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samedi 19 mai 2018

La fin de la civilisation romaine




Une bactérie aura suffi :


sciences

La soif d’argent des Romains se lit dans les glaces du Groenland

Des analyses fines de carottes de glace permettent de retracer l’activité minière en Europe dans l’Antiquité.

JEAN-LUC NOTHIAS Grâce à des carottes prélevées au Groenland, les chercheurs peuvent avoir accès à ce qui se passait dans l’atmosphère de 1235 av. J.-C. à l’an 1257.JIM WEST/REPORT DIGITAL-REA

GLACIOLOGIE La guerre froide a eu de drôles de conséquences. Les États-Unis avaient créé à la fin des années 1950 une base souterraine, le camp Mercury, à une trentaine de mètres de profondeur, à l’extrême nord-ouest du Groenland. Ils avaient creusé une vingtaine de tunnels et le projet à terme était que cette base accueille des centaines de missiles balistiques pouvant frapper l’URSS. Le camp fut officiellement fermé en 1967. Année au cours de laquelle un scientifique danois demanda à analyser des carottes de glace issues des travaux du camp.

Ce fut la première étude qui permit de reconstituer les climats passés. Il a initié la paléoclimatologie glaciaire, et bien d’autres études ont été menées et bien d’autres carottages réalisés, au Groenland, en Antarctique, dans des glaciers alpins, andins… Plus de 800 000 années de climat ont ainsi pu être reconstituées dans leurs grandes lignes, avec des fo­rages à 3,6 km de profondeur en Antarctique. Mais les techniques, aussi bien de carottage que d’analyse des microbulles d’air et des impuretés contenues dans la glace, se sont bien raffinées.

Elles sont tellement sensibles que dans des carottes de 423 m prélevées au Groenland, les chercheurs peuvent avoir accès à ce qui se passait dans l’atmosphère de 1235 av. J.-C. à l’an 1257, avec une datation très précise à un an près. Une équipe internationale a ainsi pu chercher les traces de plomb issues de l’activité minière humaine en Europe du Sud, particulièrement des mines de la péninsule Ibérique depuis - 1100 jusqu’à 800 (travaux publiés dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences, PNAS). Et le niveau de cette pollution, telle que relevée dans les ­glaces, reflète le niveau de l’activité humaine en fonction des épidémies, des guerres et de l’expansion des empires durant la fin de l’âge de bronze et l’Antiquité.

La nouvelle technique de lecture en continu des carottes de glace employée par Joseph McConnell et ses collègues, mesurant pour chaque année de couche pas moins d’une trentaine d’éléments en plus du plomb (sodium, magnésium, sulfures, etc.) a produit une chronologie incroyablement précise couvrant une durée de 1 900 ans. Les premières études de la pollution au plomb dans les neiges glacées du Groenland, menées par le Français Claude Boutron, avaient conclu que l’économie romaine avait été au mieux pendant la période agitée de la République et avait stagné sous l’Empire. Cette étude avait été réalisée non en continu mais par des mesures ponctuelles dans la chronologie. La dernière étude en date montre le contraire.

Quand la civilisation phénicienne prend son essor, les mines d’argent et de plomb, surtout celles d’Espagne, connaissent une augmentation de leur activité. L’homme sait extraire l’argent et le plomb du minerai appelé galène depuis 3000 ans avant J.-C. en le chauffant à plus de 1 000 degrés pendant une dizaine d’heures dans des fours en argile hémisphériques. On distingue donc très bien des pics d’émissions de fumées contenant du plomb qui sont emportées jusqu’au Groenland, comme le confirment des modèles de circulation atmosphérique.

Les Phéniciens avaient créé des comptoirs, comme Carthage, près de sites miniers argentifères. Ce sont eux qui ont développé la monnaie en argent pour le commerce, les fameux deniers, des pièces d’argent pesant de 3 à 4 grammes selon les époques.

Jusqu’aux environs de 200 av. J.-C., la production minière augmente avec des baisses ponctuelles liées aux guerres puniques (Carthage contre Rome). Puis vient la succession de guerres civiles affaiblissant la République romaine, en commençant par la guerre sertorienne, Ibères et Romains contre Romains. La baisse de production est importante. Il faudra attendre la pacification de la Gaule et de l’Espagne (50 av. J.-C.) pour que la pax romana (- 30 à 180) apportée par l’Empire permette une exploitation minière élevée. La pollution par le plomb au cours du Ier siècle de notre ère est six fois plus élevée qu’au cours du XIe siècle avant Jésus-Christ. Puis la production baisse beaucoup, ce que les chercheurs attribuent à deux grandes épidémies de peste, celle d’Antonine (entre 165 et 190 sous Marc-Aurèle et Commode) qui signe la fin de l’âge d’or des Antonins, et le début de la crise de l’Empire. Puis vint l’épidémie, sans doute de variole, qui décima les populations entre 250 et 270, épidémie dite de Cyprien. C’est elle qui aura finalement eu raison de la civilisation romaine. Les mines romaines ne retrouvèrent jamais leurs niveaux antérieurs. Il faudra attendre le Xe siècle pour retrouver des niveaux de plomb équivalents dans les glaces du Groenland, donc un niveau supérieur d’exploitation de mines un peu partout en Europe. La « pollution » au plomb des époques antiques, à leur niveau le plus élevé, est tout de même de 50 fois inférieure à ce qu’elle était en 1900.

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