Ma liste de blogs

mardi 27 février 2018

Mémoires de "S" (suite)



mercredi 6 mai 2015
Mémoires de S.


Bien arrivé à S. ! Tout va bien. Mais la rivière est toute chamboulée. Les traces, très visibles, laissent deviner ce qui s'est passé ici. Tu sais que des épisodes cévenols j'en ai connu, que certains m'ont fait peur. Mais celui-ci je n'aurais pas aimé le vivre : il a dû être effrayant, apocalyptique. Si j'en crois les habitants du village, il s'est produit peu de temps après mon passage à la Toussaint dernière et a complètement modifié le paysage qui nous est familier. La berge en pente douce n'existe plus, comblée par un amas de pierres. Le bassin où nos enfants jouaient aux explorateurs, quand ils étaient encore des enfants, est lui aussi envahi de sable et de roches. J'en suis un peu responsable : le barrage que j'avais bâti pour augmenter la retenue d'eau a remarquablement résisté. Il se couvre et disparaît sous les gravats accumulés apportés par les torrents. En le regardant par la fenêtre j'aime imaginer que dans deux mille ans on le redécouvrira avec émerveillement, comme on s'émerveille de quelques pierres gallo-romaines découvertes aujourd'hui. Mais ce qui m'amuse le plus, ce sont les collines. Dans ce coin de France dont on nous dit qu'il ressemblera bientôt aux paysages du Maghreb, elles n'ont jamais été aussi vertes, aussi boisées. Et le ruisseau qui se glisse entre ces superbes mamelons, habituellement si paisible, presque éteint, gronde comme un torrent de montagne, semble intarissable.  L'ensemble évoque plus le Connemara que l'Afrique du Nord. Enfin cet été l'eau ne nous fera pas défaut. Comme dit le proverbe "à toute chose malheur est bon" : à deux enjambées en amont, la crue a nettoyé le gourd où nous puisons l'eau, mis à nu la roche mère, arraché les ronces des berges, fait de cet endroit la plus belle des piscines à la ronde. J'entends déjà les cris joyeux de V. et C. quand elles s'y baigneront dans deux mois.
Bref, si l'enfer est passé par ici, il n'a pas triomphé et c'est encore et toujours le paradis.
N'y manque que sa Reine.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire