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jeudi 29 mars 2018

Déroutant angélisme




Jeannette Bougrab : « On nous casse les oreilles avec l’islam de France et on fait venir des imams d’Algérie ! »

L’essayiste dénonce la venue de cent imams algériens en France pour le ramadan.

ALEXANDRE DEVECCHIO

L’auteur de Lettre d’exil. La barbarie et nous (Éditions du Cerf, 2017) voit dans la décision de Gérard Collomb de faire venir cent imams d’Algérie pour diriger les prières du ramadan une trahison de la laïcité. L’ancienne secrétaire d’État chargée de la Jeunesse, de 2010 à 2012, est membre du Conseil d’État.

LE FIGARO. - Lors d’une rencontre avec son homologue Gérard Collomb, le ministre des Cultes algérien, Mohamed Aïssa, a annoncé l’envoi de cent imams algériens en France pour participer au ramadan. Quelle est votre réaction ?

Jeanette BOUGRAB. - Les bras m’en sont tombés. Comment, dans un État laïque, le ministre de l’Intérieur, certes ministre des Cultes, se préoccupe de faire venir des imams d’Algérie pour le ramadan ? On nous casse les oreilles avec la création d’un islam de France, et on fait venir des imams d’Algérie ! L’Algérie n’était pas islamiste. La radicalisation est venue par des prédicateurs du Moyen-Orient, issus pour la plupart des Frères musulmans, mouvement fondé par le grand-père de Tariq Ramadan. Sans que les Algériens s’en rendent vraiment compte, cet islamisme s’est répandu. Organiser la venue d’imams étrangers en France est une hérésie.

Une telle initiative n’est-elle pas encadrée ? Les imams ne sont-ils pas choisis ?

C’est une plaisanterie pas drôle quand vous savez qu’en Algérie, notamment en Kabylie, des militants laïques se battent chaque année pour ne pas avoir à subir la loi des intégristes leur imposant le jeûne. Ils risquent la prison pour cela. Certains sont jugés et emprisonnés. L’apostasie est interdite. On doit avoir le choix de pratiquer ou non une religion. De Tizi-Ouzou à Tunis, ils sont de plus en plus nombreux à se battre pour la séparation du spirituel et du temporel, à vouloir notre chère laïcité. Nous, on fait venir des imams ! Le monde ne tourne décidément pas rond.

Dans ces quartiers en France gangrenés par l’échec scolaire, le chômage, la délinquance, la République française n’a rien de mieux à proposer à une jeunesse désabusée et désorientée que des imams. Où sont ces fameux hussards noirs de la IIIe République ? 150 000 décrocheurs chaque année sortent de l’école sans aucun diplôme. Pensez-vous vraiment que l’imam va les ramener dans le droit chemin ? Imaginez un seul instant la réaction des médias si le ministre de l’Intérieur s’occupait de recruter des curés dans les campagnes où les offices ne peuvent plus être célébrés.

N’y a-t-il pas une « expertise algérienne » qui pourrait nous aider dans la lutte contre l’islamisme radical, comme le soutient le ministre de l’Intérieur ?

L’idéalisation de l’Algérie doit s’arrêter car si la guerre civile est finie, la paix n’est pourtant pas revenue. Comme le rappelle Boualem Sansal, « l’islamisme radical est toujours là, enraciné dans la population, ancré dans les institutions, se renouvelant constamment, s’adaptant aux conditions récentes, se répandant de nouveau et tissant des liens profitables avec l’internationale islamiste ». La vie des Algériens est très dure. Beaucoup fuient leur pays.

La réconciliation nationale est-elle un « mythe » ?

Oui, on a imposé aux Algériens une concorde civile. Laissez-moi vous citer juste un extrait d’une lettre d’un père à sa fille assassinée alors qu’elle n’avait que 16 ans. Katia refusait de porter le voile. Un lundi, alors qu’elle revenait de l’école au bras d’une amie, elle a été abattue par un islamiste à bout portant. Pour honorer la mémoire de sa fille chérie et alors que la maman venait de mourir de chagrin, il écrit : « Ta perte cruelle, son chagrin, son désespoir, ses souffrances, ton deuxième assassinat à travers cette réconciliation nationale ont fait que ta mère et moi-même n’avons pas pu tenir le coup […]. J’accuse ceux qui ont relâché et pardonné à ces sanguinaires aux mains tachées de sang. J’accuse le pouvoir algérien pour ses sympathies avec les bourreaux de nos parents. J’accuse cette réconciliation pour la paix qui a glorifié et amnistié ces monstres assassins. » Tout est dit.

Après l’assassinat de deux jeunes filles à Marseille, vous aviez dénoncé la persistance du déni. Après les attentats de Trèbes, est-ce toujours le cas ?

La France est dépassée. Son angélisme est déroutant. Elle a eu tort de penser que la bataille de Raqqa gagnée, la bête était achevée. Elle doit comprendre que le danger vient de l’intérieur du pays. Les nouveaux intégristes sont nés ici ou vivent ici depuis des années. Le concept de Jean Birnbaum parlant de « djihad de souche » décrit bien cette situation inédite. C’est un terrorisme de proximité correspondant d’ailleurs au mot d’ordre de Daech, qui demande à ses affiliés de commettre des attentats là où ils vivent. Ces fous d’Allah considèrent la France et ses symboles comme les ennemis de l’islam. En criant « Allah akbar », ils tueront à l’aveugle. Les actes les plus anodins comme les courses dans un supermarché deviendront anxiogènes car leur but est bien de faire régner la terreur.

La persistance du déni s’est illustrée dernièrement par les réactions hostiles à la publication dans vos colonnes de l’appel de cent intellectuels dénonçant l’islamisme et le séparatisme, comme ces séminaires organisés par des syndicats interdits aux Blancs. Le porte-parole du gouvernement a jugé que cette tribune réunissant des personnes venues d’horizons différents stigmatiserait les musulmans. Mais les premières victimes de l’islamisme sont les musulmans eux-mêmes. En Algérie, la décennie noire où le GIA massacrait à tout-va, c’est plus de 200 000 Algériens assassinés, des femmes ont été kidnappées, violées et égorgées. La France est-elle amnésique à ce point ?

mardi 27 mars 2018

Macron économie




Sur Causeur :


Au nom d’un égalitarisme idéologique, Emmanuel Macron noie les classes moyennes – qui ont voté pour lui – sous l’impôt pour mieux faire en sorte… qu’elles restent moyennes.
Les tensions sociales auxquelles nous assistons actuellement, ne sont que les prémisses des difficultés à venir pour le gouvernement Macron. L’homme de la mondialisation heureuse, de l’Europe ouverte et du libéralisme sociétal évolue à contre-sens de l’histoire ; celui des mouvements de fond qui travaillent les sociétés européennes. Les chocs répétés des vagues migratoires et la multiplication des conflits identitaires, dont le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg, redessine un nouveau paysage politique en Europe.

Les temps changent, et Matteo Renzi, quintessence d’un libéralisme de centre gauche, vient d’en faire  les frais ; le vent du boulet a également bousculé l’impassible lourdeur d’Angela Merkel. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison d’imaginer qu’Emmanuel Macron puisse échapper aux conséquences logiques des mêmes phénomènes.

Ce n’est toutefois pas sur les enjeux sociétaux que la grande vulnérabilité du président français va d’abord se révéler mais bien sur les questions économiques, sur lesquelles il a forgé sa crédibilité politique et son succès électoral.

Ceux qui ne sont moyennement rien
Passons rapidement sur les effets d’annonce qui permettent de multiplier les messages positifs sur le retour de la croissance et la baisse du chômage. L’amélioration de l’indice de croissance, général à l’Europe, ne change rien aux fondamentaux de notre économie : les déficits publics s’aggravent, les prélèvements obligatoires s’alourdissent et notre compétitivité, si l’on en juge par les chiffres de notre commerce extérieur, ne cesse de se dégrader. Quant à la baisse du chômage, elle provient en bonne part d’un changement de méthode statistique en utilisant l’indicateur, très particulier, du Bureau international du Travail.

A lire aussi: Yassine Belattar, le drôle de conseiller d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a donc joué toute sa mise politique sur le succès de sa politique économique, dans une séquence historique où les Français désabusés pouvaient entendre un discours d’audace et de réforme. La France de la mondialisation positive et des centres-villes bourgeois s’est reconnue en lui et la France « moyenne », celle des classes moyennes qui s’accrochent pour ne pas décrocher, a, globalement, suivi le mouvement, pour se donner aussi le plaisir de dégager les sortants. La France populaire, très majoritairement, a voté contre le système ou s’est abstenue.

En toute logique, ceux qui ont rejoint le pouvoir actuel avec conviction attendent à minima un effet neutre sur leurs situations sociales, et ceux qui l’ont suivi par défaut espèrent une amélioration de leurs conditions de vie. Or, d’évidence, il est déjà possible de dire que le compte n’y est pas. Le jeu de bonneteau présidentiel sur la baisse des prélèvements a tourné court une fois les factures présentées. Dans le même temps, deux institutions économiques que l’on ne peut soupçonner a priori d’être des ennemis du gouvernement – l’Insee et l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) – ont montré, chiffres à l’appui, l’inexistence du gain fiscal si magistralement vendu aux Français.

Le sacrifice des « riches » qui ne roulent pas sur l’or…
L’Insee a ainsi calculé que la pondération des  hausses et baisses d’impôts du budget 2018 dégage une amputation du pouvoir d’achat des ménages de 4,5 milliards d’euros, soit une baisse de 0,3 point. Le gouvernement, évidemment, conteste ces chiffres, mais en ajustant les deux approches, l’OFCE affirme, pour sa part, qu’au mieux les ménages ne gagneront rien en termes de pouvoir d’achat. La hausse de la CSG, des carburants et du tabac effaçant les maigres « cadeaux », principalement liés à la suppression de certaines cotisations sociales.

Mais le plus important dans la politique fiscale du gouvernement Macron n’est pas le débat sur le gain ou la perte globale de ses choix budgétaires, mais de comprendre la répartition sociale des gains et des pertes ; la vraie mesure qui révèle la véritable nature de la politique gouvernementale.

A cet examen nous voyons très vite que rien ne change vraiment dans la politique française et que Macron n’est que le digne successeur des politiques suivies depuis des décennies : la charge fiscale pèse avant tout sur les classes moyennes. La critique de « gauche », naïvement, se jette sur l’argument facile du cadeau aux plus riches : 46% des baisses d’impôts accordées, note l’OFCE, bénéficient aux 10% les plus riches.

La France égalitariste s’indigne ; mais si l’on y regarde de plus près, l’OFCE précise que, pour faire partie de ces 10% les plus riches, il faut gagner plus de 3599 euros net pas mois, soit, pour un couple, 1800 euros net par conjoint, soit encore le salaire médian français ! On est donc au cœur de la base de la classe moyenne, parler de « riches » est proprement un détournement de réalité. Les vrais riches (c’est-à-dire les très riches), pour leur part, savent depuis longtemps jouer de l’optimisation fiscale pour échapper aux filets de Bercy.

…au nom de l’égalitarisme
L’orientation des prélèvements obligatoires traduit une vision égalitariste qui postule que l’impôt a, d’abord, une fonction d’égalisation des conditions sociales, et que l’Etat a vocation à être le promoteur de cette volonté d’égalité. C’est au nom de ces grands principes que, depuis des décennies, la France s’adjuge un titre de championne toute catégorie des prélèvements obligatoires sur fond de dérive de la dépense et des déficits publics. Faute du courage nécessaire pour réformer le pays, les forces politiques françaises choisissent la solution la plus facile et immédiate, la hausse des prélèvements.

Cela a été le cas du premier gouvernement Chirac, et le coup de massue fiscale de Juppé a provoqué la défaite de 1997, cela a été également le cas pour Nicolas Sarkozy, puis pour le gouvernement Hollande en 2012. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la pression fiscale a pénalisé la croissance et engendré la défaite politique. Il n’y a aucune raison de penser que Macron, reproduisant le même schéma, échappe au même scénario politique.

Un contre-sens politique
Sans être un libéral acharné, il est facile de comprendre que le niveau de performance d’une économie moderne repose d’abord sur le niveau de performance et de qualification de sa population moyenne et moyenne supérieure. Elle forme les gros bataillons des cadres qualifiés et représente un vivier de forts potentiels par l’éducation qu’elle a reçu et qu’elle transmet à ses enfants.

Les classes moyennes sont très soucieuses de l’éducation de leurs enfants et forment, à ce titre, la clé de voûte de l’équilibre et du progrès social. Elles tentent d’échapper tant bien que mal au processus d’effondrement de l’école publique, mais leurs marges de manœuvre, là aussi, sont sans cesse réduites. Et contrairement à l’idée reçue, la politique de l’actuel ministre de l’Education nationale renforce cette tendance ; la priorité est clairement donnée aux zones dites « sensibles », au détriment des zones de « normalité », où les classes moyennes tentent encore de scolariser leurs enfants.

L’accumulation du capital social et culturel au fil des générations est un facteur essentiel  de développement des sociétés. Brider, voire briser, cette dynamique est un contre-sens politique grave qui repose sur une illusion idéologique qui imprègne la psychè française. Cette vision politique repose sur une appréhension égalitariste et individualiste de la vie sociale ; elle va à l’encontre de la réalité des sociétés portée par des dynamiques collectives de long terme.

La politique du gouvernement Macron ne sort pas de ce cadre idéologique : les très riches  bénéficient de quelques mesures avantageuses sur l’ISF et la fiscalité du capital, mais les classes moyennes et moyennes supérieures – le cœur de son électorat, donc – comprennent peu à peu qu’elles font les frais du « renouveau » politique que Macron est censé incarné.

samedi 24 mars 2018

L'Islam flamboyant, et nous, et nous




Sur Causeur, par Vida Azimi.

Signataire de l’appel des 100 intellectuels du Figaro contre le « séparatisme islamiste », Vida Azimi se dresse contre les abus de l’islamisme conquérant qui font régresser la France.
« J’abuse » des droits que vous m’avez donnés, je vous récuse, je vous refuse le moindre contact, je vous pousse dans les encoignures de vos sociétés rassies, brandissant mon éternel « bréviaire des vaincus » (E.M. Cioran), je vous dresse le calvaire des repentis jusque dans vos plus reculés repaires. Moi « dominé » tyrannique, inconséquent et bruyant et vous, dominants consentants, sans sève ni vigueur, usés sous le poids des ans. Vous m’êtes soumis. Non, vous avez déjà abdiqué !

L’affirmation des arrogances victimaires…
Voilà le message envoyé chaque jour par certains « habitants » (je leur refuse le titre de « citoyens » puisqu’ils se complaisent dans l’indigénat) des territoires non pas perdus mais abandonnés d’une République fatiguée, repentante face contre terre et les bras en croix ( ?) ! Indigènes indigents en esprit, migrants arrivant avec mœurs, coutumes et sans gêne. Tout leur est permis, puisqu’on tolère tout d’eux. Il est vrai que depuis que les divisions géographiques de notre pays s’appellent « des territoires », chacun peut venir y planter sa tente, en dépit de la mésentente forcément coupable des primo-arrivants et la République, sans religion civique ni identité, est devenue elle-même une res nullius, un bien sans maître ouvert à tous les appétits de conquête. Le monde est loft, plus de murs ni frontières (qui séparent certes mais protègent aussi). On n’en est même plus au « narcissisme des petites différences » (Freud), mais à l’affirmation des arrogances victimaires soutenue par ce qu’on a honte de désigner du nom d’intelligentsia, mot au demeurant démodé.

…avec le soutien de la République
Pardonnez mon indignation exubérante le deuxième jour du printemps et du nouvel an persan ! « Le moi est haïssable », mais permettez de grâce que j’en parle. L’appel que j’ai signé dans Le Figaro apporte un brin d’espoir, cet « opium d’espérance » (Octave Mirbeau) qui lâche rarement l’humain, ce liant qui fait lien (rien à voir avec le « vivre-ensemble », exercice imposé, érigé en totem). J’ai pourtant du mal à prétendre exercer le « magistère » de l’intellectuel si imposant en France. Je tâtonne, j’essaie d’être un peu intelligente… sans plus. Mais voilà, la Persane que je suis n’en peut plus de souper de l’islam, de sa grandeur comme de ses dérives, de ses guerres ou ses terreurs, matin, midi et soir. Je n’en peux plus de la sollicitude complice de certaines « élites » et des médias vis-à-vis des manifestations férocement identitaires d’une partie de la population – pourquoi dire française puisque ces agitateurs ne veulent pas du pays où ils sont nés pour la plupart.

Si je souscris à l’esprit de ce texte et salue le rayon de lumière qu’il apporte, je ne crois absolument pas que « le séparatisme islamique » avance « masqué ». Bien au contraire, tel un banyan, il affiche ses racines et ce avec le soutien des autorités publiques, désireuses « d’acheter la paix sociale », selon l’expression consacrée. Il a du panache et réunit plus de suffrages autour de lui que la clameur intellectuelle. Ce « séparatisme » est même flamboyant : nos politiques de tous partis se bousculent à la rupture du jeûne du ramadan. Je les mets au défi d’aller partager bientôt l’agneau pascal avec les catholiques français, croyants ou de culture. Pourtant, « catholique », prononcé la première fois en Arménie, signifie « universel ». Oui, la France est doublement universelle, par le baptême de Clovis et par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et devrait le rester.

La France régresse
Depuis l’an de disgrâce 1979 – l’avènement de la République islamique d’Iran -, par-delà la catastrophe personnelle, j’observe chaque jour la régression française. Le peuple français n’est point dupe mais la cécité qualifie les gouvernants et cela empire. Qui remarquait jadis la couleur de la peau de Félix Houphouët-Boigny et de Léopold Sedar-Senghor, ministres de la République ? Le grand Gaston Monnerville, président du Sénat, natif de Cayenne et petit-fils d’esclaves, a-t-il jamais mis en avant la couleur de sa peau ou son ascendance ? Et Mademoiselle Sid-Cara – le général De Gaulle la désignait ainsi – algérienne, fille d’instituteurs et une des premières femmes nommées au gouvernement sous la Ve République ? Qui s’en souvient ? Oui la France a régressé et s’est rétrécie !

Est-il encore temps de refuser les génuflexions aux diktats des minorités abusives et toutes créancières ? Vous, je ne sais pas ! Moi, je ne plie pas ou alors, je n’abuse plus de l’hospitalité française, et je plie bagage…

vendredi 23 mars 2018

L'utopie du bien





Trier la mémoire au nom de la morale ou le retour de l’obscurantisme

Après la suppression de la mention de Charles Maurras des commémorations, dix membres du Haut Comité ont démissionné. Pour la philosophe, la ministre de la Culture a eu tort de céder à une pression militante anachronique.

DELSOL, CHANTAL

La France, pays centralisé et formaliste, s’honore de publier chaque année un « Livre des commémorations nationales » qui rappelle les événements marquants de son histoire. Elle commémore ainsi les grands acteurs ou écrivains du pays, et les anniversaires de toutes sortes, depuis ceux des grandes batailles jusqu’à ceux des grandes constructions. Sous la houlette du ministre de la Culture, un comité a été mis en place, composé de membres de l’Institut, de politiques ou d’historiens, pour dresser chaque année la liste des anniversaires. Il s’agit de mettre à la portée du public la mémoire nationale en la manifestant par des événements concrets.

Récemment Mme Nyssen, ministre de la Culture, sous la pression de plusieurs associations d’extrême gauche ou apparentés, a décidé de retirer de la liste annuelle le nom de Charles Maurras, dont c’était l’anniversaire de la naissance. Et de renoncer à la publication du Livre de cette année. Cette décision est vivement critiquée par les membres du Comité des commémorations, dont dix membres ont démissionné. Leur argument est clair : ils voient venir dans les années prochaines une grande sélection obligatoire, imposée par les hurlements de quelques extrémistes. En 2019, ce sera l’anniversaire de Colbert : mais le rédacteur du Code noir sera interdit de présence lui aussi. Dans quelques années, Maurice Barrès : nul besoin de préciser que ce chantre de la nation n’a plus droit à l’existence. La litanie de l’exclusion sera longue. Chaque établissement de la liste sera l’occasion de choisir entre les bons et les mauvais, ou plutôt de laisser quelques haineux imposer par pression leur choix entre les bons et les mauvais.

Cette affaire est pleine de significations et d’enseignements. Elle concerne la question des rapports entre l’histoire et la mémoire. Les sociétés anciennes connaissaient seulement la mémoire, que les puissants dressaient à leur guise. Le roi en place racontait et agrandissait ses batailles gagnées et avait tendance à oublier les autres. Hérodote inaugure l’histoire quand il annonce son intention de décrire les événements au plus près possible de la réalité - autrement dit, sans considération des gloires ou des hontes. Émergeant de la mémoire subjective, l’apparition de l’histoire est une victoire de l’intelligence, de la compréhension du monde. Et à ce titre, les groupes qui trient les événements, et la ministre qui les suit, se trouvent en plein retour vers des âges obscurs. Quoique d’une autre manière. Nous sommes aujourd’hui sous l’emprise d’un manichéisme imposé (partie prenante de ce que nous appelons le politiquement correct) qui nous enjoint de partager le passé entre ce qui nous dérange et ce qui nous agrée, au regard de la morale humanitaire officielle. Autrement dit, le Bien d’aujourd’hui juge le passé tout entier à son aune et devrait rejeter ce qui ne répond pas à ses attentes, par l’oubli. Manière idéologique, et même totalitaire - les Soviets avaient effacé Trotski et bien d’autres des photos officielles, on s’en souvient. Profondément, nous autres Occidentaux sommes victimes d’une utopie du Bien qui nous fait cliver l’histoire en deux et détester sa part d’ombre au point de vouloir la supprimer. Les Canadiens appellent leur passé (celui de la colonisation des Indiens, de la domination des prêtres, de la soumission des femmes), d’un nom significatif : la Grande Noirceur. Il faut comprendre que nous sommes entrés dans la grande blancheur, chargés de fermer à double tour la porte derrière nous. Sottise. Le temps qui passe, pour les sociétés comme pour les individus, n’est pas rigoureusement partagé entre le bien et le mal, même si on peut ici ou là pointer sans discussion des épisodes franchement ignobles. Et pourtant, même ceux-là, il convient de les commémorer, pour que les jeunes générations sachent s’en garder. L’idée exaltée et démente de  la Grande Noirceur qu’il faudrait rayer de la photo renouvelle encore et encore la mentalité idéologique et utopique de l’ère nouvelle, sans tache, habitée par les anges qui ne colonisent plus et s’exemptent de toute discrimination. Après un siècle de dévastations de l’esprit, certains veulent encore nous faire croire que LEUR mémoire sélective, c’est l’histoire. On aurait voulu au moins qu’un ministre de la Culture ne tombe pas dans un piège aussi grossier.

L’artiste croate Sanja Ivekovic a exposé en 2012 au Mudam Luxembourg une sculpture en souvenir de la résistance antinazie, sculpture représentant une femme enceinte tenant une couronne de laurier et intitulée La Mémoire enceinte. Superbe image. Nul doute : la mémoire n’est pas composée d’objets qui traînent dans le corridor sombre du passé et qu’il faudrait balayer quand ils nous gênent. La mémoire est une matrice : non seulement elle engendre des souvenirs, mais elle inspire les actes et les pensées de l’avenir. Elle est grosse d’enseignements, de réflexions et même d’émotions bénéfiques. Le plus grand pouvoir est celui qu’on peut avoir sur le passé, et despotes et tyrans ne se privent pas de dominer le passé par le tri - ainsi faisaient les Perses de l’époque d’Hérodote, ainsi faisaient les totalitarismes du siècle dernier. Soyons modernes et soyons guéris de nos maladies fanatiques. Une commémoration n’est pas une célébration. Elle entretient la mémoire vive, c’est-à-dire la matrice de la mémoire, afin de nous laisser toujours en éveil en face de l’avenir.

CHANTAL DELSOL

samedi 17 mars 2018

La révolution numérique




Par Benjamin Sire.

FIGAROVOX/TRIBUNE - Selon Benjamin Sire, le monde d'aujourd'hui est né dans les années 1980. Alors que la vigilance des Français était endormie par le formidable essor des moyens de communication et d'échange, s'est formée une redoutable idéologie qui ne dit pas son nom : le libéralisme numérique.

Benjamin Sire est compositeur. Citoyen successivement engagé au sein de plusieurs collectifs politiques, il est aujourd'hui membre du conseil d'administration du Printemps Républicain.

Vues de France, bercées par les synthés de la New Wave et la déferlante de soap opéras, les années 1980 ne présentent pas tout à fait le profil d'une période révolutionnaire. Dans l'écho lointain des chocs pétroliers et, plus proche, de quelques attentats emblématiques, elles dégagent une molle impression d'ennui, tandis que la jeunesse orpheline de son insouciance découvre le SIDA, le Front national, les banlieues, et fixe avec une angoisse sourde la courbe du chômage qui progresse sans interruption. Les Trente Glorieuses finissent de s'éloigner et l'avenir est vaguement sombre. Mais les teintes de gris qui le parent refusent le trop marquant contraste. Pourtant la terre gronde et ces années vont être le théâtre d'une transformation radicale du monde dessinant, bien davantage que les attentats du 11 septembre 2001 ou que la crise financière de 2008, les contours de notre quotidien et des nouveaux totalitarismes que nous découvrons aujourd'hui.

Dans le chaos des faits, trois événements ressortent qui ne disent pas encore tout de leurs conséquences. On pense évidemment à l'effondrement des régimes communistes emportés en 1989 par un effet domino dont le point d'orgue est figuré par le psychodrame cathartique de la chute du mur de Berlin. Sur un autre terrain, de l'Afghanistan au Moyen Orient en allant jusqu'à l'Algérie, la double conséquence de la révolution iranienne de 1979 et de la guerre du pétrole organise un nouveau front géopolitique marqué par le réveil d'un Islam politique expansionniste regardant l'occident droit dans les yeux.

Le troisième événement n'en est pas un, mais une pluralité de faits qui touchent à la diffusion de l'information, alors même que la télé est déjà entrée dans pratiquement tous les foyers depuis la fin des années 1970*.

En 1983, dans le sillage du protocole TCP/IP, un mot apparu en 1972 est officiellement adopté qui n'annonce pas encore la révolution absolue qu'il porte: internet. Dans le même temps entre Cupertino et Albuquerque, les emblèmes d'Apple et Microsoft, deux sociétés créées quelques années auparavant, sortent du bois et vont bientôt inonder la planète. Ironie du sort, le réseau et l'ordinateur individuel naissent en même temps que leur futur entremetteur, Mark Zuckerberg, qui voit le jour en 1984 à White Plains. Nul ne le prétend encore, mais la troisième révolution de la communication après l'écriture et l'imprimerie vient de se déclencher.

Quand la décennie 80 se meurt, l'heure de la mondialisation heureuse semble avoir sonné.

Si l'omniprésence de la petite lucarne commence à faire évoluer le rapport de l'être humain au reste de la planète, l'apparition du numérique va elle à la fois transformer cette planète et l'homme lui-même. En s'arrimant à la déferlante libérale et sa promesse individualiste nées de la chute du communisme, elle va doter l'humanité du plus vertigineux des outils, celui qui met l'univers à la portée de chacun et dissout les identités et les repères dans les méandres de la toile. La mondialisation, jusque-là, essentiellement fondée sur les échanges commerciaux et une certaine standardisation culturelle à la sauce américaine, vient de toucher l'abstraction et se moque des frontières, des nations et des particularismes locaux.

Du point de vue médiatique, l'homme des années 1980 observe le monde, tout en s'ébrouant dans son quotidien social. Il demeure fixé à une identité et ne figure pas encore ce média individuel qui inonde aujourd'hui la toile de ses opinions plus ou moins avisées. Il est un témoin, mais un témoin influençable qui va se construire en réaction au monde entier et plus seulement à son environnement immédiat. Surtout, il peut constater de lui-même le degré d'importance que la société cathodique lui accorde en fonction de sa catégorie sociale, de son appartenance ethnique et religieuse, ou de son lieu de résidence. Ce constat aura par la suite de nombreuses conséquences et participera à creuser le fossé entre le peuple et les élites autant qu'à créer des tensions ethniques et culturelles. Mais ce n'est rien à côté de ce que provoquera la toute-puissance du web et ses multiples sollicitations qui agitent les neurones bien au-delà de la capacité de nos cerveaux à traiter les informations reçues.

Quand la décennie 80 se meurt, l'heure de la mondialisation heureuse semble avoir sonné. La Chine malmène ses fondamentaux marxistes et invente la première dictature capitaliste, tandis que la Russie se plonge sans discernement dans la loi sans foi des marchés avant de rêver à nouveau à sa grandeur de jadis. Débarrassé du communisme et ne regardant pas encore l'islamisme comme un fait majeur jusqu'au 11 septembre 2001, le monde s'abandonne joyeusement dans les bras d'un libéralisme qui tisse sa toile aussi bien à droite qu'à gauche, sans prendre garde aux conséquences de son futur arrimage au numérique.

À droite, testant la résistance des sphères publiques, on porte le concept de liberté économique au pinacle par le truchement de la dérégulation, de la privatisation, de l'essor de la financiarisation et des délocalisations.

L'ennemi commun est alors figuré par l'État, cet empêcheur de libéraliser en rond.

À gauche, on profite de l'internationalisation des Cultural Studies et autres travaux nés de la sphère anglo-saxonne pour balkaniser les êtres jusqu'à présent à l'abri de leurs appartenances nationales. D'individus membres d'une communauté réglementée, on en fait des objets politiques particuliers pouvant exiger leurs propres règles au regard de la forme d'essentialisation à laquelle ils se trouvent assignés (couleur de peau, religion, genre, sexualité etc.). Cette vision permet de concocter le débat dominant / dominé à toutes les sauces, faisant passer la légitime quête de l'égalité en un combat à la prévalence victimaire, tout en claquant l'ethos des peuples.

Entre les deux bords de l'échiquier politique, celui censément appuyé sur la liberté et celui qui se fonde sur l'égalité, la jonction s'opère dans les bagages de la déferlante culturelle américaine, faisant perdre de vue à la gauche ses fondements égalitaristes et sociaux ainsi que cette immense partie des populations vivant en marge des grands centres urbains. L'ennemi commun est alors figuré par l'État, cet empêcheur de libéraliser en rond portant en bandoulière ses prétentions protectrices comme ses dispensions de droits et de devoirs. L'allié lui, prospérant sur le dos des mouvements migratoires, s'incarne dans une certaine idée du multiculturalisme, tel qu'envisagé aux États-Unis, à savoir une société où les communautés plutôt que de vivre ensemble et de tirer chacune partie de leurs richesses mutuelles, se déploient les unes à côté des autres, quand ce n'est pas les unes contre les autres.

Par la grâce des graines semées dans les années 1980, le décor est planté. Entre une mondialisation libérale dont les élites hors-sol se barricadent dans les centres high-tech de ville-mondes dans l'ignorance de l'âme des peuples, la perte de sens, les migrations aussi logiques qu'incontrôlées, la réaction s'ébroue de partout et menace le leurre démocratique de l'ère de la transparence. L'analyse disparaît, la nuance étouffe, l'essentialisation devient le point d'identification premier au grand bonheur des entrepreneurs identitaires qui vont peu à peu occuper le terrain, toujours par la grâce du libéralisme. Et c'est là que surgit l'un des paradoxes les plus étonnants de la période que nous vivons. Car c'est grâce aux outils forgés par ce même libéralisme politique et numérique que les rêves populistes et totalitaires qui prétendent le combattre peuvent désormais se déployer sans réserves, qu'il s'agisse des nouvelles formes d'extrême droite ou de rigorismes religieux.

C'est par exemple à l'aune du combat dominant / dominé que l'ultimement misogyne islamisme se pare de modernité et prétend lutter en faveur d'un certain féminisme en défendant la liberté de porter le voile grâce à l'appui d'associations de gauche prônant l'intersectionnalité des luttes et les accommodements raisonnables. Par un stupéfiant retournement des valeurs, ces derniers mouvements, censées combattre le racisme comme l'antisémitisme et défendre les droits des homosexuels et des femmes, en viennent à soutenir une doctrine antisémite et souvent raciste qui condamne les homosexuels à mort et assigne la femme à sa condition la plus archaïque. De la même manière, ces libéraux culturels qui furent au cœur de toutes les luttent émancipatrices sont devenus, en défense des minorités ou causes bénéficiaires de leurs sélectives indignations, les plus impitoyables censeurs en réseau et les meilleurs ambassadeurs de l'hygiénisme sociétal. Pendant ce temps, dans l'autre face du miroir de la sociabilité numérique, la horde des extrémistes, bercée au complotisme 2.0, ramasse la mise et leur répond sur le même ton, dans le maniement de cette confusion en 280 signes qui marque la mort de la nuance, du commun et bientôt de nos libertés fondamentales.

*Si au tournant des seventies, cela fait plus d'un siècle que la révolution de l'information a commencé, c'est bien à cette période que pratiquement chaque foyer dispose du petit écran. En 1950 moins de 1 % des foyers français en sont équipés pour 80 % d'entre-eux en 1975 (sources INA).

mercredi 14 mars 2018

Christiane sort de ce corps !


Par Philippe Bilger, sur son blog Justice au Singulier :

14 MARS 2018
Christiane Taubira revient : le cauchemar !
On a le droit de rêver de révolutions impossibles.

En l'occurrence d'un service de l'exécution des peines qui aurait pour vocation et pour principe de faire exécuter intégralement les peines.

L'exception autorisant des adoucissements à cette règle.

Je ne joue pas au faux naïf ni au provocateur mais il me semble qu'en énonçant cette banale injonction, je devrais être qualifié de roi du poncif tant, pour une démocratie à la fois digne et vigoureuse et pour une Justice cohérente, une telle exigence d'application pleine et entière des sanctions devrait être l'évidence.

Pourtant, avec cette assertion, je suis le fauteur de trouble. Parce que, réclamant la normalité, je ne vois aucune raison de la battre en brèche sur le plan pénitentiaire.

A peine dans un précédent billet : "Lobby de gauche, réalisme de droite : le président et les prisons", avais-je eu le bonheur de relever quelques éléments réalistes qui mettaient un peu de substance et de vigueur dans le discours convenu et sulpicien contre la prison en tant que telle, à peine avais-je dénié que ce fût la réapparition de Christiane Taubira parce qu'Emmanuel Macron me paraissait éloigné d'une idéologie compassionnelle qui constituait le délinquant comme victime et la société comme coupable, que je suis obligé d'en rabattre.

Il ne faut jamais se réjouir trop vite puisqu'on constate que pour les peines d'emprisonnement égales ou inférieures à cinq ans, nous avons un président de la République et donc une garde des Sceaux qui ont formé le projet d'aller plus loin dans la mansuétude que Christiane Taubira pourtant difficilement dépassable sur ce plan.

En effet, aux deux tiers de la sanction, la libération sous contrainte (bracelet électronique, obligation de pointer par exemple) devra devenir systématique et, je cite car c'est le comble, "le juge de l'application des peines ne pourra refuser l'octroi de la libération sous contrainte qu'en constatant, par ordonnance spécialement motivée, qu'il est impossible de la mettre en oeuvre" (Le Point).

Les magistrats auront donc à justifier les raisons qui les poussent à récuser une exécution laxiste de la sanction.

C'est le monde à l'envers. Je sais bien que notre système est aberrant qui a adopté comme règle l'anormalité : le partiel d'une exécution plutôt que la normalité et la cohérence : la totalité de celle-ci. Fallait-il aller jusqu'à cette absurdité de contraindre des juges à dénaturer leur mission en leur imposant le contraire de la rigueur souhaitable ? Des magistrats devront en quelque sorte aller à Canossa parce qu'ils auront, pour un condamné à cinq ans, eu la faiblesse de considérer qu'il aurait à les purger alors que les portes seront naturellement et largement ouvertes aux deux tiers de la peine.

Les détenus qui se retrouveront plus vite que prévu à l'extérieur (avec un contrôle dont on peut douter de l'efficacité) seront heureux de n'avoir accompli que les deux tiers d'un crime ou d'un délit et leurs victimes seront évidemment compréhensives puisqu'elles ne l'auront été qu'aux deux tiers.

Ce délire de bonne conscience proche d'un humanisme égaré est d'autant plus choquant qu'il contredit le retour au bon sens que le président a favorisé en refusant que dorénavant un jugement correctionnel de condamnation puisse être immédiatement aménagé. En récusant que le décret de l'autorité judiciaire puisse être dénaturé par la "cuisine" qui le suit.

C'est exactement ce qui va se produire, par exemple avec une condamnation de quatre ou cinq ans qui sera amputée sans aucune nécessité aux deux tiers pour sa part carcérale.

Il paraît que cette démission permettra d'éviter les sorties "sèches" comme si, pour les sanctions allant de un à cinq ans d'emprisonnement, la société et les citoyens victimes n'avaient été confrontés qu'à des infractions minimes rendant intolérable une logique pénitentiaire accordée avec la décision judiciaire.

Je me suis peut-être trompé. Je pensais qu'Emmanuel Macron si lucide sur les erreurs de François Hollande - celle, notamment, d'avoir maintenu Christiane Taubira trop longtemps à un poste prestigieux où l'oralité ne pouvait se substituer à l'action - nous éviterait la restauration du pire de celle-ci. Mais sa philosophie qui est classiquement de gauche, quand on quitte l'économique et le social, au contraire ne nous ménage pas.

Christiane Taubira revient et c'est un cauchemar pour ceux qui espéraient un président du nouveau monde, répudiant les conformismes et brisant des lances contre le judiciairement convenu - le politiquement stéréotypé.

Tribune collective




débats

GPA : la fonction de la loi ne consiste pas à consacrer un déni du sujet

Dès que la grossesse est assez avancée, le futur bébé est un sujet singulier et la loi ne doit pas récuser son statut de sujet, argumentent Myriam Szejer, pédopsychiatre, Catherine Dolto, haptothérapeute, Louise Lambrichs, écrivain, et Jean-Pierre Winter, psychanalyste, ainsi que leurs cent soixante cosignataires*.

A l’occasion des États généraux de la bioéthique, des voix s’élèvent pour et contre la gestation pour autrui (GPA), avec divers arguments plus ou moins pertinents mais toujours utiles à l’opinion pour tenter de penser les enjeux de ces nouvelles pratiques - enjeux qui débordent largement le champ médical proprement dit.

Pour notre part, si nous nous opposons fermement à la légalisation de cette pratique (tout en prenant acte de la situation actuelle, à savoir que les enfants issus de cette pratique sont reconnus comme citoyens de plein droit dans leur pays de naissance), c’est que la loi, dont la fonction symbolique et structurante est capitale, n’a pas pour fonction d’inscrire, à l’origine de l’existence d’un être humain, un déni de son statut de sujet (comme source autonome de son désir). Précisons d’emblée que nous ne remettons nullement en cause pour autant le droit à l’avortement (qui se situe selon la loi dans les trois premiers mois de la grossesse). Mais nous savons que le futur bébé - comme nous l’enseignent les travaux scientifiques ainsi que l’expérience clinique - est un sujet avant même de voir le jour. C’est un sujet singulier qui, dès le moment où il est assez développé dans le ventre de sa mère, est en mesure de nouer avec son entourage des liens qui seront ses premiers repères affectifs. Ces liens ont une grande influence sur son développement, via l’épigénétique et la plasticité neuronale très actives dans cette période de la vie. Pendant la grossesse, le bébé partage une intense intimité avec sa mère et son entourage, qui est constitutive de son identité. Plusieurs semaines avant sa naissance, il reconnaît déjà la voix de son père et de sa mère, de sa fratrie, il connaît l’entourage qu’il va retrouver à l’air libre après l’accouchement, et c’est sur ces repères qui perdurent, de sa vie prénatale à sa vie aérienne, qu’il va s’appuyer pour grandir et se développer.

Si nous ne prétendons pas parler « au nom du bébé » (car personne ne sait ce qui se passe dans sa tête), nous pouvons, en nous fondant sur l’état des connaissances, prendre position en tant qu’adultes contre une loi qui lui dénierait ce statut de sujet, et qui viendrait d’emblée le considérer seulement comme un objet et détruire « légalement » ces liens fondateurs, tout cela pour ne pas frustrer des couples qui semblent ne voir dans « le bébé » qu’un objet de désir.

Beaucoup de gens ont eu le malheur de vivre la destruction de ces liens précoces et les thérapeutes savent combien ce drame les affecte, toute leur vie durant. Mais c’est une chose de faire face à des traumas parfois ravageurs, et autre chose d’organiser ces traumas par la loi. Si le législateur se faisait lui-même l’acteur de cette transgression majeure, alors nous ne devrions plus être surpris, dans notre société, d’être tous considérés uniquement comme des objets - puisque le fondement de notre démocratie est que nous sommes tous égaux en droit. En d’autres termes, légaliser la GPA constituerait, non pas un « progrès » (comme le croient souvent ceux pour qui innovation technique est synonyme de progrès), mais une régression catastrophique au regard de nos connaissances. Ces connaissances sont de notoriété publique. Tout un chacun peut y avoir accès s’il le désire.

C’est la raison majeure, parmi d’autres également valables à nos yeux, pour laquelle nous restons opposés à la légalisation de la gestation dite « pour autrui » - l’« autrui » en question n’étant manifestement pas le bébé.

TRIBUNE COLLECTIVE

samedi 10 mars 2018

Vous les femmes, nous les hommes




Piqué chez Georges, ce brillantissime billet :

« Les femmes cherchent un féminin à auteur :
il y a bas-bleu. C'est joli, et ça dit tout. À moins
qu'elles n'aiment mieux plagiaire ou écrivaine. »

Jules Renard, Journal



Elles auront réussi, ces andouilles, ces salopes, ces connasses, à nous dégoûter des femmes ! On en avait déjà après quelques unes, bien sûr, mais là c'est le genre entier et la moitié de l'humanité qu'on a envie de mornifler, pour cette suffisance gueularde, pour ces criailleries perpétuelles, pour ces désespérants caprices salopés de mauvais goût. Les-femmes, et c'est ce qui pouvait leur arriver de pire, ont donc définitivement rejoint la patibulaire armée des minorités maugréantes, qui pourrissent les nations par le fondement. Elles n'ont pas compris, ces imbéciles montées sur ressorts multi-culturels, que les femmes ne sont pas, n'ont jamais été, et ne pourront jamais être une minorité, que c'est là un parfait non-sens, et qu'à rejoindre ainsi les Noirs, les Juifs, les Maghrébins, les homosexuels, les roux borgnes, les obèses et les trans, les jardiniers unijambistes, les revenus de la mort convertis à la poésie de Christian Bobin, les admirateurs d'Alexandre Jardin et les ex Miss Picardie tombées sur des malandrins bouddhistes, elles ridiculisent jusqu'à leur tour de taille et la blancheur de leurs dents, qu'ainsi leurs jambes se raccourcissent et leurs doigts se boudinent.

Depuis le temps que la femme est l'avenir de l'homme, ce pauvre couillon a eu le temps de disparaître cent fois dans les jupes post-historiques de l'hyper-démocratie revancharde et braillarde qui nous tient lieu de nation, étranglé qu'il est par le string douteux d'authentiques harpies qui n'ont d'autre ambition que d'exercer un pouvoir qu'elles n'ont jamais mérité que par le prestige de leur hystérie d'adolescentes mal élevées. La revendication comme mode de vie est l'art pitoyable du morveux, de celui qui met en avant sa faiblesse pour mieux mordre les mollets de qui conçoit sa force héritée, naturelle ou acquise, comme une exigence morale et un devoir de tous les instants.

Les-femmes de 2018 sont grosses de toute la connerie maladive d'une époque, elles sont les Maos de notre temps, dont l'ambition est de défaire en une génération, sous la menace et le chantage perpétuels, ce que la race française a édifié patiemment en plusieurs siècles. Elles sont à la pointe du combat de tous les désastres, le quota est leur schnouff, la plainte leur leitmotiv, la laideur ostentatoire est le coup de poing américain dont elles cognent sans répit le mâle anesthésié et dévitalisé qui exige les coups qu'il reçoit du matin au soir. Désirant à la fois le beurre et l'argent du beurre, elles ne cessent de vouloir rivaliser avec les hommes qu'elles accusent d'être des hommes, d'être des femmelettes, d'être différents d'elles, trop semblables, pas assez féminins et pas assez virils, trop forts et pas assez, jalousant leur brutalité pour ensuite mieux la condamner, l'espérant bête de sexe et cajoleur niais, pousseur de landaus et torcheur de culs breneux, mais bientôt justicier implacable qui fait barrage de son corps si madame est menacée ou seulement insultée, trader impitoyable ou élégant manager, tout cela bien entendu pour assurer le confort du nid dont par ailleurs elles se foutent éperdument dès que l'envie leur prend d'aller faire bercer leur névrose ailleurs. Elles veulent des souteneurs gentils et niais, mais des souteneurs tout de même. Elles veulent des hommes attentionnés, tout-ouïe, serviables, doux, des hommes-femmes bardés de tablettes-de-chocolat et de chéquiers, lisses comme des sex-toys passés au papier émeri et lessivés d'idéologie. Elles veulent leurs emplois, leurs salaires, leur pouvoir, leur visibilité sociale et finalement leurs places, mais sans les contraintes et les inconvénients qui en sont les contreparties obligées. Le syndicat féminin est tout puissant, mais il continue de faire comme s'il était tenu sous l'impitoyable talon du sexe fort. C'est toujours la très classique histoire du dominant qui a compris que pour l'être, le meilleur moyen était encore de se proclamer dominé. Minorität über alles !

Il n'y a pire cauchemar que "l'homme idéal" décrit d'abondance dans la presse et la littérature féminines, cette usine à sottise subventionnée qui tourne à plein régime, garnit les salles d'attente et décore les étagères de nos modernes divinités, faisant exister des milliers de petites chefaillonnes vitupérantes qui rédigent nuit et jour le bréviaire moral et esthétique de la Cité, entre calories et cunnilingus, sorties culturelles et stratégies de drague, ventre-plat et désir-d'enfant, seins-qui-ne-tombent-pas et littérature-de-femmes, prescriptions vertueuses et imaginaire. Vous voulez voir, vous voulez savoir ? Regardez un défilé de mode masculine, et vous serez fixés sur ce qui vous attend. L'homme idéal est une sous-femme, comme le Français idéal est un sous-chien. L'homme idéal n'existe qu'en tant qu'il disparaît sous sa doublure asexuée, que le genre en lui remplace le sexe, phallus à la fois banni, proscrit et idéalisé pour rire, d'où la mode putride des ignobles sex-toys, remplaçant les antiques godemichets comme les tags ont remplacé les graffiti. Comment ne pas voir que ces jouets (sic) se veulent tout simplement les instruments de l'effacement de l'homme comme partenaire sexuel, et comme partenaire tout court ? Elles n'ont déjà plus besoin d'un phallus pour jouir, et demain elles n'auront plus besoin de la semence d'un homme pour procréer, sans compter que le fardeau de la grossesse leur sera épargné, grâce à l'utérus artificiel. D'ailleurs, parler encore de procréation est un abus de langage. Comme le tout un chacun hyper-démocratique, les-femmes veulent pouvoir créer, et non plus procréer, elles y ont droit !

Depuis le temps que la femme est l'avenir de l'homme, l'odeur de cet avenir a fini par arriver jusqu'à nos narines – et cette odeur est celle du ressentiment –, la physionomie de ce futur a depuis longtemps cessé d'être mystérieusement engageante et a revêtu les traits grimaçants de la catastrophe, que seuls des aveugles consciencieux tiennent pour irréelle. L'obsolescence de l'homme, ce n'est pas seulement celle de l'humain, c'est aussi celle du mâle. Celui-ci a fait son temps, et ce temps coïncidait avec celui de la civilisation, comme le temps de la bourgeoisie coïncidait avec celui de la culture. Qui ne voit pas la coïncidence entre féminisme (je dis "féminisme", mais j'entends par là la vérité du féminisme, qui est la féminisation) et désastre ne voit rien du tout. L'islam et les femmes, par exemple, bien au-delà de tout ce qui devrait les séparer, ont opéré une jonction stratégique majeure et, sans elles, celui-là n'aurait jamais eu la puissance corrosive qu'il déploie chez nous en toute impunité. Le terrain était pour ainsi dire débarrassé, la place libre, la vacance propice, les hommes ayant déserté leur destin et s'étant défaits de leur responsabilité immémoriale, sous la pression égalitaire du gynécée électrique et asexué. Un homme qui tient tête à une femme, aujourd'hui, se sent toujours plus ou moins en garde à vue, un homme qui persiste à rester masculin est immédiatement pris dans le viseur des snipers en leggings, des Haldeuses en embuscade, des Alonzo numériques, et sait que la chambre correctionnelle n'est pas loin. Les-femmes, même et surtout en pantalon, sont les plus sûres alliées des métiers de robe. Les prétoires les attirent comme la merde les mouches. Vengeance et ressentiment sont les deux pôles entre lesquels leurs pulsions tourbillonnent en une sarabande démoniaque.

Le patriarcat n'existe pas, contrairement au matriarcat. Le patriarcat, c'est la version naturelle (c'est-à-dire fondé sur la nature) des rapports entre hommes et femmes, et de la filiation. Il fallait donc d'abord déconstruire la-nature, afin de permettre ce renversement inouï et bouffon qui attribue aux femmes le sceptre, l'ensemble des prestiges et des pouvoirs, prologue indispensable à la désagrégation générale des fonctions et des rôles, et de la langue qui les sous-tend en les reflétant. Les trans et les "autres genres" n'ont bien sûr pas tardé à s'engouffrer dans la brèche. Même les bêtes s'y mettent : est-ce la quantité phénoménale d'œstrogènes déversés dans la nature qui nous plonge dans un état de contre-nature, en plus des pollutions chimiques de l'industrie, en plus d'un vice idéologique profond, signe d'un trop réel désespoir vital ? Les cancers des testicules explosent, les malformations génitales aussi, le sperme n'est plus ce qu'il était, la longueur périnéale diminue, et, dans le même temps, les gardes-chiourme en string voient leur agressivité augmenter de manière exponentielle. On se plaint beaucoup de l'effondrement de la syntaxe, « l'autre dans la langue » qui tient le locuteur à distance de lui-même et le maintient presque malgré lui dans la pensée et la logique, mais je suis persuadé que cet effondrement n'est pas un hasard, et qu'il est l'inévitable résultat que les mamans au pouvoir ont poussé devant elles pendant que leur doubles masculins poussaient les landaus. La langue se défait du même mouvement que la nature, sous les incessants coups psychotiques de la féminisation : l'écriture dite "inclusive" en est la grotesque preuve en actes.

Le devenir-femelle de l'espèce humaine est sans doute la plus grande catastrophe que celle-ci-ci ait eu à affronter. Sur le toit du monde, un nid de serpents forme figure inhumaine, et sa grouillante perplexité de bidet en déroute nous terrorise quotidiennement de son manque d'humour. Hidalgo, à Paris, Merkel, à Berlin, Ségolène Royal, Rachida Dati, en France, Christine Lagarde, à Washington, Christine Angot, devant son traitement de texte, Léa Salamé, face aux hommes politiques, et tant d'autres, tous ces culs-de-plomb, absolument tous, font jour après jour la pénible démonstration qu'ils ne sont pas à leur place, qu'ils n'occupent ces fonctions que pour les ridiculiser ou les anéantir, que leur être profond ne consiste qu'à hurler à la face des hommes qu'ils, qu'elles-ont-le-droit, elles aussi, d'occuper le fauteuil et de parler fort.

vendredi 9 mars 2018

L'exemple Hongrois




Laszlo Trocsanyi : « La Hongrie entend défendre ses frontières »
Immigration, multiculturalisme : le ministre de la Justice hongrois, qui fut ambassadeur à Bruxelles et à Paris, évoque ces sujets sensibles en Europe centrale.
Le ministre hongrois de la Justice, Laszlo Trocsanyi, vient de passer plusieurs jours à Paris pour y défendre la position de la Hongrie, alors que le premier ministre Viktor Orban a engagé un bras de fer avec Bruxelles sur la question de l’immigration. Il a rencontré Le Figaro.

LE FIGARO. - La Hongrie est accusée de dériver vers une démocratie autoritaire, qui porte atteinte à l’indépendance de la justice et de la presse notamment. Que répondez-vous à ces critiques ?

Laszlo TROCSANYI. - Je m’inscris en faux contre ces accusations et je ne dis pas cela à la légère, étant moi-même professeur de droit constitutionnel et grand connaisseur du système européen de contre-pouvoirs et notamment de celui de la France. J’ai d’ailleurs profité de ma visite pour parfaire mes connaissances sur la question de la nomination des juges administratifs français et des garanties d’indépendance de la justice. Le pouvoir exécutif n’a aucune influence sur l’activité de la justice en Hongrie. Nous avons adopté une loi nouvelle sur le contentieux administratif et élargi la compétence des juges. C’est certes le président qui nomme les juges, mais il n’y a pas de contreseing du premier ministre, et c’est le Conseil de la magistrature, exclusivement constitué de juges, qui propose les candidats. C’est vrai qu’en 2011 il y a eu des bagarres autour du pouvoir judiciaire quand le gouvernement a voulu mettre à la retraite les juges dès l’âge de 65 ans, pour qu’ils tombent sous le même régime que les autres professions. La Cour de justice européenne a alors décidé que notre décision violait les traités et nous avons corrigé notre copie, acceptant que les juges demeurent jusqu’à 70 ans. Le dossier est clos depuis huit ans ! Mais on continue de parler d’atteintes à l’indépendance de la justice, sans fondement ! La réalité, c’est qu’une bataille se joue autour de la Hongrie pour d’autres raisons. Nous recevons des mauvaises notes parce que nous avons un point de vue différent sur la question de la migration et de la défense des frontières.

Que voulez-vous dire ?

Depuis la vague de réfugiés de 2015, on fait le procès à la Hongrie d’avoir voulu contrôler sa frontière, qui est aussi la frontière extérieure de l’UE. Ce qui est en débat, c’est l’idée de la « société ouverte », ce modèle politique qui prône le multiculturalisme et les frontières ouvertes et met la défense de l’individu au-dessus de tout le reste. Nous sommes attachés aux libertés individuelles, mais nous pensons que d’autres éléments doivent peser : l’intérêt général, l’ordre public, la souveraineté nationale, l’identité culturelle. Nous avons en Europe centrale une vision différente de celle d’Europe occidentale, due à notre histoire. Nous n’avons pas connu le phénomène des colonies ni eu l’expérience d’une immigration de masse.

Est-ce l’islam qui fait peur à la Hongrie ?

Le multiculturalisme en Europe centrale suscite une vraie réticence, d’autant que nous observons que cela ne marche pas si bien que ça en Europe occidentale. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre la solidarité. Nous avons accueilli énormément d’Ukrainiens depuis l’annexion de la Crimée et énormément de réfugiés des Balkans. Mais nous voulons contrôler notre frontière et ne comprenons pas que cela ne soit pas compris. C’est notre obligation dans le cadre de Schengen. Nous voyons aussi que d’autres pays, comme l’Espagne, ont construit des clôtures et que cela a été accepté. Alors pourquoi certains murs seraient-ils bons et d’autres mauvais ? Pour nous, la question de la migration est clé, car elle touche à la composition de la population du pays, et donc du type de société dans lequel nous allons vivre, pas seulement aujourd’hui mais dans vingt ans. Est-il possible de forcer les États à accueillir des populations étrangères s’ils ne le veulent pas ? C’est tout le débat que nous avons avec Bruxelles. Pour nous, ce sujet touche à la souveraineté nationale et à l’identité constitutionnelle de notre pays. Cela nous amène à votre question sur l’islam. Nous avons du respect pour cette grande religion, pas d’hostilité. Mais la question se pose de savoir comment le christianisme et l’islam peuvent vivre ensemble. Nous avons certaines craintes et, pour nous, les racines chrétiennes sont importantes, or nous voyons aujourd’hui qu’à cause du multiculturalisme, l’Europe veut cacher sous le tapis ses racines, au prétexte que cela peut léser certains. Mais comme le disait notre ancien premier ministre Jozsef Antall, il ne faut pas oublier qu’en Europe, même les athées sont chrétiens, car c’est notre culture. Il faut la préserver.

La Hongrie a néanmoins signé les conventions de Genève sur le droit d’asile.

Bien sûr, il y a les conventions de Genève. Mais les règles de droit d’asile sont une compétence partagée entre les États et l’UE. Va-t-on priver les États de cette compétence ? Nous voyons se développer à Bruxelles une tendance au fédéralisme, qui donne de plus en plus de pouvoir aux institutions européennes sur ce sujet et porte atteinte à la souveraineté nationale. Regardez les déclarations du premier ministre belge, qui a affirmé que l’on doit décider, avec une majorité qualifiée, de forcer les États à accepter les quotas de migrants.

L’UE peut-elle vous forcer la main sur les quotas ? Certains appellent à couper les fonds régionaux qui ont fait votre prospérité.

Théoriquement, en effet, on pourrait court-circuiter le Conseil des chefs d’État et forcer la main des pays d’Europe centrale, au niveau du Conseil des ministres de l’intérieur. Mais est-ce sage ? Vouloir nous punir sur la question des fonds structurels serait inapproprié car ces fonds sont destinés à pallier les différences entre régions et n’ont rien à voir avec la question migratoire.

Mais l’UE pense que l’Europe centrale, après avoir bénéficié du principe de solidarité, pourrait l’endosser à son tour…

Il y a un clivage entre les quatre pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie, NDLR) et les autres sur la migration. Aujourd’hui, les pays d’Europe occidentale et les institutions européennes veulent appliquer un système basé sur la solidarité. Mais nous mettons en avant le principe de sécurité. L’Europe doit être une enceinte de négociation et de compromis. Nous pensons qu’il est indispensable de créer des centres de transit à l’extérieur de l’UE, afin de ne pas avoir à gérer les migrants qui se retrouvent déboutés du droit d’asile mais sont très difficilement expulsables, comme on le voit aujourd’hui en Allemagne. Dans quelle Europe voulons-nous vivre ? Une Europe fédérale ou une Europe forte avec des États forts ? L’Europe de « la société ouverte », c’est l’Europe forte avec des États faibles. Nous n’en voulons pas.

Les pays de Visegrad sont-ils aujourd’hui totalement isolés ou sentez-vous un changement dans l’approche de l’Europe occidentale, vu le débat qui s’y développe sur la question des frontières et des résultats mitigés du multiculturalisme  ?

Nous voyons bien qu’il y a débat à l’ouest de l’Europe entre les gouvernants et les peuples. Est-il possible de faire une politique contre l’avis des citoyens ? C’est une grande question, qui ne se pose pas seulement chez nous. Regardez l’Allemagne, dont l’équilibre politique est remis en question à cause de la politique migratoire de Merkel. Peut-être, à cause de cette réalité, percevons-nous un changement d’approche récent, notamment en France. L’actuel gouvernement a une vraie volonté d’écouter ce que nous avons à dire. Le président Macron envisage d’ailleurs de venir bientôt en Hongrie même si la date n’est pas fixée.

Quelle est votre réaction au résultat des élections italiennes ? La nouvelle donne en Italie va-t-elle vous fournir des alliés ?

Il est indéniable que les questions relatives à l’immigration ont été au cœur de la campagne électorale en Italie, et que le gouvernement qui va émerger prendra cet élément en considération. La Hongrie et les pays de Visegrád ont une approche concrète de l’immigration et ont toujours été prêts à discuter avec tous leurs partenaires européens dans le plus grand respect. Mais le possible changement de la position italienne est clairement de nature à rapprocher les points de vue de notre groupe et ceux de l’Italie.






jeudi 8 mars 2018

la révolte des peuples occidentaux




Quand la révolte des peuples occidentaux menace l’Europe de Bruxelles…

On se souvient de la boutade de Bill Clinton, à peine élu président des Etats-Unis, en 1992, lancée à George Bush, qui se croyait assuré de sa réélection, après sa campagne victorieuse en Irak : « L’économie, idiot ! » On pourrait aujourd’hui parodier la boutade clintonienne : « L’immigration, idiot ! »
En Italie après l’Allemagne, en Autriche après le Brexit : à chaque fois, l’immigration s’impose comme le thème majeur des élections. A chaque fois, elle déboulonne les sortants et offre la victoire aux formations les plus déterminées à la combattre. Merkel puis Renzi sont les grandes victimes, l’AFD puis la Ligue, les grands vainqueurs.
Nos médias expliquaient il y a peu que la coupure se situait entre l’est et l’ouest de l’Europe, entre des sociétés encore archaïques qui n’avaient pas de longue tradition démocratique, celles de l’Est, et les nôtres, vieilles démocraties admirables, sociétés multiculturelles détachées de leurs racines chrétiennes, Etats de droit impeccables.
Tout cela n’était qu’un mythe. Les élections en Europe de l’Ouest prouvent que les peuples occidentaux sont d’accord avec les dirigeants de l’Est. L’alliance est à portée de main. Ceux qui se lamentaient sur la coupure du continent peuvent se consoler. Mais la réconciliation se fera sur le dos des élites occidentales. Et sur leurs fameuses « valeurs » érigées en principes fondateurs de l’Union.
C’est là le nœud gordien de ce drame historique. La vague migratoire inouïe que nous subissons n’est pas un effet secondaire de l’Union européenne. Elle est la quintessence de son idéologie - on pourrait dire de sa philosophie qui, hantée par le souvenir hitlérien, considère qu’une nation ne repose plus sur un peuple ni sur une terre, mais sur des valeurs ; que les frontières sont des barrières inutiles et même nuisibles au commerce ; que les hommes sont interchangeables, simples producteurs et consommateurs sans passé, racines ni identité ; que les Etats n’ont le droit ni de repousser les étrangers qui viennent sur leur sol, ni de les discriminer en conservant des privilèges (sociaux) à leurs nationaux, ni même de les assimiler à la culture dominante de leur nation.
C’est ce qu’à Bruxelles on appelle avec emphase les sociétés ouvertes et l’Etat de droit. On dit communément que l’Europe a laissé l’Italie seule face à la vague migratoire qui déferle sur ses côtes. C’est pire que cela. L’Europe, par la jurisprudence de ses juges, a obligé l’Italie à accueillir tous ceux qui voulaient l’envahir, à sauver toutes les embarcations, à la plus grande joie des passeurs, et lui a pratiquement interdit de les renvoyer chez eux.
Cette révolte des peuples occidentaux, au cœur des pays fondateurs de l’Union, menace l’Europe comme jamais. A Bruxelles, on doit désormais choisir : défendre les fameuses « valeurs » ou subir les coups de bélier des peuples C’est une question de vie ou de mort. Pour l’Europe, mais aussi pour les nations qui la composent. Lamartine disait : « Toutes les fois qu’une théorie est en contradiction avec le salut d’une société, c’est que cette théorie est fausse ; car la société est la vérité suprême. »

samedi 3 mars 2018

Donnez-nous notre vin quotidien




opinions

Donnez-nous notre vin quotidien

NATACHA POLONY

Il est sans doute des critères essentiels pour juger de l’action du président de la République : sa capacité à imposer une défense européenne qui ne soit pas inféodée aux États-Unis, sa mise en œuvre d’une politique industrielle qui protège non seulement les fleurons français, ceux qu’une gestion calamiteuse et un mépris de l’État-nation ont offerts sur un plateau à des grands groupes étrangers qui se contenteront d’en capter les savoir-faire, mais également les PME soumises à une concurrence déloyale permise par le libre-échange… Dans tous ces domaines, les faits ont bien du mal à rejoindre le lyrisme des discours. Mais il est un élément qui sera compté au crédit du Président. Quelques mots, sans doute bien anodins aux yeux des énarques du Trésor, et pourtant majeurs, tant ils constituent une défense et illustration de la civilisation française dans ce qu’elle a d’irréductible à l’esprit comptable de l’hygiénisme contemporain.

« Moi, je bois du vin midi et soir. Je crois beaucoup à la formule de Georges Pompidou : n’emmerdez pas les Français. » Ainsi Emmanuel Macron a-t-il répondu à ceux qui lui demandaient s’il faudrait un nouvel amendement pour durcir la loi Évin. Mots incroyables. Pour la première fois depuis des années, un président de la République ose réhabiliter la consommation quotidienne et raisonnable de vin. Mieux, il l’a fait pour répondre à sa ministre de la Santé, qui reprenait l’antienne des nouveaux combattants du Bien, pour qui toute consommation de vin est à mettre sur le compte d’une déviance malsaine.

Bien sûr, ce ne sont plus les dames patronnesses du XIXe siècle fustigeant les penchants coupables de l’ouvrier, mais il y a quelque chose d’effroyablement condescendant, et, pour tout dire, inquisitorial, dans cette façon de désigner le « premier verre de vin » comme premier pas vers le cancer. Inquisitorial car tout cela s’édicte au nom du Bien. Les blouses blanches ont remplacé les dames patronnesses, les comptes de la Sécurité sociale sont le nouvel objectif, et non plus la morale bourgeoise, mais le processus est le même. Pour la meilleure des causes, lutter contre la souffrance et les maladies, limiter les méfaits d’un alcoolisme dont nul ne pourrait dire qu’il n’est pas un fléau, ceux qui savent entendent rééduquer les pauvres âmes errantes et faibles. Non pas informer les citoyens pour leur permettre de choisir les risques qu’ils entendent assumer, mais les dresser à adopter le comportement « vertueux ».

C’est bien ainsi qu’il faut entendre les remarques de la ministre de la Santé : « L’industrie du vin laisse croire que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky. […] On a laissé penser à la population française que le vin […] apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre. » Agnès Buzyn se réclame de la « science », non seulement pour nier les données scientifiques sur les antioxydants contenus dans certains vins, mais surtout pour masquer la manipulation des mots. Parler d’« industrie » à propos du vin est une insulte à tous ces artisans qui constituent l’immense majorité des producteurs de vin en France, justement parce que le vin de France, par son ancrage dans les terroirs, a toujours résisté à l’industrialisation réclamée par les tenants du marché et de l’alignement sur les critères anglo-saxons. Mais surtout, le vin n’est pas un « alcool ». Il est une boisson de table contenant de l’alcool, et pour cela à boire avec pondération et intelligence. Mais il est avant tout une boisson culturelle, porteuse de toute la mémoire historique et géographique de la France. Et c’est justement quand on le réduit à n’être qu’un « alcool » qu’on le condamne à n’être qu’un vecteur d’alcoolisation. C’est en niant sa dimension culturelle, alimentaire et agricole, qu’on en fait un danger pour la santé et la sécurité.

L’Académie du vin de France, assemblée des plus grands seigneurs de la vigne française, ceux dont les domaines produisent des flacons qui incarnent la France autant que Versailles ou Victor Hugo, a réagi par un texte publié dans ces colonnes. Il est rarissime - trop sans doute - que ces gens discrets s’expriment. Ils se sont enfin souvenus des statuts de cette académie fondée en 1933 par Curnonsky, « Prince des gastronomes », pour « la défense des vins de France et l’éducation à leur connaissance ». Le travail de transmission voulu par Curnonsky fut hélas abandonné. Il est pourtant le seul à pouvoir répondre, par la connaissance, à la nouvelle bigoterie qui entend, au nom du Bien, priver les citoyens, non seulement de leur libre arbitre, mais, ce qui va de pair, de leur mémoire.

Nul ne sait quelle France Emmanuel Macron laissera dans quatre ans. Mais il a par, ces quelques mots, et peut-être malgré lui, rendu hommage à ce pays qui résiste à l’uniformisation des marchés et à la réduction du monde à des nombres, à ces citoyens émancipés parce que porteurs d’une histoire et d’un patrimoine, à ce qui fait que la France est belle.


vendredi 2 mars 2018

Rions

Jeudi 19 novembre 2015

Rions (bis)

Mercredi 18 novembre 2015


Du pardon



Merci à Incarnation, fouineur infatigable.

Alerte info :
On m'informe que nos services de renseignements viennent d'arrêter trois pins qui partaient pour la scierie.

Le campement avancé du tiers monde

Mardi 15 septembre 2015

Le campement avancé du tiers monde



"Son âme, la France est en train de la perdre, non seulement à cause de la mondialisation, mais aussi, et surtout, à cause de la société à la fois pluri ethnique et pluri culturelle que l’'on s’acharne avec de fausses idées et de vrais mensonges, à lui imposer. Si cet essai a permis à quelques-uns de mesurer devant quels périls nous nous trouvons placés, il aura déjà atteint son but. (…) Ces pages peuvent apparaitre cruelles. Mais elles correspondent à un sentiment très profond. Le moment est venu de traiter énergiquement le problème de l’'immigration africaine et notamment musulmane. Si tel n'est pas le cas, la France aura deux visages : celui du «cher et vieux pays» et celui du campement avancé du tiers monde africain. Si nous désirons voir les choses dégénérer ainsi, il suffit de leur laisser suivre leur cours. Le campement africain toujours plus grand, plus vaste, plus illégal, grignotera d’'abord, puis rongera, avant de faire disparaître tout entier le cher vieux pays, dont la défaite sera annoncée du haut des minarets de nos nombreuses mosquées. Nos temps sont assez graves pour ne pas faire appel à de médiocres facilités politiciennes. Nous allons vers des Saint- Barthélemy si l’'immigration africaine n’'est pas strictement contrôlée, limitée, réduite et expurgée de ses éléments négatifs et dangereux, si un effort d'’intégration ne vient pas aussi compléter cette nécessaire répression. Les mesures à prendre sont sévères et il ne faudra pas que le vieux pays frémisse de réprobation chaque fois qu'’un charter rapatriera des envahisseurs illégaux. Il faut donc ainsi que ce cher vieux pays restitue à l’'état sa place normale. Les libéraux l’'ont affaibli, les socialistes l’'ont détruit. " Où sont les grandes tâches dévolues à l’'État ? La Justice, l’'Armée, l’'Éducation nationale, la Sécurité, la Police, notre place en Europe ? En miettes. La France est à l’'abandon, est en décomposition à travers le monde. Sa recomposition est dans un retour énergique à l’'unité et à la cohérence, et de la Nation et de l’'État."

M Poniatowski, Mémoires, Plon (Paris)/Le Rocher (Monaco), 1997.

Le musée de l'homme nouveau

samedi 17 octobre 2015


Rééduquons les musées




Le Palais de la Porte Dorée :
Ancien « Musée des colonies », il fut aussi celui « de la France d'outre-mer » puis le « Musée des Arts africains et océaniens ». Ça se visitait et j'aimais m'y rendre fréquemment.
Octobre 2007, il devient le Musée de l’histoire de l’immigration.
Adieu le temps béni des colonies, adieu notre odieuse histoire. 
Mais plus personne aujourd'hui ne va Porte Dorée dont le message est on ne peut plus clair : l'autre n'est plus à visiter, encore moins à coloniser bien sûr, mais à recevoir : il est l'invité qui nous manquait. Mais ne dites surtout pas que cet autre en devient un de colonisateur...


Dans la même veine le Musée de l'homme a fait peau neuve si j'ose dire. Avec la même philosophie sous-jacente : nous sommes tous frères et notre arbre généalogique est unique. Adieu Neandertal, adieu les races, les peuples européens, asiatiques, africains ; bienvenu à toi le métis, homo sapiens nous a montré l'exemple.
Pourtant quelques doutes subsistent :

La population mondiale se divise en grands groupes : indo-européen, africain et asiatique principalement. "Quelqu'un qui a une origine indo-européenne ne peut malheureusement pas donner à un patient d'origine africaine, par exemple car leurs cartes d'identité génétiques sont complètement différentes", explique la Dre Marry.
Le registre France greffe de moelle manque de donneurs. Faiblesse supplémentaire, "la majorité du fichier est nettement indo-européen", reconnaît la directrice du registre à l'Agence de la biomédecine, la Dre Evelyne Marry.

Qu'importe, tout cela n'est que détails et nous devons relever le défi du métissage
Pour l'avènement de l'homme nouveau, de l'humanité réconciliée, les musées ont leur mot à dire, leur petite propagande à nous murmurer ; ils doivent eux aussi nous affranchir d'idées mortes et dépassées : la vieille France, l'homme blanc occidental, la vieille Europe, c'est fini.
La rééducation passe aussi par les musées.