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vendredi 22 juin 2018

Le bloc-notes d'Ivan Rioufol




L’Europe des nations entame sa reconquête

IVAN RIOUFOL

L’Espagne est gagnée par le syndrome de la Castafiore. La cantatrice de Tintin vocalise sur Gounod : « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! » S’enivrent ainsi d’eux-mêmes ceux qui, depuis dimanche, se mirent dans leur grande bonté en s’ouvrant aux 629 « réfugiés » de l’Aquarius, navire indésirable en Italie, à Malte, en France. « Bienvenue chez vous », est-il écrit à l’entrée du port de Valence. Sur la mairie, une banderole : « Nous voulons accueillir. » En dessous : « Le passé est en noir et blanc. Le futur multicolore. » Le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a offert à chaque clandestin une carte de séjour de 45 jours, ainsi qu’une carte sanitaire gratuite. Il a fait enlever les lames tranchantes posées sur les hauts barbelés (6 mètres) qui séparent du Maroc les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sur respectivement 8 km et 12 km. La moitié des clandestins de l’Aquarius, dont les 11 Marocains et les 43 Algériens, veulent venir en France…

Les socialistes espagnols auraient dû lire saint Vincent de Paul : « Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit. » L’exhibition de leur générosité sonne faux. Ce narcissisme a pour résultat paradoxal d’amener à un oubli de soi. C’est ainsi que l’Union européenne, tombée en dévotion pour l’Autre, s’est mise à mépriser les peuples et les nations qui la constituent. Ce ne sont pas les malheureux Africains débarqués à Valence, accueillis par 2 300  personnes, qui déstabiliseront l’Europe. Cependant, il y a une irresponsabilité de la part de la gauche espagnole, soutenue par le pape François, à ne pas s’estimer solidaire d’une inquiétude collective qui ébranle la construction européenne. « L’Europe est dans un processus de décomposition », a admis, mardi, le ministre Bruno Le Maire, avant une rencontre entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Mais ces deux-là aussi ont été étourdis par l’« Air des bijoux » : « Ah, je ris…! » chantent-ils ensemble.

C’est la folle décision de la chancelière d’accueillir, en 2015, un million de réfugiés musulmans, sous les applaudissements des européistes exaltés, qui est à l’origine de la prévisible rébellion des peuples, furieux de n’avoir jamais eu leur mot à dire. « Mère Angela » (ainsi nommée par les médias dévots, en comparaison de Mère Teresa) avait été unanimement louangée par ceux, dont était Macron, qui estimaient indiscutable l’ouverture de l’Europe, au nom de ses valeurs humanistes et de son « hiver démographique ». La suite est connue : les agressions sexuelles à Cologne et les premiers attentats, la montée de l’antisémitisme islamique, l’échec de l’intégration d’un peuple nouveau, etc. Une fois encore, les Cassandre ont eu raison. Mais les bons apôtres, bénis par le Vatican, ne feront pas leur mea culpa. Les intégristes des droits de l’homme restent insensibles au droit à préserver sa propre patrie. Ils persistent à penser, comme le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, mardi, que les migrations sont « inévitables » et « nécessaires ».

Attendre de Macron et Merkel qu’ils agissent pour résoudre la question migratoire revient à demander à deux pyromanes de gérer les incendies qu’ils ont allumés. Mardi, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a appelé à « la solidarité européenne contre les populismes », faisant comprendre que la menace est, pour l’État, dans le réveil des nations et non dans l’immigration de peuplement et l’islam totalitaire. Ces aveuglements sont des complicités. La chancelière, pressée de se ressaisir par son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (CSU), est affaiblie. Le président français, qui prétendait relancer l’Europe souveraine en se moquant du « repli national », n’est compris que des hypocrites : ils se gardent d’offrir chez eux l’hospitalité qu’ils défendent. Mardi, Macron et Merkel ont demandé « une réponse européenne » à la crise migratoire. Mais c’est l’Allemagne qui, il y a trois ans, a choisi unilatéralement d’ouvrir ses frontières. Cette Europe-là, coupée des gens d’en bas, n’a pas de leçons de solidarité à donner.

Échec des peuplophobes

Macron paie son erreur d’analyse, réitérée depuis son engagement dans la campagne présidentielle : elle fait croire que les problèmes migratoires se règlent par l’économie et le social. Or les bonnes santés de la Pologne, de l’Autriche ou de l’Allemagne démontrent que la question civilisationnelle dépasse l’approche matérialiste et budgétaire. Que cela plaise ou non, Donald Trump est plus en phase avec les réalités humaines que ses adversaires péremptoires. En juillet 2017, à Varsovie, le président américain s’était livré à un plaidoyer pour la « grandeur de l’Occident » et pour le renouveau des nations et des frontières. Il avait désigné « le terrorisme de l’islam radical » comme l’adversaire du monde libre. À l’adresse des élites suicidaires, il avait déclaré : « Si nous n’oublions pas qui nous sommes, nous ne pourrons pas être vaincus. » Devant les discours sans âme et déconnectés du réel du couple Macron-Merkel, ces Thénardier de l’UE, ceux de Trump s’approchent le plus des reconquêtes démocratiques qui s’observent au cœur des nations renaissantes. Le nouveau monde n’est pas celui que Macron prétend incarner.

L’échec des européistes, ces peuplophobes, est programmé. À moins que Macron et Merkel reconnaissent avoir fait fausse route, l’issue de la crise migratoire ne fera pas l’économie de leur mise en cause. Les perroquets à carte de presse, les politologues encartés, les moralistes de salon sont, dès à présent, confrontés à leur entêtement à nier les faits. Ce sont eux qui répètent depuis trente ans que l’immigration et l’islam ne sont que des peurs irrationnelles, des fantasmes attisés par l’extrême droite. Mercredi, les autorités allemandes ont annoncé avoir déjoué un attentat islamiste à la bombe biologique (ricine), après l’arrestation d’un Tunisien arrivé par regroupement familial. La veille, Trump avait suscité le scandale en assurant que la criminalité dans l’Allemagne ouverte était en hausse. Son choix, corrigé mercredi, de séparer les enfants de leurs parents clandestins arrêtés n’était pas humainement défendable. Aucun faux pas ne lui sera pardonné. Mais les faux gentils, qui feignent la générosité en se détournant des misères qu’ils engendrent, ont perdu toute crédibilité.

Un conservatisme attendu

La France, qui a refusé d’accueillir l’Aquarius, recevra pourtant une partie des clandestins. Cette incohérence est celle du progressisme macronien. En face, le conservatisme doit encore se structurer. Mais sa parole, libérée des génuflexions à Big Other (Jean Raspail), est plus que jamais attendue.


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