, mais il a offert les matériaux inflammables en ne les protégeant pas dès le matin du jour de la manifestation.

Passons sur la bêtise crasse des journalistes dont l’un d’entre eux commentait l’incendie d’un prétendu tracteur alors qu’il s’agissait d’une micro-pelle, il est vrai que dans les écoles de journalistes on n’apprend pas le monde mais la façon d’en tordre les images. Les mêmes avaient jadis pris un trans-palette pour un engin de chantier… Ils savent distinguer Libération du Monde (un truc infaillible: seule la typographie change…) mais pas les outils des prolétaires entre eux.

Les mêmes s’imposent de ne pas commenter une image pourtant très visible de deux casseurs tout de noir vêtus qui courent vers un cordon de CRS qui s’ouvre à leur arrivée et se referme sur eux avant que les deux compères ne finissent noyés probablement parmi les leurs… Étonnante scène où ceux qui se présentent comme des adversaires se retrouvent fondus dans un même bloc politique! N’y avait-il pas là matière à nourrir autrement les interminables débats avec les mêmes éditorialistes qui débitent les mêmes sornettes depuis un an? Spécialistes autoproclamés  de la gauche radicale ou des mouvements sociaux, des questions de  maintien de l’ordre et de la classe politique compris…

Je reste stupéfait de constater que des forfaits puissent être commis en direct et soient visibles sur les chaines d’information continue sans qu’un seul fonctionnaire de police n’informe qui de droit pour arrêter les choses! J’ai beaucoup dit que j’avais été étonné (enfin, façon de parler…) que l’on puisse prendre le temps de laisser dépaver l’avenue des Champs-Elysées devant les cameras de BFM TV en sachant très bien que la destination de ses projectiles serait la tête des gendarmes et des policiers ou les vitrines de luxe de l’avenue en question!

Le Renseignement français négligerait le premier d’entre eux, à savoir les images in situ de dégradations diffusées en direct? Étonnant… De la même manière qu’avec le dépavage, les journalistes pouvaient filmer les détériorations dans l’Arc de triomphe, mais la police ne pouvait pas poursuivre ceux que les journalistes suivaient? Bizarre…

Cela n’est pourtant pas faute de nous montrer en boucle les images des brigades motorisées en quantité semblable ou presque à celles du défilé des obsèques de Johnny: à quoi bon ces patrouilles de motards célébrées pour leur mobilité, leur capacité à se déplacer rapidement et à se trouver vite fait bien fait sur les lieux si on ne voit aucune de ces motos avec leurs soldatesque sur le théâtre des opérations?

Les journalistes filment les black-blocks qui vandalisent la plaque commémorative du maréchal Juin, l’homme des combats antifascistes et antinazis, mais il n’y a pas un seul fonctionnaire des Renseignements généraux qui soit capable, en regardant la télévision, de fournir l’information et de mandater qui de droit pour dépêcher sur place les hommes capables d’intercepter les acteurs de cet acte et, de ce fait, d’en empêcher la réalisation jusqu’au bout? Ces brigades de motos circulent, elles sont dans un périmètre très concentré, moins d’une ou deux minutes seraient nécessaires pour se retrouver in situ, et on ne les voit jamais, sauf à pétarader dans Paris sur le principe d’une manifestation bonhomme de motards contre la dangerosité des rails de sécurité...

Si les choses ne se passent pas ainsi, qui y a intérêt? La réponse est simple: tous ceux qui souhaitent associer les gilets-jaunes à ce vandalisme la plupart du temps gauchiste (j’y ai vu un drapeau palestinien lors de cette manifestation, pas sûr que cette cause soit prioritairement celle des gilets-jaunes…). Les macroniens en tête...

Quand on ne veut pas répondre par le dialogue social aux revendications fondées des gilets-jaunes, on méprise, on insulte, on salit, on tabasse, on matraque, on énuclée, on emprisonne, on gaze (le pauvre chéri Alexis Corbières, qui trouve des mérites à la guillotine jacobine et qui arbore un portrait de Lénine dans son salon, se plaignait dimanche matin, à l’heure de la messe,  d’avoir dû pleurer à cause des lacrymogènes…), on poursuit les manifestants jusque dans les hôpitaux avant de les présenter comme des saccageurs de blocs opératoires et puis, si cela ne suffit pas, on laisse tout faire pour qu’un signe d’égalité soit apposé entre violences urbaines et gilets-jaunes.

On imagine qu’un vandale arborant ostensiblement les couleurs du Rassemblement national serait rapidement mis hors d’état de nuire, interpellé sans ménagement et filmé en long, en large et en travers… On saurait bien vite son nom, qui il est, quand il a adhéré au FN pour la première fois, etc, etc. Au lieu de cela, poubelles en feu, véhicules incendiés, automobiles retournées, abri bus détruits, kiosques détériorés, tractopelle ou scooters  brûlés, rien de tout cela n’est empêché puisque tout cela même doit être montré sur toutes les télévisions de France et de Navarre. Ne faut-il pas donner des gages à l’Empire maastrichtien, préparer les municipales et ne pas perdre de vue les présidentielles?

Le jaune des gilets-jaunes fait hélas de plus en plus songer à la couleur des gens trahis et trompés!

On  a peu vu cette couleur lors de cette manifestation, et la chose fut peu dite. En revanche on a sorti un élément de langage du chapeau de l’Elysée: les "ultra-jaunes" vandalisaient! C’était le nom du forfait. Le réel disait-il ostensiblement que la couleur dominante n’était pas le jaune chez ces casseurs, mais le noir, peu importe, le contre-argument avait été fourbi chez Macron: les gilets-jaunes ne portent plus le gilet jaune pour éviter d’être pris pour des gilets-jaunes. Imparable! "S’ils sont noirs, c’est donc bien la preuve qu’ils sont jaunes", aurait pu dire Castaner qui, lui pourtant plus qu’un autre, sait à la fois ce que signifie être noir et ce que signifie être jaune.

J’ai juste une pensée pour les gilets -jaunes des ronds-points auxquels je redis mon affection: ils doivent se ronger les sangs que les blacks-blocks et leur copain Macron, mais pas seulement eux, qu’on songe à la gauche dite radicale qui s’est jeté sur eux comme la vérole sur le bas clergé, leur aient volé leur colère en leur laissant leur misère.

Michel Onfray

lundi 11 novembre 2019

La gauche caniveau




Par Céline Pina


Paris 10 novembre 2019, des élus de notre République défilent à l’appel d’associations islamistes et d’entrepreneurs identitaires dont le CCIF, antenne des frères musulmans ou Majid Messaoudène, l’homme qui moque les enfants assassinés par Mohamed Merah parce qu’ils étaient juifs.

Paris 10 novembre 2019, des élus de notre République défilent aux côtés d’imams qui expliquent que la femme sans voile n’a pas d’honneur et que l’on peut disposer d’elle ou que les enfants qui écoutent de la musique se transforment en singes ou en porcs.

Paris, 10 novembre 2019, des élus de notre République défilent aux côtés d’enfants affublés d’une étoile jaune pour faire croire que les musulmans sont traités comme les juifs lors de la seconde guerre mondiale. Sauf que là où les enfants juifs ont été séparés de leurs parents, amenés en camp de concentration, battus, maltraités, affamés pour finir gazés, on se demande bien ce que craignent les enfants musulmans sur notre territoire. Sauf que les islamistes et les frères musulmans au premier rang sont, eux, d’authentiques admirateurs d’Hitler. Sauf que le but de la manœuvre, outre la victimisation écoeurante et la volonté de piétiner la spécificité de la shoah, est surtout de faire passer le message de la nazification de l’Etat français pour justifier le refus d’obéir à ses lois, le rejet des principes universels qu’il porte et déshumaniser ceux qui les incarnent.

Paris, 10 novembre 2019, des élus de la République ont baissé les yeux quand ils n’ont pas repris la provocation de Marwan Muhammad faisant hurler allaoua akhbar à 10 000 personnes, dans les mêmes arrondissements où eurent lieu les massacres du Bataclan. Des hurlements qui doivent encore résonner aux oreilles des familles qui pleurent les plus de 260 morts dûs au terrorisme islamique. Ce sont les derniers mots qu’ont entendus ceux de chez Charlie et les enfants martyrs de l’école Ozar Hatorah avant d’être abattus.

Paris, 10 novembre 2019, des élus de la République se sont tus quand les islamistes ont fait scander à la foule le nom de leurs cibles, entre autres, Eric Zemmour, Laurent Bouvet, Zineb El Rhazoui. Des personnes menacées de mort, ont été ainsi désignées sans vergogne à la vindicte publique et à la haine communautariste sans que cela ne dérange une seule seconde nos représentants.

Paris 10 novembre 2019, le jour où des élus ont choisi leur camp: celui du fascisme islamique contre la démocratie et la République.

La gauche dévoyée, alliée objective des islamistes

Sauf que ce ne sont pas tous les élus qui ont choisi cette honteuse collaboration, que la fracture ici ne concerne pas toutes les parties de l’échiquier politique. Ceux qui, toute honte bue, ont cautionné cette sinistre marche appartiennent à un seul camp: la gauche. Hormis le PS et le PRG, toute la gauche était là. Ils ont tous choisi de répondre à l’appel des islamistes: Jean-Luc Mélenchon, qui pousse l’indécence après avoir mis en scène sa douleur à l’enterrement de son «ami» Charb, jusqu’à venir défilé en compagnie de ceux qui défendent une idéologie contre laquelle Charb a combattu jusqu’à le payer de sa vie. La LFI, donc était là en nombre, mais aussi le PCF, LO, EELV, Génération-s (le parti de Benoît Hamon), la CGT. Ils étaient tous là, les Clémentine Autain, Esther Benbassa, Eric Cocquerel, Ian Brossat, Olivier Besancenot, Philippe Martinez… Mais on a aussi eu droit aux hypocrites, à ceux qui signent et qui ensuite ne viennent pas, sans pour autant retirer leur signature. Ceux-là sont les pires: ils évitent la photo embarrassante à assumer mais pourront arguer de leur signature quand le temps de l’élection et de la retape communautariste viendra, il s’agit notamment de Yannick Jadot, de François Ruffin, de Fabien Roussel.

Toute cette gauche a donc défilé avec des gens qui refusent l’égalité aux femmes à raison de leur sexe, qui font passer la foi avant la loi, veulent installer la charia et ne répandent que la haine et la violence sur leur passage.

Certes de Staline à Mao en passant par Pol Pot, la gauche a été souvent la meilleure alliée des pires régimes pourvu qu’ils maquillent leur violence intrinsèque en révolte contre l’injustice. Mais là c’est un cap dans l’abjection qui est franchi. Car ces élus, pour sauver la face, prétendent qu’ils agissent ainsi au nom de l’antiracisme. Ils expliquent donc leur soutien aux islamistes par leur dévouement envers les musulmans. Vous imaginez des élus qui voudraient réhabiliter le nazisme en invoquant leur amour de l’Allemagne? Ce serait grotesque. Et bien quand il s’agit d’amalgamer fascistes islamistes et musulmans, la plus grande partie de la gauche trouve cela très bien et se soucie comme d’une guigne que cela exacerbe les tensions et mette en danger ces musulmans qu’ils disent vouloir protéger.

Ces élus-là voudraient installer chez tout le monde l’idée de la guerre civile qui vient qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. En attendant ils cautionnent la victimisation des islamistes et donc leur discours qui veut que s’il y ait victime, il y ait agresseur. Ici ce sont les Français, désignés comme racistes et l’Etat, vu comme «liberticide». Or l’histoire montre que les pires régimes ont toujours prétendu exercer un droit de légitime défense lorsqu’ils désignaient leurs cibles. C’est aussi la technique de l’islam politique. Force est de constater qu’elle fonctionne.

Une victimisation bâtie sur un mensonge

Mais pire encore tout cela est bâti sur une énorme escroquerie: l’islam n’est pas la religion la plus attaquée en France et de loin. Les plus attaqués sont les chrétiens (1064 actes recensés) puis les juifs (540 actes recensés alors qu’ils ne représentant que 1% de la population) et enfin les musulmans (100 actes recensés) . (Source ministère de l’intérieur)

Car même la partie de la gauche qui a su résister à la séduction du totalitarisme islamique reste très ambigue quand il s’agit d’ouvrir les yeux sur la stratégie de victimisation de l’islam politique. Comme si elle regrettait que les Français sachent se tenir, elle a refusé l’instrumentalisation des islamistes, mais reprend malgré tout une de leur antienne, celle de la haine anti-musulman. Une haine largement fantasmée mais que les islamistes font tout pour alimenter.

Ce qui est vrai c’est que le rejet de l’islam monte en France, mais pour le coup il y a des raisons objectives: Plus de 260 personnes sont mortes dans ce pays et les 4 dernières victimes d’un islamiste ont été abattues au coeur de la préfecture de police de Paris. Or tout a été fait pour qu’elles n’impriment pas nos mémoires, leurs noms, leurs visages ont été vite effacées, comme s’il fallait très vite oublier, passer à autre chose. Le deuil collectif a été refusé puis piétiné: très vite, ce drame a été éclipsé par la victimisation sans tact ni mesure d’une proche des frères musulmans (ce que l’on a su après) qui est allée se promener au sein d’un conseil régional, avec ce que l’on peut porter en France légalement qui se rapproche le plus de l’uniforme des femmes de daesh. Elle y a trouvé ce qu’elle était venue chercher: une réaction outrée, d’autant plus soigneusement montée en épingle, qu’à la fin la dame ne risquait rien et a été plutôt soutenue au-delà des rangs de la mouvance intégriste à laquelle elle appartient.

Ce qui est vrai c’est qu’à force de provocation, il y a bien eu une réaction et que l’on a frôlé le drame. L’attentat de Bayonne montre ce qui pourrait se passer si nos élus ne se décident pas à affronter les islamistes et à défendre nos lois. Or pour l’instant, le gros des troupes préfère, soit se taire quand ils sont au pouvoir, soit devenir les alliés objectifs de fascistes quand ils appartiennent à la gauche dévoyée. Les élus responsables qui dénoncent ce qui se passent sont rares et appartiennent en général à la droite.

Un positionnement des élus qui nous met collectivement en danger

Ce positionnement est intenable et nous met tous en danger car il est un des artisans de la peur qui monte et que les identitaires de tous poils, verts comme bruns, savent utiliser à leur profit. Or ce qui fait basculer un pays comme le nôtre, ce n’est pas tant le fait d’être attaqué, mais qu’il se trouve à l’intérieur des inconscients et des collaborateurs pour tenir la porte au pire. Quand ce sont des élus qui le font, alors oui, l’heure peut être considérée comme grave. La gauche ne se sauvera pas en trahissant la République pour la théocratie juste pour conserver à quelques élus leurs privilèges. Elle mérite même de disparaître dans les poubelles de l’histoire où la plus grande partie de ses représentants viennent de l’y jeter.

C’est d’autant plus troublant qu’à la fin, entre la gauche dévoyée, les naïfs manipulés, persuadés d’agir pour lutter contre le racisme, et les authentiques islamistes, il y avait à peine 13 000 personnes à cette manifestation. C’est dire s’il est encore possible de combattre les islamistes à condition de le vouloir. Mais visiblement la gauche, elle, a choisi l’alliance au pire, l’aveuglement au mieux. LREM ( à l’exception de Marlène Schiappa sur... twitter) se tait car pour ce parti qui n’a qu’un chef et pas de ligne, la France ne semble pas exister, ni posséder son génie propre ; c’est une carte, un territoire sur laquelle on peut installer n’importe quel régime. Son projet ne parait pas consister à faire vivre la République, à faire de ses habitants un peuple uni et de ses institutions, notre patrimoine commun mais à y installer la rivalité identitaire et la concurrence communautariste, autrement dit le multiculturalisme. C’est pour cela que les islamistes bénéficient de toutes les indulgences et de tous les silences. A la fin, seul la droite réagit parmi les partis républicains et paraît conserver une certaine idée de la France.

Certes remettre de l’ordre dans un pays à la dérive ne se fera pas sans mal et je comprends qu’un pouvoir déconsidéré, dont le socle est extrêmement réduit ne l’envisage pas sans crainte. Les islamistes sont minoritaires mais déterminés et avec le retour des jihadistes de Syrie, leur capacité de nuisance, de menace voire d’incitation au passage à l’acte terroriste ne peut qu’être augmentée. Cependant on a vu notre président être sans état d’âme s’agissant de faire rentrer dans le rang, des pompiers, des praticiens hospitaliers ou les gilets jaunes, on l’a vu tenir des discours enflammés sur le retour d’une peste brune qui peine à se concrétiser, on aimerait la même détermination quand il a en face d’authentiques fascistes qu’ils soient islamistes ou militants de la race.


jeudi 7 novembre 2019

Instrumentalisation




Par Barbara Lefebvre

Emmanuel Macron a inauguré à Paris le nouveau Centre européen du judaïsme (CEJ), vaste édifice culturel et religieux dans le 17e arrondissement. Barbara Lefebvre analyse le discours du président et dénonce une instrumentalisation qui fait le jeu de sa politique communautariste.


Le discours d’Emmanuel Macron lors de l’inauguration du Centre Européen du Judaïsme (CEJ) le 29 octobre dernier aura coché toutes les cases de l’exposé d’un président à « ses braves citoyens juifs ». Il témoigne néanmoins de l’impasse dans laquelle nous sommes collectivement tant ce discours révèle un décalage historique que le président, les élites qu’il incarne – dont notamment les notables juifs présents ce soir-là – ne semblent pas mesurer. Ces paroles sont vides de sens du point de vue politique car la République qui les prononce n’est plus la même : la République n’est plus ni indivisible ni la représentante d’un corps national tel que Renan l’avait défini. Cette République postmoderne et multiculturelle, n’est plus qu’un régime politique, une carcasse institutionnelle encore fonctionnelle (merci Debré, merci de Gaulle), mais la nation est décharnée. La puissance publique postmoderne est une sorte de Léviathan expert-comptable, un gestionnaire et non un stratège. Elle n’a plus de pouvoirs politiques majeurs les ayant, depuis un demi-siècle, un à un délégué à une puissance supranationale, qui à l’Etat maastrichtien, qui à l’OTAN, qui aux marchés financiers (dont nous sommes l’otage du fait de notre niveau d’endettement), qui aux entreprises transnationales dévouées à la civilisation des machines globale. A quoi sert l’Etat républicain sinon à maintenir une illusion d’union nationale à coups de grands discours ?

Macron joue la partition communautaire…
Nos autorités sont dans une forme de dissonance cognitive qui accentue les tensions du corps social. Elles tiennent aujourd’hui un discours républicain hérité du passé à un pays fracturé qui souffre de ne plus se reconnaître comme nation. Elles jouent le jeu de la partition communautaire tout en la dénonçant : pur cynisme politique. Conscient que l’une de ces « communautés », nouvellement implantée, manifeste dans ses marges extrémistes des velléités de sécession et menace l’ensemble d’un édifice social déjà fragilisé, l’Etat a fait le choix assumé depuis la présidence Sarkozy (qui partage avec le président Macron le même tropisme anglosaxon) de saucissonner la nation en parts de marché communautaire. La tyrannie des minorités de toutes engeances est en train d’instaurer un régime autoritaire, et cela commence par la révision du vocabulaire public autorisé et par une écriture falsifiée du réel. Je ne parlerai pas ici de déni comme cela est fait régulièrement car je ne crois pas à un mécanisme inconscient de ce reformatage de nos représentations sociales et culturelles par la doxa diversitaire.

Les Juifs servent à cet égard de parfait outil de falsification du réel : le régime de terreur dans lequel ils vivent depuis vingt ans dans les « territoires perdus de la République » serait exagéré et ceux qui comme les auteurs de l’ouvrage précité le décrivent ne sont au fond que des racistes antimusulmans. Le procès contre Georges Bensoussan aura démontré la haine à l’égard de l’auteur-coordinateur des Territoires perdus de la République et surtout l’historien de Juifs en pays arabes. Le grand déracinement. Ce qu’ont vécu les Français juifs dans les banlieues islamisées et racaillisées n’existerait que sous la forme de regrettables incidents anecdotiques, à l’instar de ce qu’ils vécurent dans les pays arabes en termes de soumission pluriséculaire et d’humiliation institutionnalisée, motivées par un antijudaïsme inscrit au cœur même de la littérature islamique (Coran, hadiths, fatwas etc.). Emmanuel Macron l’a d’ailleurs démontré le 29 octobre : pas un mot sur la nature, le visage de « l’antisémitisme contemporain » (sic) subi par les Français juifs dans « ces quartiers perdus » (sic). Quand il évoque les victimes d’attentats antijuifs d’Ilan Halimi à Mireille Knoll (oubliant au passage Sébastien Sellam), il se garde d’identifier le profil commun des tueurs. A croire que ces douze victimes ont été ciblées et assassinées par des soldats de Dark Vador, mus par des forces obscures. Rappelons-lui de qui il s’agissait : des criminels justifiant leurs actes en invoquant l’islam (dévoyé ou non, ce n’est pas l’affaire de la victime qui y a laissé la vie, ni de ceux qui doivent vivre avec cette absence).

… et la comédie!
Emmanuel Macron a-t-il estimé que parce qu’il s’exprimait devant des juifs il n’était pas utile d’identifier explicitement l’idéologie commune à leurs bourreaux ? On peut en douter puisque quelques minutes plus tard il fut plus explicite sur la vraie menace qui pèserait sur les Français juifs, et là nous n’étions plus dans le déni ou le non-dit, mais dans le mensonge politique. Après avoir salué « l’acte de résistance et de confiance dans la France » (sic) que représentait la construction du CEJ, le président prit un de ces airs graves légèrement surjoué qu’il utilise avant de prononcer une sentence : « l’histoire revient avec son pas lourd, et la bête quaternaire se réavance pour nous menacer ». Nous y revoila, l’acte 2 du quinquennat est aussi la Saison 2 du feuilleton à succès « Le retour de la bête immonde ». Convoquer la peste brune, les heures sombres de notre histoire pour évoquer la menace subie par les juifs vivant en France relève de l’insulte historique, mémorielle, politique. Et le président Macron d’enfoncer le clou en évoquant l’attaque antisémite en Allemagne du 9 octobre pour la comparer à ce qui se passe en France. Quel juif, quelle synagogue, quel magasin casher, quelle école privée juive, ont été ciblés par un terroriste d’extrême-droite en France ? La réponse est simple : aucun. Cela ne signifie pas que l’antisémitisme d’extrême-droite n’existe plus, mais ce qui est certain c’est que ce n’est pas lui qui terrorise, fait déménager voire tue des Français juifs. Au passage, j’aimerais savoir qui dans la salle du CEJ connaissait le roman de Renée Massip La bête quaternaire publié en 1963 auquel fit allusion le président ! Ce livre sur une femme engagée dans la Résistance pendant l’Occupation n’a laissé une trace majeure ni dans la littérature, ni dans la mémoire collective ; mais cela permit au président d’accroitre son champ lexical de « bête immonde ».


Lorsque le président Macron fit une seule allusion à la relation entre juifs et musulmans, il nous transporta à Cordoue au 9ème siècle ! Il eut alors ce raccourci saisissant : « malgré leur statut de dhimmi les juifs ont rayonné ». Ah ces juifs, ils ont de la ressource quand même… Le président nous dit en sous-titre que malgré le statut de sujets soumis et discriminés par leurs maîtres musulmans, cela n’empêcha pas les juifs d’exister et de briller dans les arts, la médecine, la philosophie. Finalement de quoi se plaint-on ? Est-ce là un de ces énièmes anachronismes historiques macroniens pour dire aux Français juifs de 2019 qu’accepter de se soumettre à l’islam politique majoritaire dans tel ou tel quartier, ce n’est finalement pas si terrible au regard du destin juif vu par la grande Histoire ? Mais Emmanuel Macron semble ignorer que seule une infime minorité de juifs proches du pouvoir musulman médiéval était épargnée par les conséquences de l’infamie et put « rayonner » ; d’ailleurs la plupart des grands sages du judaïsme andalou eurent des vies faites d’instabilité, d’exil, de peur. L’immense majorité des juifs n’eut pas l’occasion de « rayonner », elle était enfermée dans un quartier dédié qui inspirera le ghetto italien, portait des signes distinctifs qui inspireront la rouelle dans l’Occident chrétien, payait des impôts supplémentaires. La discrimination institutionnalisée en islam – et la ségrégation de facto qu’elle imposa partout aux minorités religieuses – a été une source d’inspiration pour la Chrétienté médiévale, et non l’inverse. Mais certains mythes sont apparemment impossibles à décrypter tant ils servent à maintenir notre actuel rêverie sur le « vivre ensemble ». Les juifs du monde arabe ne furent pas plus heureux sous le joug de théocraties islamiques successives que sous le joug des monarchies chrétiennes, où les périodes de tranquillité succédaient à celles de persécutions. Les Français juifs qui vivent dans une démocratie dont ils respectent les lois, les valeurs, le destin national, n’ont pas à accepter qu’on minimise la réalité de leur sort actuel en le comparant à celui, mystifié, de leurs lointains ancêtres vivant dans des régimes théocratiques.

L’armée en dernier recours?
Les avanies de l’histoire ont toujours frappé en premier lieu les juifs les plus modestes ; ceux qui n’avaient ni les moyens de fuir, ni ceux de se protéger de la fureur du maître. Une part importante de « la communauté juive » de France a vécu des années 1950 à la fin des années 1990 dans les banlieues ou les quartiers populaires des grandes métropoles, ils étaient des travailleurs de la classe ouvrière et surtout de la petite classe moyenne celle des commerçants et artisans, souvent fraichement débarqués d’Afrique du nord mais aussi descendants d’immigrés d’Europe de l’est, les premiers plus pratiquants que les seconds. En 2019, ce judaïsme de banlieue n’existe plus que sous une forme résiduelle, souvent dans un entre-soi religieux puisque ce type de collectif sert de garantie sécuritaire aux individus. L’esprit du dhimmi a ressurgi, on accepte de vivre enfermés dans des synagogues sous vidéo surveillance en prétendant que tout va bien puisqu’ « ils nous laissent tranquilles tant qu’on reste entre nous ». C’est en effet le rêve des islamistes et l’aubaine des dealers : chacun chez soi, nous gardons le territoire ; nos femmes, nos enfants ne se mélangent pas. Effet d’aubaine aussi pour certaines boutiques juives orthodoxes qui gèrent la paix froide avec les islamistes locaux. Ainsi les écoles privées juives notamment hors contrat ont-elles connu un essor phénoménal sur les deux décennies écoulées, l’Education nationale ayant renoncé à protéger les élèves de la racaille, qui pourrit aussi la vie de la majorité silencieuse qui n’a nulle part où fuir. Nous en avons raconté le quotidien dans Les territoires perdus de la République en 2002, pas un mot n’est à retirer de nos témoignages. Tout cela révélait que la République, la nation était en perdition depuis les années 1990, qu’il fallait agir pour punir, traquer les islamistes et les mafieux de ces territoires quand ils étaient encore assez minoritaires. Aujourd’hui en 2019, tout le monde sait qu’il faudrait a minima l’armée pour que la République y reprenne pieds. Et tout le monde sait que le courage politique n’est pas là pour un tel rétablissement de l’ordre public. On se donne des grands airs de défenseurs de la République en éborgnant des Gilets jaunes tandis qu’on laisse la pire des gangrènes se développer sous nos yeux grands fermés, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Michèle Tribalat.

Les Français juifs « d’en bas », ceux du « judaïsme périphérique » comme existe une France périphérique, étaient au front, eux, avec leurs concitoyens condamnés économiquement à demeurer dans ces quartiers en sécession. Les « juifs d’en haut » ont mis du temps à se rendre compte de la calamité. Quand les Juifs, de milieu modeste notamment, quittent ou envisagent de quitter (40% selon une enquête Ifop) leur terre natale – hors temps de guerre – c’est le signe que le pays va mal. A l’image de certains mammifères qui fuient leur zone d’habitat avant une catastrophe naturelle, les juifs ont acquis par l’habitude de l’histoire la capacité à sentir venir le tsunami qui va les emporter, avant de saisir la société toute entière. Il aura en effet fallu le 7 janvier 2015 puis le 13 novembre pour que les Français comprennent qui était leur ennemi : l’islam politique – et son expression en actes, le djihadisme – est la pire menace que la France ait connue depuis quatre-vingts ans. Les Français juifs qui alertent depuis plus de deux décennies ne sont ni des racistes anti-arabes, ni des obsessionnels de la persécution, ce sont des citoyens soucieux de défendre leur pays, la France que leurs aïeuls avaient choisi et leur ont appris à aimer, parfois passionnément. Quand leurs alertes ne sont pas entendues par souci de la bien-pensance, ces juifs-là sont traités de pompiers-pyromanes, accusés de « faire le jeu de ». L’auteur de ces lignes s’est même vu qualifiée par des soi-disant défenseurs de la République « d’agent de la tenaille identitaire ».

Stratagème écœurant
Voici au moins quatre décennies que les Français juifs sont devenus la variable d’ajustement dont abuse le discours étatique pour promouvoir le « vivre ensemble » et se désoler tout à la fois de son échec ! La puissance publique utilise l’argument de l’exemplarité du modèle juif d’intégration pour dissimuler son échec à intégrer des vagues migratoires récentes au nom du multiculturalisme et du droit à la différence. Cette façon de détourner l’attention du problème réel  pour servir un discours politicien est banal en soi. Mais on est en droit d’être écœuré de voir ce stratagème utiliser en s’appuyant sur l’histoire de l’extermination des Juifs d’Europe et la mémoire de ses victimes, qui plus est avec le concours zélés d’institutionnels juifs prétendument représentatifs.

Cette instrumentalisation de l’histoire de la Shoah ne date pas d’hier, la fondation même de SOS Racisme repose sur ce récit universalisant du « martyre juif » qu’on peut utiliser à toutes les sauces antiracistes puisque cette histoire a été au préalable parfaitement dépolitisée, décontextualisée, finalement déjudaïsée. Pas étonnant donc que le CCIF et autres collectifs de « mamans voilées » privées de sorties scolaires, osent se comparer « aux juifs des années 30 » comme en ont témoigné plusieurs dessins infâmes sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Si Emmanuel Macron n’est pas l’inventeur de cette instrumentalisation, il l’a poussée ces trois dernières années à des extrémités insupportables. Quelques exemples significatifs : pendant la campagne sa directrice de la communication Sibeth Ndiaye évoquait le « copyright » des juifs sur le mot crime contre l’humanité, puis surtout le 30 avril 2017 lors de l’entre-deux tours des présidentielles la mise en scène au Mémorial de la Shoah (avec les responsables communautaires en arrière-plan) constitua une véritable instruction du « vote » de la communauté en agitant le spectre lepéniste comme si Hitler était ressuscité. Cérémonial répété en compagnie de Richard Ferrand et Gérard Larcher le 19 février dernier après une série d’actes antisémites (croix gammées apposées dans divers lieux, arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi arraché). Et toujours le même discours vague : la hausse des faits antisémites est avérée mais n’est imputable à aucune idéologie sinon, comprend-on à demi-mot, au « repli nationaliste », « aux extrêmes qui nourrissent la peur de l’autre ». L’islamisme n’a rien à voir dans tout cela, c’est « la bête immonde quaternaire » qu’on-vous-dit !

Tout cela se fit avec le soutien inconditionnel d’une majorité des élites et notables juifs, certains à la tête d’institutions, d’autres accompagnant l’ascension et le pouvoir macronien avec dévotion. Ainsi le CRIF ne recula ni devant l’insulte à l’intelligence civique de ses coreligionnaires, ni devant le principe de neutralité politique auquel il devrait s’astreindre, en achetant une pleine page du Figaro le 23 mai 2019 pendant la campagne des Européennes. Une poignée d’individus auto-proclamés représentants de chacun des citoyens Français juifs ont décidé qu’il fallait adresser une consigne de vote, tel Tocqueville emmenant « ses paysans normands » voter en avril 1848 : « Les communautés juives d’Europe ont payé un lourd tribut à ces replis nationalistes et identitaires. Elles ne peuvent pas rester indifférentes à ce qui se jouera dans les urnes. Le 26 mai il faudra écarter les listes extrémistes et populistes (de droite comme de gauche) qui veulent porter atteinte aux droits de l’Homme, aux libertés publiques, à la liberté religieuse et fraient avec le négationnisme, l’antisémitisme ou l’antisionisme. Le 26 mai prochain, votez et faites voter pour les listes qui défendent les valeurs démocratiques et les droits fondamentaux ! ». Quelle est la légitimité du CRIF pour formuler de telles instructions, de telles analyses politiques ? Est-ce le mandat pour lequel ses dirigeants ont été élus ?

Ces juifs « d’en haut » qui desservent la bonne cause
Ces « juifs d’en haut » (voire « très haut ») portent préjudice aux Français juifs et sont les fossoyeurs du judaïsme français depuis plus de trente ans. Ils exploitent une rente morale qui leur permet d’obtenir, conserver, voire transmettre des postes souvent lucratifs sur le dos de la communauté juive dont le nombre va diminuant, dont les ressources tant morales que financières s’épuisent. A cet égard, on peut s’interroger sur l’utilité d’endetter (7 millions d’euros) lourdement les institutions juives pour construire un Centre Européen du Judaïsme à Paris où d’autres lieux existent déjà et suffisent à satisfaire la demande culturelle juive, qui elle aussi va en diminuant tragiquement à l’image de la démographie juive française : le Centre Rachi, le Centre Fleg, le MAHJ, le Centre communautaire La Fayette notamment ne suffisent-ils pas ? A moins que le CEJ n’ait d’intérêt que pour sa synagogue ; pourtant à Paris elles ne sont vraiment pleines qu’une fois par an, à Kippour. Pourquoi en fallait-il encore une nouvelle de 600 places ?

Le CEJ, comme le discours présidentiel qui l’a inauguré, apparaît non pas comme un outil redonnant de l’élan à ce judaïsme français qui fut autrefois intellectuellement brillant, il est au contraire comme un adieu à la France. L’adieu à l’Ecole d’Orsay, aux Colloques organisés à partir de 1957 où les esprits puissants de Léon Ashkenazi, André Neher, Emmanuel Levinas, Vladimir Jankélévitch, Albert Memmi, Raymond Aron, entre autres, se firent entendre pour former cette intelligence collective lumineuse aujourd’hui évanouie dans l’individualisme consumériste et le grand-embourgeoisement d’une poignée de notables sans envergure intellectuelle, ni spirituelle. Quand Ashkenazi-Manitou et Neher cherchaient à éclairer les Français juifs à la lumière des maîtres du judaïsme, les notables cherchent aujourd’hui à briller dans l’ombre du monarque, sous les ors d’une République expirante. Quand Levinas et Benjamin Gross aidaient les Français juifs à mieux comprendre le monde à la lumière de la philosophie et de la pensée juive, le grand rabbin de France aujourd’hui invite le dirigeant wahhabite Mohamed al-Issa de la Ligue islamique mondiale en pèlerinage Auschwitz (que ne l’invite-t-il à prier avec lui sur le Mont du Temple s’il s’agit de dialogue interreligieux ?). Le judaïsme français s’est expatrié en Israël au cours des vingt dernières années, de là-bas les successeurs des maîtres cités ici essaient encore de le faire briller, mais tout le monde a conscience que ce sont ses derniers feux. Ceux des Français juifs qui regardent le réel en face ont  compris que si leur pays, la France, ne prend pas son destin national en main, cette magnifique patrie s’éteindra aussi.

mercredi 6 novembre 2019

Convergence des luttes barbares




Par Michel Onfray

Un temps j’avais commencé un petit journal sous forme de notules prises sur mon iPhone intitulé Des nouvelles du Bas-Empire.

J’y ai vite renoncé parce qu’il me fallait tous les jours y noter quelque chose et que j’estimais avoir mieux faire que de m’instaurer le chroniqueur de la décadence de notre civilisation dans son menu détail: entre les grands-mères qui peuvent être des pères comme les autres et une association néerlandaise qui lutte pour le droit des animaux humains à copuler avec les animaux non humains, en passant par les écologistes qui vantent les voitures électriques qui roulent grâce aux centrales nucléaires et le perpétuel massacre de la langue française chez les journalistes des chaînes d’information continue, gloubiboulga doctrinal et sémantique des présentateurs météo compris, sans oublier l’usage idéologique des publicités qui vend le modèle maastrichtien cosmopolite, bobophile et écolâtre en plus du produit, c’était sans fin…

Je voudrais juste ici ramasser quelques remarques sur la convergence des luttes barbares qui se dessine sans contestations possible sur le seul terrain de la culture: interdiction d’une représentation théâtrale à la Sorbonne, attaque d’une librairie à Paris, destruction d’une école à Béziers, censure d’un philosophe à Science-Po et de son homologue à l’Université de Bordeaux, incendie d’une structure d’éducation populaire à Chanteloup-les-Vignes.

La gauche autoproclamée qui sacrifie si souvent au psittacisme du retour des années trente, du spectre des année noires, de l’extrême-droite sollicitée hors de propos historique comme une insulte, de Vichy et de Pétain réactivés chaque matin pour salir un interlocuteur qui ne pense pas comme elle, de la Shoah et d’Oradour-sur-Glane utilisés comme des arguments d’autorité sémantiques et rhétoriques chez les macroniens, cette gauche que je mets dans le même sac, les socialo-communistes pour parler à l’ancienne et les macrono-mélenchonistes pour donner la formule de leur dernière progéniture, se tait sur le retour de cette barbarie. Elle verbigère, ça c’est sûr, elle blablate sur les plateaux télés, évidemment, elle cause, certes, elle ne fait d’ailleurs que ça, mais dans le vide: les macroniens promettent que tout ça va bientôt changer, pourvu qu’on vote pour eux la prochaine fois, les mélenchonistes prétendent que tout ça est la faute du manque de moyens mais que ça va aussi changer, pourvu qu’on vote pour eux la prochain fois. Or l’état des lieux, c’est à eux qu’on le doit depuis des décennies! Car Macron vient de Hollande et Mélenchon de Mitterrand, Hollande venant lui même de Mitterrand… C’est un même petit monde qui se bat pour partager un même gâteau en laissant le peuple les regarder se battre pour savoir qui l’emportera. Les gilets-jaunes furent à leur départ forts de ce refus du double-jeu de Macron et de Mélenchon. Mais, chacun à leur manière avec chacun leur méthode, ces deux-là les ont néantisés.

Le Monde vient d’annoncer par erreur la mort de Bernard Tapie. Comme les autres, ce journal n’est pas à une fausse information près! Il y a peu, ils se sont eux-aussi vautrés dans l’affaire Dupont de Ligonnès sans aucune autocritique sur le fonctionnement de leur boutique…

Or Bernard Tapie est plus vivant que jamais: cet homme que Mitterrand avait mis en selle et célébré comme le nouveau modèle de la gauche devenue libérale, cet homme qui fut l'autre héros des années "Vive la crise!" (l'émission qui vantait le giscardisme européiste en le prétendant de gauche, merci Yves Montand, merci Anne Sinclair, merci Serge July, merci Christine Ockrent, merci BHL, merci Laurent Joffrin…), ce chef d’entreprise véreux dont les socialistes faisaient le digne successeur de Jean Jaurès et de Léon Blum adoubé par un Mitterrand se disant "cablé", pour ne pas dire "chébran", chez Yves Mourousi la voix éraillée par la cocaïne, ce Bernard Tapie peut aujourd’hui voir le résultat de ce que lui et ses amis ont mis en place dans les années 80. Ce qui advient ces temps-ci, cette convergence des luttes barbares, c’est le fruit du mitterrandisme qui a autant produit le mal que ce qui se présente aujourd’hui comme son remède: la famille Le Pen.

Précisons ces moments dont on aimerait que les macrono-mélenchonistes les stigmatisent eux-aussi comme autant de variations sur le thème des autodafés des années trente, des années noires, des années vichystes, etc…

Le 25 mars 2019, des étudiants se disant antiracistes obtiennent l’interdiction de la représentation d’une pièce de théâtre d’Eschyle, Les Suppliantes, dans le cadre du festival de théâtre antique Les Dionysies. Ces militants agissaient ainsi au motif que, dans la tradition ancestrale des masques pourtant, des comédiens blancs s’y grimaient en noir pour figurer des esclaves venues du Nil et que ce procédé dit black-face (en anglais, c’est mieux car on sait ainsi d’où ce délire nous vient…) relevait purement et simplement du racisme. Une cinquantaine de personnes se réclamant de la Ligue de défense noire africaine, de la Brigade anti-négrophobie et du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), ont bloqué l’entrée de l’université. Ils ont obtenu gain de cause. Allant plus loin et demandant réparation sous la forme d’un genre d’expiation publique, le CRAN a exigé "un colloque sur l’histoire du black-face en présence de ce metteur en scène, de la direction du centre culturel et du doyen de cette université". Ce metteur en scène dont les associations allaient jusqu’à ne pas donner son nom par haine de sa personne s’appelle Philippe Brunet. On lui doit un travail de traducteur remarquable, dont une Iliade sublime. 

Le 4 octobre 2019, la Nouvelle librairie, sise près du Luxembourg, a été vandalisée pour la seconde fois. La première, c’était en février en marge d’une manifestation des gilets-jaunes lors de l’acte XIII. Le responsable de cette librairie, François Bousquet, avait alors dit à Causeur: "Des gilets-jaunes se sont tant bien que mal interposés. Sans leur intervention, les dégâts auraient été encore plus lourds, non seulement parce que ce sont deux gilets-jaunes qui ont prévenu notre libraire de l’arrivée imminente des antifas, mais aussi parce qu’une poignée d’entre eux a défendu la librairie." Les vidéos montrent que casqués, cagoulés, vêtus de noir, les attaques ont été menées par des blacks -blocs qui se présentent comme antifascistes tout en goûtant tout particulièrement les méthodes violentes du fascisme - bandes armées, recours à la violence, coups et blessures infligés avec des barres de fer, des matraques, dégradations de biens.

Le jeudi 31 octobre, dans la nuit, un groupe scolaire a été incendié à Béziers. Deux classes ont été entièrement détruites et dix-sept endommagées dans ce groupe appelé Les Tamaris. Un jeune homme de quinze ans a été interpellé trois jours plus tard. Connu des services de police, comme il est dit, il avait déjà été arrêté deux ans auparavant, il avait donc treize ans, pour avoir allumé des incendies lors de la soirée d’Halloween. Lors de son interpellation, le dimanche suivant, il jetait des pierres sur les policiers de la BAC. Il a reconnu avoir mis le feu à une voiture près de l’école mais, bien sûr, n’être pour rien dans la vandalisation du groupe scolaire.

Ce même jeudi 31 octobre, la philosophe Sylviane Agacinski a été empêchée de donner une conférence dans le cadre de l’université Michel-de-Montaigne à Bordeaux. Elle souhaitait aborder la question de "l'être humain à l’époque de sa reproductibilité technique". Un débat faisant suite à cette conférence (qui, avec son titre en judicieux clin d’oeil à Walter Benjamin, s’annonçait passionnante…) été évidemment prévu. Sylviane Agacinski est une philosophe de gauche dont le travail impeccable porte notamment sur les questions de PMA et de GPA. Elle milite, comme toute personne de gauche qui devrait se respecter, contre la marchandisation des corps rendue possible par le système libéral, gauche libérale comprise. Son mari, Lionel Jospin, qui fut un premier ministre socialiste digne, avait dit qu’il était pour une économie de marché mais contre une société de marché - la formule était un programme, c’était en même temps une formule, belle formule et beau programme. C’est dans cette logique que s’inscrit le travail de la philosophe. Des syndicats étudiants et des associations LGBT ont multiplié les menaces pour que cette conférence-débat n’ait pas lieu. La présidente de l’université leur a donné raison. Le 23 avril dernier, la même mésaventure était arrivée au philosophe Alain Finkielkraut. Un comité baptisé "Science Po en lutte - Institut (sic) Clément Méric" avait menacé de rendre la conférence impossible. Les autorités leur ont donné raison: Alain Finkielkraut a été lui aussi interdit de parole.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier, des violences à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines sont à l’origine de la destruction d’un immense chapiteau ayant coûté 800.000 euros au contribuable. Une trentaine de jeunes de la cité de la Noé cagoulés a préparé une opération commando qui leur a permis, après avoir allumé des incendies de poubelle, d’attirer pompiers et policiers dans un guet-apens. Les émeutiers ont alors pu lancer sur leurs victimes piégées les cocktails Molotov préparés et stockés dans les poubelles. Ils ont ensuite mis le feu à L’Arche, une structure d’éducation populaire dédiée aux arts du cirque et de la scène. A cette heure, deux individus dont un mineur de dix-sept ans, ont été interpellés.

Il y a là, en sept mois seulement, de quoi s’inquiéter du retour du fascisme, si l’on veut utiliser ce mot, mais en le montrant tel qu’il est: c’est un fascisme de gauche qui embarrasse la fameuse gauche macrono-mélenchoniste. On y trouve en effet tous ce que les islamo-gauchistes présentent comme des victimes du système et qu’ils célèbrent comme des héros à même de décomposer une civilisations qu’ils haïssent. Vandaliser une libraire de droite, censurer la représentation théâtrale d’un auteur classique blanc et européen, interdire de parole deux philosophes rationalistes et laïcs, brûler des écoles républicaines dans la ville d’un maire sans cesse honni dans les médias, Robert Ménard, incendier le chapiteau d’un dispositif culturel républicain: tout cela est très cohérent…

Ceux qui, à gauche, crient au loup fasciste ont bien raison, mais ils sont surtout tort de croire que la meute vit à droite: c’est chez eux que se trouve la tanière dans laquelle se reproduisent les petits. 

On trouve dès lors ces MM (qu’on me permette cette abréviation pour macrono-mélenchonistes) aux côtés de ceux qui commettent ces forfaits: à la Sorbonne des étudiants prétendument antiracistes qui sont en fait des racistes anti-blancs, à Paris de prétendus antifascistes qui ravagent une librairie mais qui utilisent les méthodes des groupuscules fascistes, à Bordeaux des militants LGBT qui prétendent travailler à l’augmentation des libertés libérales de vendre des enfants tout en restreignant les libertés d’opinion, d’expression et de réunion, à Béziers ou à Chanteloup-les-Vignes des délinquants qui marquent leurs territoires (quand des élus travaillent à reconquérir ceux qui ont été perdus par la République…) et qui ne sont que les caricatures du système libéral qui veulent qu’on leur laisse faire leur business très rentable selon les lois du marché libéral le plus pur, chaque fois, on trouve des excuses à tout ce petit monde. Lequel ayant commis l’un de ces forfaits se trouve-il aujourd’hui trainé devant les tribunaux? Je ne parle même pas de la prison…

Sur un plateau de télévision, la responsable de La France insoumise qui fut tête de liste aux européennes, appelée à s’exprimer sur l’incendie de ce joyau socio-culturel de Chanteloup-les-Vignes, a choisi de répondre en stigmatisant les violences policières… 

Qui peut s’étonner qu’un sondage paru ce week-end dernier dans Le Journal du dimanche montre qu’en cas de présidentielles Marine Le Pen arriverait en tête au premier tour et que, bien sûr, elle serait battue au second par Emmanuel Macron? Qui peut encore douter qu’Emmanuel Macron n’ait pas intérêt à ce que les choses soient ce qu’elles sont, comme elles sont et qu’elles continuent à être comme elles sont? Librairie vandalisée, représentation théâtrale interdite, écoles incendiées, philosophes bâillonnés, infrastructures culturelles dévastées et sang versé compris, car je n’ai parlé ici que de la culture, pour lui, tout est pour le mieux dans le meilleur de son monde!

Qu’on se souvienne que, dans les années vingt, Benito Mussolini venait de la gauche, que dans national-socialisme il n’y avait pas que le mot national, que du communiste Doriot au socialiste Déat en passant par le radical-socialiste René Bousquet, la collaboration fut aussi une affaire de gauche, que Drieu la Rochelle, collaborateur notoire, a longtemps hésité entre Berlin et Moscou, que le philosophe radical-socialiste Alain trouvait dans son Journal de grandes vertus au succès Hitler et des vices à la réussite du général de Gaulle, et qu’à regarder la paille fasciste dans l’œil de son voisin on ne voit pas la poutre plantée dans le sien.

Que le fascisme menace, c’est un fait: mais il n’est pas là où ses amis et ses idiots utiles disent qu’il se trouve.

Michel Onfray

mardi 5 novembre 2019

On nous lâche !




Par Philippe Bilger

D'abandons en scandale : on nous lâche !


La démocratie idéale revient à placer son sort entre les mains d'un pouvoir politique qui vous le rendra au centuple. C'est un pacte social que l'Etat doit respecter, faute de quoi une société tombe dans un désordre impossible à maîtriser.

On est loin de cette confiance.

La multitude des revendications catégorielles - pompiers, policiers, magistrats, militantes de la cause des femmes, infirmières, agriculteurs, commerçants et autres - n'est que l'expression d'une France qui laissée à elle-même se plaint d'avoir été abandonnée mais semble en avoir pris acte et use de ces révoltes à répétition pour forcer les portes d'un pouvoir impuissant.

Ces frondes qui reviennent presque quotidiennement battre les rivages de notre République, révèlent le désarroi, voire l'indignation de citoyens qui ont perdu foi en la parole de l'Etat. Et qui en ont assez des antiennes du genre : c'était pire avant, on ne peut pas tout faire, il n'y a plus d'argent, il faut être patient...

Si ce mouvement n'est pas arrêté par un pouvoir enfin remis face à ses responsabilités, on ira vers un désastre dont le terrorisme sanglant n'aura qu'à recueillir les débris.

Morosité crépusculaire, pessimisme exagéré ? Je ne crois pas. A voir l'Etat si inefficace dans l'accomplissement de ses missions essentielles, à la fois sociales et régaliennes, on ne peut qu'éprouver de l'angoisse. Ce sentiment qu'on nous lâche, que nous sommes condamnés à tout faire nous-mêmes, est profondément déprimant. La crise trop longue des Gilets jaunes a été la manifestation paroxystique et anticipée de la conscience de ce délaissement.

Et à côté de cette dérive dont chacun peut constater les effets, il y a une France officielle qui, comme le village Potemkine, fait semblant d'occuper tout le terrain. Malgré sa bonne volonté, au mieux elle colmate les brèches, au pire elle les aggrave.

Le constat résigné du président de la République - "le port du voile dans l'espace public n'est pas mon affaire..." - révèle sans fard que le pouvoir nous charge de l'essentiel puisque lui-même ne s'en estime plus digne. Je ne suis pas persuadé que cette indifférence qui cherche à se faire prendre pour de la sagesse ne soit pas, d'une certaine manière, à relier au scandale que j'évoque dans mon titre.

Le terrorisme intellectuel n'est évidemment pas de même intensité que celui mortifère de l'islamisme mais il fait couler dans les veines de notre société un poison délétère.

Le scandale tient par exemple à l'impossibilité pour Sylviane Agacinski - remarquable philosophe invitée à l'Université de Bordeaux Montaigne - de pouvoir faire sa conférence sur la PMA et la GPA à cause de menaces émanant d'un syndicat d'étudiants et d'associations sur la même ligne.

Il aurait été intolérable que cette personnalité, dont la mesure, la finesse et l'intelligence sont éclatantes, vienne traiter de ces thèmes et dialoguer alors qu'elle est "une homophobe notoire" (sic !). Sylviane Agacinski qui offre, dans un univers où la pensée dominante est contraire à la sienne, une bienfaisante dissidence, est ainsi empêchée, à cause de la lâcheté aussi des décisionnaires universitaires, de parler librement. Ce sont ces petits maîtres minoritaires qui imposent leur misérable police, leur odieuse dictature.

Et on cède. Et on lâche !

Je comprends que cette philosophe soit révulsée par ce "terrorisme intellectuel" que pour la première fois elle subit et qui justement l'effraie.

Et pendant ce temps, le CSA avertit à tour de bras, semonce les radios et les télés, et on s'inquiète paraît-il de la présence médiatique de l'extrême droite ! C'est grotesque.

Un danger imaginaire cache un étouffement trop réel. Mais contre celui-ci non seulement on ne veut rien faire mais on n'est pas loin de lui octroyer par principe une honorabilité.

Triste République qui d'abandons en scandale perd la tête et nous indigne quand elle ne nous apitoie pas.

vendredi 25 octobre 2019

l’indécente victimisation de l’islam radical*





*Par Ivan Rioufol


La France saura-t-elle éviter la guerre civile ? L’islam politique, que le pouvoir dit vouloir combattre dans ses implantations françaises, surjoue sa victimisation pour justifier ses ripostes. Les islamistes sonnent la mobilisation, appuyés par leurs "collabos" humanitaristes. Tous accusent la France de semer la haine. Ils assurent que les musulmans sont "persécutés", "criminalisés" par la République. Ces mots ont été répétés, samedi à Paris, place de la République, à l’occasion d’un "rassemblement fraternel" organisé par un collectif de mères de famille des Yvelines. La manifestation, qui a compté quelques centaines de personnes, entendait réagir à l’affaire de "la maman voilée" du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, qui a fait polémique. Parce que le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a déclaré : "Le voile n’est pas souhaitable dans notre société", il est devenu la bête noire des militants de l’islam. "Si j’étais lui, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93 (la Seine-Saint-Denis, NDLR)", a prévenu mardi l’humoriste Yassine Belattar, proche d’Emmanuel Macron…

Le mécanisme de l’intimidation est enclenché. Des appels ont été lancés auprès des musulmans pour manifester ce dimanche dans des grandes villes. La lutte contre l’"islamophobie" signe l’engagement radical : ce mot est l’étendard des séparatistes et des djihadistes. Pour eux, toute critique de l’islam relève du blasphème et du châtiment. Cette réactivité est à comparer avec l’indifférence face aux appels à se désolidariser des crimes commis au nom d’Allah. L’idéologie salafiste a tué en France 263 personnes depuis 2012, sans revanche mimétique en retour. Quand, après les tueries islamistes de Montauban et de Toulouse en 2012, l’imam républicain Hassen Chalghoumi avait invité les musulmans à dénoncer ces attentats, moins de cent personnes avaient répondu, place de la Bastille à Paris. Le 10 octobre, seule une dizaine d’imams et moins de 50 personnes se sont retrouvées avec lui, place Saint-Michel, pour condamner les assassinats des policiers de la préfecture de Paris.

L’opinion a été invitée, par la propagande djihadiste relayée par des médias attendris, à s’apitoyer sur l’enfant blotti dans les bras de sa mère, Fatima E., après la remarque d’un élu RN sur son accoutrement, le 11 octobre. Mais les petits orphelins des quatre policiers assassinés par un islamiste, le 3 octobre, n’intéressent personne.

L’indécence des islamistes est à son comble quand ils se présentent comme les Juifs des années trente. Ce sont ces promoteurs de l’islam judéophobe qui organisent l’épuration ethnique dans leurs quartiers. Observer une telle débauche d’insanités au seul prétexte qu’une femme en hidjab s’est dite «agressée» par une réflexion donne une idée de l’envie d’en découdre chez ceux qui veulent faire plier la République à leurs lois. Lors du dernier rassemblement parisien, une femme voilée brandissait ce panneau, aux pieds de la statue de Marianne: «Française musulmane et voilée, si je vous dérange je vous invite a quitté (sic) mon pays.» Qu’attend l’État pour dire à ces indésirables d’aller vivre
leur charia ailleurs?

L’atmosphère n’a jamais été aussi tendue. Le pouvoir ne peut reculer d’un pouce. Il doit mettre au pas le radicalisme coranique, soutenu par une gauche fascinée par ce nouveau totalitarisme. Les bouffeurs de curés sont devenus des adulateurs d’imams. «On doit faire bloc contre le communautarisme et le radicalisme» , a redit le chef de l’État, mardi. Il est bien temps de s’inquiéter des listes communautaires qui se présenteront aux municipales, en instillant une politique musulmane.

Le programme de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) veut, selon Libération qui le présente aimablement, développer la finance islamique, le marché halal, l’enseignement de l’arabe à l’école, la lutte contre l’«islamophobie», le soutien de Gaza. Mais qui a contribué à consolider le communautarisme sinon Macron? C’est lui qui, à la veille du scrutin présidentiel, à Marseille, avait parlé des Français en ces termes: «Je vois des Arméniens, des Comoriens, des Italiens, des Algériens, des Marocains (…).» Etc. La guerre qui vient est celle du multiculturalisme.

Les plumés se rebiffent

Cet islam radical qui tempête et se dit innocent a été habitué à l’impunité. Il n’a jamais trouvé, face à lui, une République décidée à faire appliquer ses principes de laïcité ou d’égalité entre l’homme et la femme. Mais la virulence de cette idéologie obscurantiste la rend repoussante. D’autant que si ce corpus politique prend soin de montrer qu’il se désolidarise de la société, il réclame quand même son dû de l’État providence.

Ce dernier est pareil au dhimmi contraint de payer la djizia, cet impôt qui assurait jadis la protection du non-musulman en terre d’islam. Cependant, qui veut encore contribuer, par ses impôts et ses cotisations, aux allocations familiales, au logement, à la santé, à la retraite, au chômage de ceux qui crachent sur le mode de vie français? La répartition distributive, clef de voûte du modèle social, n’est plus légitime quand une contre-société se croit en légitime défense à la moindre contrariété. L’architecture sociale doit être repensée. Les plumés se rebiffent un peu partout.

En France, la poudrière est tout autant dans les banlieues que dans la ruralité

La révolte des «gilets jaunes» est partie du sentiment d’injustice d’une classe moyenne méprisée par des «élites», fascinées par la nouvelle France «populaire» des cités. Or non seulement ce ressentiment est toujours ancré dans une partie de la société, mais il fait tache d’huile. Si l’augmentation d’une taxe sur le carburant a été l’élément déclencheur de la révolte du 17 novembre 2018, c’est l’augmentation du ticket de métro qui a mis le Chili, ces jours-ci, en état d’insurrection. C’est un projet de taxation des appels gratuits WhatsApp qui a semé la tempête au Liban. Le succès que rencontre le film Joker, avec l’admirable Joaquin Phoenix, tient notamment à sa mise en scène d’une explosion sociale suscitée par le mépris des puissants pour les plus vulnérables. En France, la poudrière est tout autant dans les banlieues que dans la ruralité.

Faiblesse de l’État

L’État saura-t-il faire bloc? La scandaleuse grève surprise des syndicats de la SNCF, vendredi dernier, a été le résultat d’un pouvoir qui, s’il sait matraquer les «gilets jaunes», s’aplatit devant la CGT autant que devant les cités «sensibles» à la susceptibilité à fleur de peau. La faiblesse de Macron est inquiétante.

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